Bruxelles, 05/11/2007 (Agence Europe) - La Commission européenne va adopter, ce mardi 6 novembre, ses rapports annuels de progrès (regular reports) sur les pays candidats à l'adhésion (Turquie, Croatie, ancienne République yougoslave de Macédoine) et les pays des Balkans occidentaux, qui tous ont vocation à entrer un jour dans l'Union européenne: Serbie (avec un rapport spécial sur le Kosovo), Bosnie-Herzégovine, Albanie, Monténégro. Les principaux messages contenus dans ces rapports sont, d'une part, la confirmation de la perspective d'adhésion de chacun de ces pays ainsi qu'un encouragement à la poursuite de leurs réformes internes et, d'autre part, l'exigence du respect strict des critères d'adhésion (conditionnalité). Si tous les pays ont progressé sur le plan économique, des insuffisances importantes demeurent au niveau politique - en particulier en ce qui concerne le respect de l'Etat de droit, la réforme de la justice et de l'administration ou la lutte contre la corruption. La Commission devrait conclure qu'en l'état actuel de préparation des différents pays, leur adhésion demeure une « perspective à moyen ou long terme ». A l'exception de la Croatie qui, elle, envisage d'entrer dans l'UE en 2009.
Turquie. La Commission devrait déplorer que les réformes politiques aient « ralenti » depuis l'ouverture des négociations d'adhésion en 2005 et que seuls des progrès « limités » aient été réalisés depuis le rapport très critique de 2006, notamment en ce qui concerne les réformes politiques. Même si la Commission salue la façon démocratique dont Ankara a surmonté la crise politique grave autour de l'élection du président Abdoullah Gül l'été dernier, elle soulignera que la Turquie doit encore faire des efforts « significatifs » pour renforcer la liberté d'expression (notamment amender l'article 301 du code pénal), le contrôle du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, les droits des communautés religieuses non-musulmanes, la lutte contre la corruption, l'indépendance de la justice, les droits syndicaux ou encore les droits des femmes et des enfants. Les poursuites contre les journalistes, les intellectuels, les militants des droits de l'homme pour l'expression d'opinions non violentes seront également montrées du doigt par la Commission qui appellera Ankara à retrouver « l'élan des réformes politiques ». Autre chantier où « aucune avancée » n'a été faite au cours des derniers douze mois: la normalisation des relations avec la République de Chypre. En effet, le protocole additionnel à l'union douanière UE/Turquie n'est toujours pas appliqué, Ankara refusant de laisser entrer dans ses ports et aéroports les navires et avions chypriotes grecs. Cette question a amené l'UE en décembre 2006 à suspendre les négociations d'adhésion sur huit chapitres de négociation. Etant donné la situation inchangée sur place, il n'y a aucune raison de lever cette suspension, devrait conclure la Commission. A propos des Kurdes, la Commission devrait constater qu'Ankara n'a fait aucun progrès en matière de reconnaissance de leurs droits culturels tout en condamnant sans ambiguïté les attaques « terroristes » du PKK.
Balkans occidentaux. La Commission insistera sur la nécessité de poursuivre et d'intensifier les réformes politiques, en particulier le renforcement de l'Etat de droit. Dans tous les pays concernés, la réforme de la justice et la lutte contre la corruption et le crime organisé doivent être prioritaires, soulignera-t-elle. Des efforts ont été entrepris mais la corruption reste répandue et profondément enracinée dans les sociétés, déplorera la Commission qui demandera aux gouvernements des pays de la région de faire preuve de davantage de volonté politique pour l'éradiquer. C'est en Croatie, pays bien avancé dans les négociations d'adhésion, que la situation est la meilleure mais des efforts soutenus sont encore nécessaires dans nombre de domaines tels que la réforme judiciaire et administrative, la lutte contre la corruption, les droits des minorités, le retour des réfugiés. Le rythme des négociations d'adhésion (et, par conséquent, la date d'adhésion) dépendra avant tout du travail de réforme du gouvernement de Zagreb, soulignera la Commission. Dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine (Arym), le respect de l'Etat de droit et la protection des minorités ont progressé, même si les Roms continuent d'être victimes de discriminations, mais de sérieux problèmes subsistent en matière de réforme du secteur judiciaire et de lutte contre la corruption. La Commission devrait aussi constater que l'ouverture des négociations d'adhésion avec l'Arym n'est pas envisageable avant 2009 au plus tôt, alors que Skopje espère toujours entamer ces négociations courant 2008. En Serbie, la démocratie doit être renforcée, la réforme de la justice a pris du retard, la corruption reste importante, mais la protection des minorités s'est améliorée, devrait constater la Commission dans son rapport. La Commission pourrait aussi annoncer le paraphe (décision autonome que peut prendre la Commission) de l'accord de stabilisation et d'association (ASA) négocié avec Belgrade, dont la signature (qui nécessite l'accord des Etats membres) est toujours suspendue en raison du manque de coopération de Belgrade avec le Tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie. (H.B.)