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Bulletin Quotidien Europe N° 9517
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/fao

L'éradication de la faim dans les pays en développement passe par une approche « village par village », selon Jacques Diouf

Bruxelles, 05/10/2007 (Agence Europe) - Si la communauté internationale n'augmente pas la part de l'aide au développement consacrée à l'agriculture et au développement rural et si elle ne comprend pas que seule une approche « village par village » constitue une réponse au problème de la faim dans les pays en développement, l'objectif du Sommet mondial de l'alimentation (SMA, Rome, novembre 1996) de réduire de moitié en 2015 le nombre de personnes sous-alimentées au niveau mondial en prenant pour base le niveau de 1990 ne pourra en aucun cas être atteint. Tel est, en substance, le message qu'est venu délivrer, mardi 3 octobre, aux députés de la commission du développement du Parlement européen, le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf.

854 millions de personnes - un habitant sur sept dans le monde - ont faim. Dans certains pays, un tiers de la population est sous-alimentée. En d'autres termes, aucun progrès n'a réellement été accompli depuis la décennie précédente à l'échelon mondial, a indiqué M. Diouf, insistant en particulier sur la situation dramatique de l'Afrique subsaharienne où le nombre de personnes souffrant de malnutrition est passé de 169 millions au cours de la décennie précédente à 206 millions actuellement. Les projections de la FAO montrent que, même si la proportion de personnes souffrant de la faim dans les pays en développement pourrait avoir diminué sensiblement en 2015 par rapport à 1990, l'objectif du SMA pourrait ne pas être atteint: 582 millions de personnes pourraient encore souffrir de la faim en 2015 contre 412 millions si l'objectif du SMA était réalisé. Or, la nourriture est plus abondante aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a dix ans et pourrait l'être encore davantage sans entraîner de pressions à la hausse excessives sur les prix, estime M. Diouf, qui fait valoir que ce paradoxe est le résultat d'un manque de volonté politique de la communauté internationale de mobiliser les ressources au profit des affamés. Et de préciser que, en une quinzaine d'années, l'aide au développement de l'agriculture a diminué de moitié. « Seuls 6,5% des fonds du dernier FED (Fonds européen de développement) ont été consacrés au développement rural, alors qu'il y a 70% de pauvres en milieu rural », a déploré le directeur général de la FAO.

La ventilation de l'aide constitue, selon lui, un autre aspect du problème. Pour être efficaces, « les programmes de développement rural doivent être développés village par village, or ce n'est pas ce qui se passe, et ce n'est pas faute de l'avoir répété », a expliqué M. Diouf, ironisant sur « la plupart des grandes institutions (qui) préfèrent les grands projets ». Interpellé par plusieurs parlementaires sur le manque de réaction de la FAO à cette problématique, il a répondu avec pertinence que « la FAO joue un rôle de conseil » et que c'est donc aux gouvernements qu'il incombe d'agir pour ajuster le cap. Il faut des investissements publics dans les infrastructures au niveau des villages (maîtrise locale de l'eau, infrastructures routières et énergétiques, moyens de stockage) pour attirer les investissements privés, a-t-il précisé.

À une question de Frithjof Schmidt (Verts/ALE, allemand) sur l'impact de l'augmentation du prix des céréales sur l'action de la FAO, M. Diouf a répondu que « cela compliquait le travail de l'Organisation » qui sera appelée à recourir davantage à des plans d'action d'urgence. Et d'imputer cette hausse des prix à quatre facteurs: le niveau très bas des stocks de céréales, les changements climatiques (sécheresses, inondations), la demande croissante des pays émergents et la transformation de produits agricoles en bioénergies.

Répondant à une question d'Alain Hutchinson (PSE, belge) sur l'éventuel impact, sur la situation alimentaire, des accords de partenariat économique (APE) en cours de négociation entre l'UE et les ACP, le directeur général de la FAO a manifesté un certain pessimisme: « le niveau de protection des agriculteurs européens n'existe plus pour les (agriculteurs) africains (…) », a-t-il estimé. Et d'ajouter que « la Politique agricole commune (PAC) a maintenu certaines protections importantes des agriculteurs européens au regard des agriculteurs africains ». Au parlementaire socialiste belge qui avait évoqué le commerce équitable, Jacques Diouf a répondu que celui-ci « devait être encouragé ». « C'est une bonne chose, mais qui pour le moment représente une proportion marginale du commerce mondial des produits agricoles », a-t-il précisé. Dans le même registre, il a indiqué à Marie-Hélène Aubert (Verts/ALE, française) que « l'agriculture biologique doit être encouragée », mais qu'elle ne constitue en rien une panacée face aux défis posés par la problématique de la faim dans le monde. Dans la foulée, M. Diouf a rappelé que la FAO préconisait « d'éviter un usage excessif des pesticides ». (ol)

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