Bruxelles, 27/11/2007 (Agence Europe) - A quelques jours de l'ouverture de la conférence de Bali (3-14 décembre) où doivent être lancées, sous l'égide de l'ONU, les négociations internationales sur un futur cadre global de lutte contre le changement climatique au-delà de 2012, les chiffres 2005 et les projections des émissions de l'UE en 2007, publiés le 27 novembre par l'Agence européenne de l'Environnement, sont rassurants quant aux performances de l'UE, estime la Commission européenne. Mais l'UE ne doit pas pour autant se reposer sur ses lauriers. « Il en va de sa crédibilité en tant que continent à la pointe de la lutte contre le changement climatique », souligne Stavros Dimas, commissaire à l'Environnement.
Selon l'AEE, l'UE-15 (c'est-à-dire les 15 anciens Etats membres, aucun objectif collectif n'ayant encore été fixé pour les émissions de l'UE-25 ou 27) serait en bonne voie d'atteindre, voire de dépasser l'objectif auquel elle a souscrit au titre du Protocole de Kyoto, de réduire collectivement de 8% ses émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2008-2012, par rapport au niveau de 1990 (année de référence), si tant est que les Etats membres mettent en œuvre toutes les mesures supplémentaires actuellement à l'étude.
Le rapport de l'AEE intitulé « Tendances et projections des émissions de gaz à effet de serre en Europe en 2007 » a servi de base à l'élaboration par la Commission de son rapport annuel de progrès relatif aux objectifs 2008-2012 de l'UE, soit la première période d'engagements du Protocole de Kyoto. Il présente une évaluation des données entre 1990 et 2005 - dernière année pour laquelle on dispose de données complètes - et évalue les projections des Etats membres sur leurs émissions futures, ce qui fournit une bonne indication des progrès accomplis vers la réalisation des objectifs de Kyoto. Le rapport annuel de progrès confirme que les émissions de l'UE-15 ont baissé de 0,8% entre 2004 et 2005 et qu'en 2005, ces émissions ont été inférieures de 2% au niveau atteint en 1990 (la nouvelle était connue depuis le 14 juin dernier, date à laquelle a été publié l'inventaire annuel des émissions de gaz à effet de serre de la Communauté européenne établi par l'AEE - voir EUROPE n° 9446). La nouveauté réside dans les dernières projections réalisées par les Etats membres, lesquelles font apparaître que les politiques et les mesures existantes, donc déjà mises en œuvre, devraient permettre de réduire les émissions de l'UE-15 de 4% par rapport à 1990 d'ici à 2010, soit à mi-parcours de la période à laquelle devront être réalisés les objectifs de Kyoto.
Pour Stavros Dimas, s'exprimant mardi 27 novembre devant la presse, « c'est une bonne nouvelle car nous avons rompu le lien entre la croissance économique et l'augmentation des émissions. En 2005, nos émissions étaient de 2% inférieures à 1990 alors que, dans le même temps, nous avons enregistré une croissance économique de plus de 35% ». Mais, le commissaire a aussitôt exhorté les Etats membres à mettre en œuvre dans les plus brefs délais, les mesures supplémentaires envisagées. L'achat prévu par dix des quinze anciens Etats membres de crédits d'émissions résultant de projets de réduction des émissions dans des pays tiers permettrait une réduction supplémentaire de 2,5%. En ajoutant les projets de mesures de boisement et de reboisement pour la création de « puits de carbone », la réduction totale des émissions pourrait atteindre 7,4% (soit 0,6% au-dessous de l'objectif de Kyoto). « Pour atteindre l'objectif de - 8%, il faut des mesures supplémentaires », a martelé Stavros Dimas, confiant toutefois que l'UE tiendra le cap, voire réussira une réduction de 11,4% si sont rapidement et intégralement mises en place les propositions de la Commission visant à inclure l'aviation civile dans le système communautaire d'échange de quotas d'émissions (ETS) à compter de 2011 et à imposer une réduction de 10% des gaz à effet de serre produits par les carburants utilisés dans les transports entre 2011 et 2020.
Estimant que la Commission a déjà fourni sa part non négligeable à la réalisation de l'objectif de Kyoto grâce à ses décisions relatives aux allocations nationales dans le cadre de l'ETS pour 2008-2012, Stavros Dimas a jugé que « cela constitue également une base solide pour la réalisation d'objectifs plus ambitieux d'ici à 2020 ». Et de confirmer que le vaste paquet Energie/climat, décidé au Conseil européen de mars et portant sur la révision de l'ETS, le partage des efforts entre les Etats membres pour les réductions supplémentaires des émissions et pour la part de 20% d'énergies renouvelables dans le bouquet énergétique, ainsi que la proposition de directive sur la capture et le stockage du carbone sera bien présenté le 23 janvier par la Commission. Le tour des capitales est entamé pour des consultations bilatérales avec les Etats membres pour expliquer « nos intentions sur nos objectifs », dans la foulée des « informations données lors du Conseil Environnement du 30 octobre » (EUROPE n° 9535), précise Stavros Dimas en citant les déplacements déjà effectués en Finlande, en France, en Bulgarie, en Allemagne. « Nous expliquons et nous écoutons les Etats membres », ajoute-t-il. Evoquant les négociations de Bali sur un accord global post-2012, le commissaire à souligné la nécessité de conclure avant la fin de 2009 pour une entrée en vigueur en 2012. « Les Etats-Unis ne sont plus opposés à l'entame des négociations. Le nouveau Premier ministre australien a dit vouloir faire de la lutte contre le changement climatique une priorité et ratifier le Protocole de Kyoto. Je salue cette approche constructive. J'espère que les Etats-Unis suivront », a déclaré le commissaire, se déclarant « prudemment optimiste pour Bali ». (A.N.)