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Bulletin Quotidien Europe N° 9508
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/developpement

« le militaire n'est pas là pour faire de l'humanitaire », affirme Louis Michel qui veut définir les limites de l'engagement militaire

Madère, 24/09/2007 (Agence Europe) - En marge de la réunion informelle des ministres du Développement à Funchal (Madère), Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, a accepté de répondre à nos questions sur quelques-uns des sujets débattus. Voici reproduit l'entretien:

EUROPE: Le débat informel du Conseil sur le développement et la sécurité est-il révélateur d'une crainte que la politique de développement ne soit un jour inféodée à la politique étrangère, de sécurité et de défense ?

Louis Michel: Il est évident qu'entre les questions de sécurité, qui impliquent souvent un engagement militaire, et le développement, il a des liens. Il n'y a pas de sécurité sans développement et pas de développement sans sécurité. Mais il est évident aussi que lorsque l'on engage des militaires dans une opération de sécurité, on engage également une responsabilité politique. La question de savoir qui a la responsabilité politique de l'engagement militaire dans une politique de sécurité est donc essentielle.

On ne peut pas tout mélanger. Cela pose une vraie question: celle de définir les limites de l'engagement militaire. Cela pose aussi la question de savoir jusqu'où les militaires peuvent être des instruments du développement. J'ai le sentiment qu'il y a quand même encore à rapprocher les points de vue. Nous avons abordé ces questions. Je crois que la Commission sera en mesure de présenter, assez rapidement maintenant, un consensus sérieux et assez ambitieux.

EUROPE: Un texte qui établirait des principes de base pour une complémentarité optimale des
deux politiques ?

Louis Michel: Un document qui définirait les limites de l'action de chacun, qui définirait précisément les missions naturelles de chacun. Le militaire n'est pas là pour faire de l'humanitaire ou du développement, mais on a besoin du militaire pour assurer la sécurité.

Un autre élément me paraît important: on devrait pouvoir définir les critères sur lesquels fonder les règles d'engagement. Par exemple, si les militaires sont appelés pour sécuriser les humanitaires. Est-ce le ministre de la Défense qui doit avoir autorité sur eux ou le ministre des Affaires étrangères ? Moi, je crois que c'est le ministre des Affaires étrangères. Et c'est déjà le cas, par exemple au Danemark. En Grande-Bretagne aussi, pour un certain nombre d'engagements. Si l'on avait un consensus sur les règles d'engagement militaire dans le domaine humanitaire, on aurait déjà fait un pas en avant absolument incroyable.

Certains disent: il faut que le militaire comprenne aussi une composante civile. Qu'il y ait de l'expertise multidisciplinaire, oui. Mais une composante civile, qu'est-ce que cela veut dire ? Je crois qu'il ne faut mélanger ni les genres, ni les vocations naturelles. L'armée c'est d'abord fait pour faire la guerre, pour défendre un territoire, pour assurer la sécurité d'une population. L'armée, ça n'est pas fait pour faire de l'humanitaire, du développement. Cela peut être un outil.

Il en va de même pour la protection civile. Nous avons eu un débat sur le rôle de la protection civile par rapport à l'aide humanitaire. La protection civile, c'est un instrument. Ce n'est pas la protection civile qui peut avoir le leadership sur la conception de l'humanitaire.

Devant le Conseil, j'ai défendu la finalité propre du développement et la finalité propre de
l'aide humanitaire.

EUROPE: Dans certains cas, la mobilisation des forces militaires à des fins humanitaires a bien fonctionné, comme l'opération Artemis, en Iturie au Congo, par exemple ?

Louis Michel: Le succès dépend souvent des règles d'engagement, de l'acceptation par les populations et les autorités locales - tout cela fait partie du dialogue politique classique, préventif et proactif. Mais il y a des cas, comme en Afghanistan où il y a eu confusion des genres et où, manifestement, l'humanitaire a été pris pour cible. Et même au Darfour, c'est assez difficile

EUROPE: Avez-vous le sentiment que l'on progresse dans la coordination accrue de l'aide au développement, que vous prônez ?

Louis Michel: Oui, j'ai l'impression que l'on progresse dans les convictions, mais dans l'action, il faut encore du travail. On ne change pas en un jour des décennies d'habitudes, de comportements, de réflexes bilatéraux et de repli sur soi. Les relations extérieures, c'est comme ça: un domaine pétri d'imperium. La souveraineté, c'est quelque chose de sacré. Je n'ai jamais proposé de toucher à la souveraineté des Etats en matière de développement. Je demande simplement qu'on divise mieux le travail, qu'on sache qui fait quoi, qu'on fasse en sorte qu'il n'y ait plus, dans les pays partenaires, de pays dits « orphelins » de l'aide: ceux qui n'intéressent personne et pour lesquels on est bien content de trouver la Commission !

Sur la division du travail, sur la recherche d'une meilleure coordination, sur l'harmonisation des législations, on travaille activement et on avance. Pour le 10 ème FED, toute la programmation a été analysée en commun avec les Etats membres. On propose maintenant des programmations communes. Dans huit ou neuf pays partenaires, il existe aujourd'hui des consortiums de programmation commune. C'est le cas en RDC où, douze partenaires se sont liés pour essayer de se diviser le travail

EUROPE: La Commission a-t-elle les moyens d'une mise en œuvre efficace de l'aide au développement ?

Louis Michel: Nous vivons malheureusement avec des règles, inventées par les Etats membres et par le Parlement, justifiées par la transparence, le contrôle - objectifs louables, auxquels j'adhère - mais si vous traciez le cheminement d'un projet entre le moment de la prise de décision et le moment de sa mise en oeuvre, le nombre d'obstacles qu'il faut surmonter est impressionnant: les audits, les consultations - internes, externes - les « quality groups » (les réunions interservices qui se réunissent à Bruxelles pour savoir ce qu'on fait au fin fond du Bénin)… On vit avec le poids d'une approche théorique. Mais ça évolue bien. Depuis la déconcentration qui a envoyé des milliers de fonctionnaires européens dans les délégations pour aider les pays partenaires à absorber les fonds, la durée moyenne d'un projet est passée à deux ans aujourd'hui, contre trois ans et demi, quatre ans auparavant.

La Commission débourse ces dernières années plus de 8 milliards d'euros par an sur 10 milliards de budget. Il y a donc très peu d'argent qui n'est pas utilisé. C'est un grand progrès. (an)

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