Bruxelles, 27/11/2007 (Agence Europe) - Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat français chargé des Affaires européennes, a présenté, lundi 26 novembre, à la commission politique de l'Assemblée parlementaire EuroMed (APEM) le projet d'Union méditerranéenne (UM) proposé par le président Nicolas Sarkozy. La présidente de cette commission parlementaire conjointe, Tokia Saïfi (PPE-DE, France), a souligné le fait que c'est la première fois que la France en débat au sein des institutions communautaires et en particulier dans le cadre d'une institution conjointe, regroupant aussi bien des parlementaires européens et nationaux de l'UE que des élus des pays du pourtour méditerranéen. Dans son exposé, M. Jouyet a tenu à rappeler d'abord « les fondements » du projet « avant d'en venir aux modalités et au contenu », lesquels ont fait l'objet de nombreuses questions ensuite, lors d'un débat.
Sur le fond, observe M. Jouyet, « partout dans le monde, les puissances nouent des relations avec leur flanc sud » et l'Europe a, à son avis, du « retard ». Il note aussi que la Méditerranée demeure la seule zone au monde sans mécanisme de dialogue structuré et qu'elle reste la moins intégrée, une « lacune à réparer ». Il met en avant le sentiment « d'insuffisance » ressenti par les pays partenaires face à l'évolution du processus de Barcelone. Un de ses défauts est « de ne pas avoir mis en évidence la nécessité d'un plus fort partenariat public-privé ». C'est, a-t-il dit, « de ce constat qu'est née la volonté de créer un cadre spécifique pour la Méditerranée » alors que « toutes les tentatives de revitalisation (du processus de Barcelone) n'ont rien donné ». C'est « de l'extérieur que nous avons pensé pouvoir relancer le processus EuroMed ». La « démarche est bien comprise par la Commission européenne et par les pays partenaires dont les réactions sont favorables » à la création de ce que, a rappelé M. Jouyet, le ministre Moratinos a appelé un « Barcelone+ » afin de « donner une nouvelle dynamique » aux relations EuroMed.
Quant aux modalités, elles ont pour la plupart déjà été données: structures légères, projets concrets dans des domaines bien ciblés tels que l'énergie, les transports, la sécurité, la prévention des catastrophes naturelles, l'éducation, etc. La France privilégiera les « relations informelles », en référence au modèle G8 avec des présidences tournantes. Pour assurer le financement de tels projets, l'UM « n'a pas vocation à avoir un droit de tirage sur les fonds communautaires » mais aura recours à ces fonds dans « les règles et procédures normales », dans des discussions ouvertes avec la Commission européenne. Et « il y aura d'autres voies de financement », selon le ministre, qui évoque les principaux bailleurs de fonds internationaux et les apports du privé, européen, arabe ou international. « La création d'une Banque de la Méditerranée est envisagée, son lancement dépend -dans la forme à lui donner- des discussions ouvertes avec tous les protagonistes. Tous les partenaires seront impliqués, aussi bien la Commission que le Parlement européen ou l'APEM ». Pour les pays, d'un côté comme de l'autre, les « participations seront volontaires » et elles ne seront pas toujours les mêmes, elles dépendront des thèmes à traiter. Au-delà de ces projections, le ministre préfère moins parler de ce que sera l'UM - un projet ouvert- que ce qu'elle ne sera pas. « Elle ne sera pas une machine de guerre contre l'UE et le processus de Barcelone, elle n'ignorera pas les cadres existants mais s'appuiera sur eux et elle ne mettra pas en cause les liens bilatéraux » entre l'UE et chacun des pays tiers méditerranéens.
Le débat a ensuite fait apparaître un large soutien, non sans quelques réserves sur les détails et parfois sur l'approche elle-même, notamment la crainte, exprimée par Raimon Obiols (PSE, Espagne) et Hélène Flautre (Verts/ALE, France) que cette initiative, née dans un contexte électoral, ne produise de la confusion. M. Obiols a emprunté à Jacques Delors une formule sous forme de recommandation, « simplifiez, simplifiez et simplifiez » tout en exprimant la « perplexité » que lui inspire l'omission de la politique de voisinage dans l'évaluation faite par Paris de la politique méditerranéenne de l'UE. Mme Flautre s'est demandé quelle place sera réservée aux questions des droits de l'Homme et de la société civile. Le député palestinien Tayssir Koubaa a estimé que pour être « crédible et sérieuse » l'initiative devra se préoccuper de la situation au Moyen-Orient. Position partagée par le député représentant la Syrie. Le député grec Atheneios Florinis a apporté le soutien plein et entier du parlement de son pays (qui préside l'APEM) à l'initiative. L'UM doit être « orientée vers l'action et non pas vers la réaffirmation des thèses qui ont paralysé le processus de Barcelone ». Il faut aussi, a-t-il dit, y favoriser la parité et l'ownership (l'appropriation). Une députée turque a souligné la « carence historique » que constitue l'ignorance par l'UE de la zone méditerranéenne. « Il y a besoin d'une vision » stratégique que le projet français pourrait combler sous réserve d'être clarifié. Son mérite serait déjà d'envisager « l'extension » de l'Europe à la Méditerranée. Et, a ajouté Luisa Morgantini (GUE/NGL, Italie), le vœu est que l'Union méditerranéenne ne se réduise pas à une opération « d'escamotage » de la question turque. La « peur de la pléthore de cadres et de structures » paraît l'inciter à un soutien prudent et elle attend plus de l'UM la solution des problèmes économiques et sociaux. Des députés finlandais et tunisiens ont soulevé la question des financements et de leur provenance. Les députés algérien, marocain et égyptien apportent leur appui au projet sans renier leur engagement dans le processus de Barcelone avec la recommandation de clarifier davantage et de savoir contourner les obstacles sur lesquels a buté le processus de Barcelone.
Interrogé par EUROPE, M. Jouyet a précisé que le groupe de trois ambassadeurs (un Français, un Italien et un Espagnol) doit se réunir dans les prochains jours et que la Commission sera associée à leurs travaux. (F.B.)