Lisbonne, 05/11/2007 (Agence Europe) - La conférence ministérielle EuroMed qui se tient, lundi 5 et mardi 6 novembre à Lisbonne, a été précédée durant le week-end de réunions de hauts fonctionnaires et experts en vue d'aplanir les différences de points de vue qui subsistent (EUROPE n° 9535) mais qui ne seraient pas, à proprement parler, des divergences. Elles ont porté sur la qualification de la situation au Moyen-Orient (références ou non à des résolutions de droit onusien ou à des initiatives, telle celle présentée par le royaume wahhabite soutenu par le monde arabe). Elles concernent également, mais de manière plus feutrée, la formulation de l'appréciation commune à porter sur le projet français d'Union méditerranéenne (UM). La tendance est à l'édulcorer sans le rejeter. En préalable également, des rencontres « bilatérales » ont eu lieu entre la troïka européenne et des pays partenaires, à commencer par les Palestiniens et, ensuite, l'ensemble du groupe arabe et Israël.
Sur le Moyen-Orient, et en présence des principaux protagonistes présents à Lisbonne, l'essentiel devait être abordé lundi soir au cours du dîner entre ministres. La perspective de la conférence internationale préparée par les Etats-Unis devrait nourrir les débats de la ministérielle, sachant toutefois que le processus de Barcelone a servi à maintenir constamment ouverte la voie du dialogue entre Israël et les pays arabes, y compris la Syrie, laquelle, officiellement, ne rencontre Israël nulle part ailleurs. A ce sujet, quelques détails de rédaction restent à régler. Quoi qu'il en soit, les points à traiter portent sur la référence ou non à la « feuille de route » ou sur la nécessité de faire de « l'initiative arabe » un projet clé ou un projet parmi d'autres. Sans compter les clivages habituels sur la qualification du terrorisme (assimilable ou non au droit à la résistance). Il est envisagé que les ministres soulignent l'intérêt d'appliquer pleinement le « code de conduite » dans la lutte contre le terrorisme, adopté lors du « Sommet » de Barcelone en 2005. Une réunion spécifique à haut niveau est envisagée à Bruxelles le 11 novembre.
Au-delà du rappel des vertus du processus de Barcelone, le vœu serait de souligner l'ampleur de la dynamique qu'il a enclenchée et de la structurer. Le dialogue couvre progressivement de plus en plus de coopérations dans des domaines d'intérêt commun. La formule envisagée serait celle des « coopérations renforcées » - selon le modèle européen - à adapter aux contraintes spécifiques euro-méditerranéennes. Les domaines couverts sont notamment l'immigration - une ministérielle aura lieu le 19 novembre en Algarve -, l'environnement et le changement climatique, l'énergie - une ministérielle est prévue pour fin 2007 ou début 2008 à Chypre - et le rapprochement culturel. La restructuration de la Fondation Anna Lindh sur le rapprochement culturel est un des sujets centraux inscrits à l'ordre du jour de la session. Il doit également être question de la « politique de voisinage » et des moyens financiers à mettre en place pour en soutenir le déploiement.
L'attention des ministres - et avant eux des hauts fonctionnaires - sera surtout focalisée sur la question des méthodes de travail à instaurer pour assurer de la parité, de la co-responsabilité et plus d'efficacité et de visibilité au processus. Les critiques fondamentales des pays partenaires ont été utilement transformées en discussions structurées au sein d'un groupe d'études constitué à l'initiative de Malte. La Commission demeurerait ouverte à des formules pouvant assurer une gestion paritaire, de façon plus nette en tout cas, du processus EuroMed. Le groupe d'études a démarré ses travaux en mai 2006 par la soumission d'un document de travail élaboré sous la conduite de l'ancien ministre maltais, Alfred Zarb, qui recommande la création d'une structure qui soit la plus légère possible. La parité pouvant être, selon M. Zarb, mise en valeur également par l'association ad hoc de fonctionnaires des pays partenaires à des processus de décision européens sur des matières de préoccupation partagée. La possibilité d'une alternance géographique des lieux de réunion pour les sessions ministérielles « sectorielles » (énergie, transport, Ecofin, agriculture) est envisagée et, dans un tel cas, le pays hôte, volontaire, accèderait à un statut de co-présidence, partagé avec l'UE.
Deuxième sujet sensible, le projet d'Union méditerranéenne du président Sarkozy. La Commission aurait été « questionnée » par des Etats membres pour avoir suggéré de prendre en compte cette initiative parmi celles tendant à renforcer les liens euro-méditerranéens. Selon des sources concordantes, les conclusions finales ne devraient faire référence à ce projet que par une formule générale traduisant plus la perplexité qu'une opposition ferme à un projet peu clair, aux objectifs non encore dégrossis et que la France a tendance à édulcorer en n'en faisant plus qu'une sorte de « G-Med » calqué sur la formule des « G8 » informels et sans structure permanente. La Commission devant être associée à la gestion de ce qu'un diplomate qualifie volontiers de « club » de rencontres et d'échanges d'idées. La Commission paraît, en tout cas, totalement rassurée par les informations qui lui ont été livrées, ainsi qu'au Conseil, par un diplomate français. Alain Leroy, désormais chargé des contacts préparatoires du « Sommet » de juin 2008 proposé par M. Sarkozy, a expliqué que les participations à l'UM seront à « géométrie variable ». Les invitations au Sommet seront adressées à tous les pays riverains de la Méditerranée et des Balkans. Le Portugal, pays atlantique, en fera partie mais pas la Jordanie. Celle-ci, la Mauritanie et tous les pays de l'UE non riverains seront invités en tant qu'observateurs. L'UM ne serait donc plus qu'une « instance d'initiatives » qui focaliserait ses travaux sur les domaines clés et ferait appel à toutes les sources de financement possibles, y compris communautaires. Seule grande réalisation prévisible, une « grande manifestation culturelle » en marge du « Sommet » de juin et dont l'ordonnateur sera l'ancien ministre français Jack Lang. (F.B.)