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Bulletin Quotidien Europe N° 9561
Sommaire Publication complète Par article 40 / 41
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 758

*** Diversité et culture - Diversity and Culture. CulturesFrance (La Documentation française, 124 rue Henri Barbusse, F- 93308 Aubervilliers cedex. Fax: (33-1) 40156800). Ouvrage également disponible sur le site http://www.culturesfrance.com ). Collection "Penser l'Europe". 2007, 188 p.. ISBN 978-2-35476-012-0.

Heureuse initiative que le lancement de cette nouvelle collection publiée par CulturesFrance sous la responsabilité éditoriale du Centre d'analyse et de prévision du ministère français des Affaires étrangères et européennes ! Elle l'est d'abord parce que chaque titre qui y trouve place est publié en version bilingue, français et anglais. Elle l'est ensuite parce qu'elle a été créée en vue de "nourrir le débat d'idées sur l'Europe" en abordant des questions qui touchent notamment à l'identité européenne, au processus de construction historique ou aux enjeux politiques et culturels contemporains. Elle l'est enfin par l'évidente qualité des spécialistes européens réunis dans cette édition et, plus encore, par l'immense intérêt des idées qu'ils développent à partir et autour des enjeux liés à la diversité des expressions culturelles et linguistiques, une thématique qui ne peut laisser indifférent aucun Européen sensible au "mal être" perceptible aujourd'hui dans l'Union et ses Etats membres.

A dire vrai, cette publication est beaucoup trop riche pour faire l'objet d'une présentation qui soit un tant soit peu fidèle. Les lignes qui suivent sont donc à considérer comme de simples touches impressionnistes destinées à ne point s'en contenter. La linguiste, sémiologue, psychanalyste et écrivain Julia Kristeva ouvre le bal par un hymne à la diversité tout en délicatesses et en fulgurances. Professeur à l'Institut universitaire de France et enseignante à l'Université Paris 7, cette Bulgare de naissance part du principe que "le multilinguisme est le fond de la diversité culturelle" et, aussi, de ce cri du cœur: "Il y a du matricide dans l'abandon d'une langue natale" ! Alors qu'une "nouvelle espèce" émerge, à ses yeux, "le sujet polyphonique, citoyen polyglotte d'une Europe plurinationale", elle entend bien aussi "qu'il y a France dans souffrance", ce qui l'amène à châtier aimablement ces Français qui, "parce qu'ils préfèrent (…) le plaisir à la réalité (…) continuent de se croire les maîtres du monde, ou du moins une grande puissance". Pour autant, à travers les exemples de diversité que sont le "modèle social français" et la "laïcité française", Julia Kristeva n'en considère pas moins que la France reste "malgré tout le porteur privilégié d'un modèle de liberté dont l'Europe est le berceau et dont le monde a besoin". Pourquoi ? Impossible de résister au plaisir de citer ce verdict de la psychanalyste: "Le peuple français incarne à la fois le mécontentement des misérables (ceux de Robespierre et de Hugo) et l'outrecuidance d'une nation qui jouit (de Rabelais à Colette). Est-ce un handicap ? Cela peut-être une chance à l'intérieur de l'espace européen, pour ne pas mourir en célébrant la fin de l'histoire à coups de marketing" … Krzsztof Pomian la rassure quelques pages plus loin, après avoir offert un décryptage érudit de la diversité européenne à travers les âges qui montre avec éclat que "l'Europe est synonyme de diversité" et qu'elle le restera. Pour le directeur scientifique du musée de l'Europe à Bruxelles, "des mécanismes qui garantissent la reproduction des différences culturelles existent tant dans l'histoire que dans l'environnement, la génétique et la culture" de la péninsule européenne, ce qui l'incite à affirmer haut et clair que "la vision d'un avenir uniformément gris est littérairement puissante mais intellectuellement injustifiée". Professeur à l'Université de Cambridge, le philosophe et essayiste George Steiner - qu'insupporte le "monoglottysme américain" mais qui souligne, assassin, que "les autres langues, qui luttent pour leur survie, se défendent médiocrement", hormis peut-être l'espagnol - envisage la diversité à l'échelle du monde. Constatant que celui-ci, "entré dans l'âge de l'immigrant, du réfugié, du sans-abri", nous convie à nouveau au pire ("lorsque la nuit vous regardez le ciel, vous verrez que les étoiles deviennent jaunes, comme les étoiles que devaient porter les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale", s'alarme-t-il), George Steiner invite l'Europe à construire la possibilité du sursaut en redonnant "aux jeunes la chance des grandes erreurs": "si l'enseignement ne peut pas transmettre aux jeunes une folie créatrice, à quoi sert-il ? Sans cette leçon, il ne reste plus aux jeunes que la Bourse et la City de Londres" … Un propos aux antipodes du politiquement correct en vogue dans les cercles du pouvoir, mais que le philosophe élargit encore jusqu'à s'avancer en prophète des temps modernes: "Il y a des leçons qui peuvent sans doute encore venir de l'Europe, des leçons spirituelles, des leçons d'ironie, de tolérance. Peut-être l'Europe peut-elle devenir une sorte de laboratoire de l'humanisme, d'un humanisme privé, personnel, pour essayer de sauver ce qu'on peut comme paysages du passé. Dans un univers en proie à un fondamentalisme meurtrier, que ce soit celui du Sud ou du Middle West américains ou celui de l'Islam, l'Europe occidentale peut avoir le privilège de promulguer un humanisme laïque".

Pour la bonne bouche, l'auteur de ces lignes avait conçu de consacrer l'essentiel de cette recension à la "vision cosmopolite" de l'Europe nourrie par Ulrich Beck, professeur à l'Institut de sociologie de Munich, sur la base du constat que "c'est l'irréalisme national qui pose problème à l'Europe". L'intérêt des autres contributions le lui interdit désormais, faute de place… Sachez seulement que cette plongée savante et enthousiasmante dans un concept hérité des cyniques et stoïciens de l'Antiquité vous vaudra autant d'enrichissements intellectuels que ceux esquissés pour les précédentes contributions. Avec, pour vous en convaincre, ce contrepoint à l'incantation de George Steiner: "L'Europe a prêté serment sur un charnier (…). Dans son élévation du pessimisme au niveau du désespoir permanent, la postmodernité rejoint l'Europe nationaliste. Les deux rejettent la possibilité de combattre l'horreur de l'histoire européenne en radicalisant l'idée d'Europe".

Michel Theys

*** FRANCOIS FORET (sous la dir. de): L'espace public européen à l'épreuve du religieux. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http: //www-editions-universite-bruxelles.be). Collection "Etudes européennes". 2007, 259 p., 24 €. ISBN 978-2-8004-1393-8.

Dans cet ouvrage qui prolonge une conférence académique et qui est l'aboutissement - temporaire - de cheminements intellectuels et personnels entre, notamment, France, Ecosse et Belgique, entre identité et espace public, entre monde confessionnel et domaine de la libre pensée, entre sacré et profane, entre ouest et est de l'Union européenne, une équipe internationale de spécialistes analyse de manière systématique le processus de recomposition des relations entre religieux et politique qui est à l'œuvre. De la sorte, cette réflexion collective s'articule autour de trois grandes questions: ce qu'est l'espace public aujourd'hui, et comment la religion peut s'y inscrire ; ce que la religion fait à l'Europe ; ce que l'Europe fait à la religion. Comme l'explique François Foret, chercheur à l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles, l'accent est "plus particulièrement mis sur l'intégration européenne comme arrière-plan et éventuel déterminant de l'évolution spirituelle" d'une portion de continent "politiquement athée, au sens où les décisions politiques se prennent comme si Dieu n'existait pas", mais où, pourtant, "la référence religieuse reste présente, autrement". La première partie du livre est consacrée à "l'Europe entre sécularisation et reconversion des ressources religieuses", le sociologue Jean-Paul Willaime (Sorbonne) analyse en profondeur les "reconfigurations ultramodernes du religieux en Europe", tandis que son collègue Claude Dargent (Paris VIII) montre notamment que, dans l'Europe géographique, le rôle du religieux est subordonné à celui de la culture régionale. La deuxième partie envisage les convergences et contrastes des "Europe religieuses historiques" (la laïcité française à l'épreuve du catholicisme et de l'Europe, le catholicisme face à l'espace public et à la démocratie en Espagne et en Italie, le protestantisme au plan européen, les juifs dans une "Europe médiévale", l'Eglise orthodoxe roumaine face à la dépénalisation de l'homosexualité). La troisième partie est tout entière consacrée aux questions soulevées par l'islam en Europe, la dernière portant pour titre "Dieu à Bruxelles", Bérengère Massignon (Institut catholique de Paris) y présentant "la contribution des structures européennes religieuses et laïques à l'émergence d'un espace public européen", tandis que François Foret et Philip Schlesinger (Université de Glasgow) s'intéressent en conclusion au "religieux dans la légitimation de l'Union européenne".

(PBo)

*** STEPHAN ALBRECHT, REINER BRAUN, THOMAS HELD (sous la dir. de): Einstein weiterdenken - Thinking Beyond Einstein. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). 2006, 516 p., 36,40 €. ISBN 3-631-55228-9.

Cet imposant volume contient (en allemand ou en anglais) les Actes d'une conférence qui a rassemblé, en 2005 à Berlin, près de 600 personnalités scientifiques et politiques à l'occasion de l'Année Einstein - cent ans après la publication de ses théories sur la relativité et pour le cinquantième anniversaire de sa mort - sous le titre "La responsabilité scientifique et la paix au XXIème siècle". Cette conférence permit aussi de rendre un hommage à Joseph Rotblat, grand savant d'origine polonaise, qui fut l'un des onze signataires du manifeste "Einstein-Russel" après avoir été le seul scientifique à s'être retiré du projet Manhattan qui a conduit à la production de la bombe atomique en Amérique. Fondateur, en 1957, du mouvement "Pugwash", qui regroupe des scientifiques en faveur de la paix, et ayant reçu le prix Nobel de la Paix en 1995, Rotblat venait de mourir alors qu'il s'était proposé de rendre hommage à Einstein à cette conférence de Berlin. Le volume s'ouvre par le discours qu'il avait préparé sous le titre "Un monde sans guerre - Hommage à l'action de Einstein pour la paix mondiale".

Comme le reconnaît le Pr. Wolfgang Liebert dans la synthèse des travaux de cette conférence, il n'est pas possible de résumer toute la diversité des neuf Forums qui se sont tenus, avec un total de plus de trente contributions. Mais il souligne la nécessité de "penser au-delà de Einstein" car le monde scientifique, son rôle dans la société et les relations politiques sur la planète ne sont plus ce qu'a connu Einstein. La "technoscience" dominant le monde contemporain et la globalisation donnent des responsabilités nouvelles à ceux qui doivent penser l'avenir. Cet ouvrage contribue à développer un tel regard. Il faut le recommander vivement à tous ceux qui se posent des questions dans ce domaine. A l'instar du Pr. Liebert qui écrit à la fin de sa synthèse: "Nous ne trouverons pas dans les théorèmes et les potentialités de la science ou dans les lois du marché le sens de notre action dans le monde. Notre regard en nous-mêmes doit être radicalement différent. Nous pouvons bien reconnaître que nous désirons la paix, la justice et une vie digne pour tous. Il est facile de le dire, mais il est plus difficile de le mettre en valeur dans la vie pratique. Peut-être que le rôle de notre science est dans ce but seulement marginal. Mais faire appel aux connaissances et possibilités correspondantes de notre science pourrait déjà représenter une première vision de cet avenir". A cet égard, "Penser au-delà de Einstein" est peut-être le premier pas vers une prise de conscience de l'humanité au-delà de nous-mêmes.

(GFr)

*** CAROLINE NAÔMÉ: Le renvoi préjudiciel en droit européen. Guide pratique. De Boeck & Larcier (4 Fond Jean-Pâques, B-1348 Louvain-la-Neuve. Tél.: (32-10) 482500 - fax: 482519 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.larcier.com ). Collection "JLMB opus", n° 4. 2007, 299 p., 63 €. ISBN 978-2-8044-2709-2.

"Clé de voûte de l'ordre juridique communautaire", comme le souligne d'emblée Caroline Naômé, le renvoi préjudiciel - soit la demande d'interprétation ou de validation d'une disposition de droit communautaire adressée par une juridiction d'un Etat membre à la Cour de justice européenne - est une procédure à la fois lourde et délicate. Héritier d'un support de cours rédigé à l'intention des praticiens belges et plus particulièrement des stagiaires judiciaires, cet ouvrage est résolument conçu comme un support pratique pour ceux qui ont à s'engager dans cette procédure, qu'ils soient avocats ou juges. Afin de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, l'auteur, qui est référendaire à la Cour de justice, commence par expliquer l'organisation de celle-ci et ses méthodes de travail en s'en tenant aux points utiles au praticien. Les chapitres suivants présentent notamment les points à connaître tant en matière de fondements juridiques que de procédure, le tout soutenu par des exemples d'affaires portées devant la Cour (tant jugées que rejetées). Comme c'est souvent le cas pour ce type de livres, chaque paragraphe est numéroté pour un référencement plus aisé.

(FRo)

*** The Federalist Debate. Papers for Federalists in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2007, n° 3, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.

Le sommaire de ce numéro de cette publication fédéraliste est particulièrement riche avec, entre autres, un Dossier consacré à l'approche constitutionnelle de Spinelli qui comprend, outre le texte d'un discours prononcé par Spinelli lui-même au Parlement européen trois mois avant sa mort, des contributions de John Pinder, Paolo Ponzano (qui resitue le projet de traité de 1984) et Chris Layton (sur Spinelli par rapport au fédéralisme mondial). Parmi les autres contributions, relevons celles de Tommaso Padoa-Schioppa sur "Economie et Politique" et de Bruno Boissière qui répond affirmativement à la question de savoir si le fédéralisme de Denis de Rougemont reste d'actualité.

(MT)

*** The Federalist. A Political Review. Edif (5 via A. Volta, I-27100 Pavia. Internet: http://www.thefederalist.eu ). 2007, n° 2, 76 p.. Abonnement annuel: 35 € (Europe), 50 € (étranger).

Publiée sous les auspices de la Fondation européenne Luciano Bolis et de la Fondation Mario e Valeria Albertini, cette publication proche du Movimento Federalista Europeo cher à Altiero Spinelli ne baigne pas vraiment dans l'optimisme, elle qui relève dans son éditorial: "Il est indéniable que l'euro a été un triomphe majeur pour les Européens, mais en soi, il n'est pas suffisant pour prévenir la menace de désintégration qui pèse si lourdement sur l'Union européenne d'aujourd'hui, toujours plus divisée et impuissante". Loin de se résigner, ses éditeurs rappellent, afin de ranimer la flamme, l'héritage laissé par le militant européen - et fondateur de cette revue - Mario Albertini dont on trouvera notamment un texte illustrant les racines historiques et culturelles du fédéralisme européen.

(MT)

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