Une coopération obligatoire. Les réactions à l'égard de la Russie ont parfois quelque chose d'ingénu. Il suffit d'une ouverture de Vladimir Poutine pour que l'on parle de dégel et de nouvelles perspectives de collaboration ; une rebuffade du même, et le pessimisme revient au galop. Un organisme aussi sérieux que le Cambridge Energy Research Associates dénonce le risque d'une «dégradation progressive des relations économiques » et de «désaccords et incompréhensions qui érodent la confiance mutuelle ». Ne serait-il pas plus simple d'admettre que les relations UE/Russie sont destinées à se développer parce qu'elles sont vitales pour l'une comme pour l'autre partie, et qu'elles sont en même temps inévitablement conflictuelles parce que chacun doit défendre ses intérêts ? Il y aura toujours des accords et des divergences, des rapprochements et des mésententes. Quel que soit son rôle institutionnel, M. Poutine sera là encore pour longtemps, car la majorité des Russes ont confiance en lui, et ils le confirmeront sans doute dans les prochaines consultations électorales. M. Poutine le sait, deux initiatives de sa part sont significatives à ce sujet:
a) il a accepté que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) envoie des observateurs aussi bien aux prochaines élections législatives (2 décembre) qu'aux élections présidentielles de mars 2008. Après quoi, si les prévisions se confirment, M. Poutine ne sera plus président mais premier ministre, dans l'attente de redevenir président dès que les conditions constitutionnelles nécessaires seront remplies. Ces astuces institutionnelles prouvent quand même le souci de respecter la Constitution ;
b) il a autorisé le Groupe des Verts du Parlement européen à organiser à Moscou une conférence de trois jours pour un débat public avec les forces russes d'opposition. Cette manifestation s'est déroulée dans les tout derniers jours d'octobre, clôturée par une conférence de presse de Daniel Cohn-Bendit (qui a regretté que les autorités gouvernementales n'aient pas accepté de participer elles aussi au débat…).
Liberté et démocratie ne sont pas oubliées. Dans les mêmes jours, au dernier Sommet UE/Russie au Portugal, Vladimir Poutine avait proposé de créer un Institut commun UE/Russie pour la promotion des droits de l'homme, qui aurait son siège à Bruxelles, et l'UE a répondu de façon positive. M. Cohn-Bendit a observé que la réciprocité que la Russie réclame en général doit s'appliquer aussi dans ce cas ; l'Institut des «droits de l'homme» doit avoir deux sièges, l'un à Bruxelles et l'autre à Moscou, pour évaluer les mêmes grands sujets: droits des minorités, liberté de la presse, inspections dans les prisons et ainsi de suite.
Il est évidemment positif qu'en Europe des forces politiques et des organisations continuent à dénoncer les atteintes aux droits de l'homme et à la liberté, et que la pression soit maintenue sur la Russie. Or, le renforcement des liens et l'élargissement des domaines de coopération politique, économique et culturelle représentent la voie la plus prometteuse et efficace pour progresser aussi sur la voie démocratique.
Progrès vers deux objectifs prioritaires. Il me paraît évident que l'évolution des relations UE/Russie est globalement favorable. Des progrès sensibles ont été réalisés vers deux objectifs de première importance: la conclusion des négociations sur les conditions de l'adhésion russe à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) et l'ouverture des négociations sur le nouvel accord bilatéral de partenariat. Les commentateurs ont tendance à mettre l'accent sur les difficultés qui subsistent, et on les comprend, mais les obstacles dans ces deux grands dossiers sont relativement mineurs: régime d'exportation du bois russe, réglementation de certains vols sur le territoire russe, l'affaire des importations de viandes polonaises par la Russie et les contrôles sanitaires y relatifs, et ainsi de suite. Ce ne sont que détails par rapport à l'ampleur des objectifs. Chaque détail a son poids, mais si la volonté politique est là, les compromis se trouvent. Au Sommet de Mafra, Vladimir Poutine a exprimé l'espoir non seulement d'ouvrir rapidement les négociations sur l'accord de partenariat (il est question du milieu de l'année prochaine, à l'occasion du prochain Sommet bilatéral), mais de les conclure «dans un avenir proche». Et le président de la Commission européenne, M. Barroso, a rappelé que la Russie est désormais le troisième partenaire commercial de l'Union.
L'énergie demeure le sujet essentiel. Au-delà de ces considérations générales, le vrai grand sujet de négociation et aussi de divergences est toujours le même: l'énergie. Ici l'ampleur des enjeux, le poids des intérêts en cause, la signification non seulement économique mais aussi stratégique et politique des orientations et des décisions sont tels qu'on n'en aura jamais fini. Et les divergences sont à la mesure des enjeux. Les dernières évolutions méritent un commentaire spécifique. Ce sera pour demain.
(F.R.)