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Bulletin Quotidien Europe N° 9517
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Finances, économie, commerce: indices de changements attendus

Dans le vaste dossier des affaires financières et monétaires, quelques initiatives et prises de position méritent d'être signalées, car elles indiquent des évolutions non pas sur le plan de la doctrine (où tout et son contraire a été dit) mais sur le plan des mesures à prendre. J'en souligne trois.

A. Unanimité contre une trop longue tolérance. Cette rubrique a déjà fait amplement état des critiques sévères et presque unanimes contre les abus et les mauvaises habitudes du monde de la finance, responsables des dysfonctionnements et des crises (dans le bulletin n° 9495), ainsi que de l'orientation des autorités politiques européennes en faveur de la rigueur (dans le bulletin n° 9504). Pendant que le Comité économique et financier de l'UE planche sur les «mesures appropriées» à suggérer au Conseil pour introduire davantage de transparence dans les instruments financiers complexes et davantage de surveillance à l'égard des agences de notation, un véritable réquisitoire contre la gestion des marchés financiers a été signé par Giulio Tremonti. Pourquoi le signaler ? Parce qu'il y a quelques mois à peine, il était ministre des Finances d'un grand pays de l'Union, et parce qu'il ne fait pas partie d'une gauche antimondialiste mais de la droite officielle. Il a écrit que les crédits hypothécaires subprime ne sont qu'un anneau d'une très longue chaîne d'instruments (il cite: vehicle, conduit, asset-backed commercial papers, derivatives, hedge funds) ayant pour objet la fuite du risque bancaire et la chasse au profit. Il définit les hedge funds comme des «banques irrégulières» qui ne respectent aucune norme et aucune règle prudentielle, tout en agissant comme des banques normales et multipliant les liquidités par des «valeurs de leur invention» financées par des dettes.

Pourquoi n'a-t-il pas utilisé un tel langage lorsqu'il participait à la gestion financière de son pays et (par l'Eurogroupe et le Conseil Ecofin) de l'Europe ? Vraisemblablement parce que la franchise d'un ministre est limitée par l'exigence de ne pas alarmer l'opinion publique et d'éviter une panique bancaire généralisée. On le constate chaque jour. Mais cette prudence compréhensible ne réduit pas la signification du constat de fond sur la gravité des abus. On se demande comment est-ce possible que les responsables politiques, tout en étant au courant de l'insécurité, des dangers et de l'absence de contrôles, se soient tus si longtemps en tolérant ce qui est reconnu aujourd'hui comme intolérable. Il est vrai que les Etats-Unis se sont dotés d'une législation sévère, que quelques procès retentissants ont eu un large écho dans l'opinion publique et que certains responsables se retrouvent en prison. Mais il reste difficilement compréhensible pour le citoyen que les instruments rendant possibles les abus aient continué à fonctionner en toute légalité ou qu'ils aient été tolérés. Et pourquoi les acteurs de l'économie réelle, ceux qui produisent, inventent, bâtissent et créent des emplois, ont-ils accepté que le monde de la finance monopolise les enrichissements artificiels et les gains spectaculaires ? C'est qu'une partie du moins de leur monde a bénéficié à son tour des salaires vertigineux et d'autres instruments d'enrichissement parfois abusifs (comme certains stocks options).

L'économie réelle commence à réagir. Quelques symptômes indiquent que les acteurs de l'économie réelle commencent à réagir. Voici deux exemples. Par un avis adopté cette semaine, le Comité économique et social européen (CESE) réclame différentes mesures permettant de rendre les marchés financiers plus transparents. Les mesures suggérées sont assez classiques, mais la nouveauté réside dans l'analyse du vote: 115 voix pour, 25 contre et 15 abstentions, ce qui signifie que l'avis a obtenu le soutien d'un nombre considérable de conseillers appartenant au groupe des employeurs et à celui des professions libérales et des activités diverses. Le groupe des salariés n'aurait pas pu obtenir à lui seul ce résultat, a souligné le rapporteur Olivier Derruine. Ainsi, l'organisme représentatif des forces économiques et sociales de l'UE a affirmé le lien étroit entre le développement des marchés financiers et la situation économique et sociale: ces marchés ont des répercussions sur le modèle social européen et sur la cohésion sociale. L'avis parle d'un «nouvel équilibre» à définir entre les actionnaires et les travailleurs, en dépassant l'évolution négative qui a prévalu ces dernières années, caractérisée par une protection insuffisante des travailleurs face à une «expansion exponentielle» des marchés boursiers et financiers (voir notre bulletin n° 9514). Et tous les groupes l'ont voté.

De son côté, Ernest-Antoine Seillière, président de l'association européenne des employeurs (Business Europe), a effectué une démarche auprès du président du Groupe de l'euro, Jean-Claude Juncker, pour réclamer une initiative «de la zone euro» à propos du taux de change de l'euro, qui est en train de s'apprécier non seulement à l'égard du dollar mais aussi du yen et du yuan (voir notre bulletin n° 9515). Le Groupe de l'euro doit présenter une position commune au sein du G7, en vue d'un dialogue ouvert et efficace avec les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Le problème de la balance commerciale américaine ne peut pas se régler tout simplement par l'augmentation de la valeur de l'euro, face aux « régimes de change inflexibles» des autres monnaies. M. Seillière demande que la Banque centrale européenne (BCE) place, elle aussi, la question des taux de change «en tête de ses préoccupations» (tout en soulignant que des interférences politiques dans la politique monétaire de la BCE ne contribueraient pas à résoudre les défis actuels).

L'amélioration du climat entre les partenaires sociaux passe aussi par la meilleure répartition des «fruits de la croissance», sur laquelle M. Juncker a lancé une réflexion au sein de l'Eurogroupe. En juillet dernier, en s'exprimant devant le Parlement européen en session plénière, il avait repris ce sujet de façon très ferme (je cite du verbatim à présent disponible): «Je reste convaincu que si les politiques salariales actuelles (consistant à creuser le fossé entre ceux qui travaillent et ceux qui disent eux-mêmes qu'ils donnent du travail) sont poursuivies, nous courons à la catastrophe. Les Européens, surtout les Européens simples et modestes, qui ne sont pas moins intelligents que les autres, ne comprennent pas cet écart qui se creuse chaque jour davantage». Il reconnaît l'exigence de la modération salariale, les salaires devant évoluer en fonction des progrès de la productivité, mais «il faut réfléchir à une façon moderne d'obtenir que le plus grands nombre participe aux fruits de la croissance ».

B. Pour le renforcement du Groupe de l'euro. Il est question depuis longtemps de ce renforcement, mais les autorités responsables restent pour le moment prudentes, car les innovations éventuelles passent par l'entrée en vigueur du nouveau Traité, qui interviendra dans la meilleure des hypothèses au début de 2009 et qu'il ne faut surtout pas rendre plus compliquée. J'ai remarqué, dans ce climat ouaté, les affirmations de Pervenche Berès, significatives car elle préside, on le sait, la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. Dans le cadre du cycle de hautes études européennes de l'ENA, elle a rappelé que l'Eurogroupe constituait, avant l'élargissement de 2004 de l'UE, l'essentiel du Conseil Economie/Finances ; aujourd'hui, au sein de ce Conseil, le groupe de l'euro est minoritaire: 13 Etats membres sur 27. Elle en déduit une exigence: « Des mécanismes doivent être imaginés pour renforcer cet ensemble où s'exercent des droits et des devoirs particuliers. La présidence stable de l'Eurogroupe en a accru la visibilité, mais il demeure informel. Une meilleure gouvernance de la zone euro passe par le renforcement de ce Groupe. En outre, une impulsion politique pourrait être apportée par un Conseil européen spécifique à la zone euro qui permettrait d'envisager les mécanismes d'une meilleure coordination. Il y a en effet besoin d'élargir le champ de la coordination par la convergence en matière fiscale, en matière de politique salariale, de salaire minimum.» Voici un joli programme à envisager avec le nouveau Traité.

C. Ajustement automatique de certaines exportations chinoises ? Le lien entre les exportations chinoises et la faiblesse du dollar n'est pas à démontrer, car le déficit commercial américain représente un élément essentiel de cette faiblesse. Or, le scandale retentissant des jouets dangereux fabriqués en Chine semble provoquer une réaction de rejet des consommateurs occidentaux à l'égard du « made in China », et en même temps il entraîne une multiplication des contrôles sur les jouets contrefaits. Le président de la plus grande firme américaine de ce secteur, Mattel, s'est précipité à Pékin pour déculpabiliser les fabricants chinois qui travaillent pour sa firme sous licence, en attribuant à Mattel elle-même la responsabilité des erreurs. Une partie de la presse s'est trompée sur les raisons de cette humble démarche. Elles sont pourtant évidentes, car on a appris que 60% des produits de cette marque sont fabriqués en Chine ! Si ces produits sont dangereux pour les enfants, la méfiance couvre l'essentiel de la production de Mattel. Il était donc urgent pour la firme de déculpabiliser les fabricants chinois.

Le sort de Mattel nous laisse évidemment indifférents. Les propriétaires et les actionnaires de la firme ont gagné des fortunes colossales en transférant en Chine leur production, sans aucun bénéfice ni pour l'économie nationale ni pour l'emploi en Occident. Si maintenant ils perdent quelque chose, c'est leur affaire. Nos remarques ont évidemment un caractère général, elles ne visent pas telle ou telle firme. On affirme trop souvent que le transfert de la fabrication de biens en Chine est positif pour les économies qui «délocalisent». Parfois, c'est vrai, mais en général ce transfert avantage surtout les propriétaires et les actionnaires des entreprises qui l'effectuent. Il s'accompagne souvent de la contrefaçon à l'échelle continentale et du déplacement des technologies et autres connaissances vers la Chine. Les autorités chinoises elles-mêmes sont parties en guerre contre certains aspects de ces fléaux, ayant confiance à juste titre dans la capacité de leur pays de faire face à la concurrence de manière loyale. Si les évolutions en cours entraînent la fin des abus et l'insuccès de certaines délocalisations justifiées exclusivement par les intérêts de quelques grands patrons ou commerçants, ce sera une source de soulagement aussi sur le plan monétaire et commercial.

Les autorités chinoises elles-mêmes devraient s'en féliciter, leur intention affirmée étant de s'insérer de façon harmonieuse et correcte dans la mondialisation, en combattant les abus. (F.R.)

 

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