Belgrade, 24/09/2007 (Agence Europe) - L'Europe du passé, l'Europe d'aujourd'hui et l'Europe de demain, culturellement diverse et pourtant unique, fut au centre des discussions de la table ronde organisée le 21 septembre à Belgrade, qui inaugurait cette année l'ouverture des Journées européennes du patrimoine (JEP) (voir EUROPE n° 9502). Les coordinateurs nationaux participant au « Programme régional pour le patrimoine culturel et naturel du Sud-Est de l'Europe » (RPSEE) ont expliqué à cette occasion les avantages que le développement harmonieux du patrimoine a apporté aux populations dans leur vie quotidienne mais aussi les difficultés qu'ils rencontrent pour mener à bien leurs projets. Le coordinateur bulgare Peter Miladinov a évoqué la difficulté de concilier une approche qui tienne compte à la fois des aspects économiques et culturels. Soit les gouvernements ont privilégié les ressources économiques qu'ils pouvaient retirer de l'exploitation de leur patrimoine, en négligeant sa protection, soit ils l'ont surprotégé sans en tirer profit. Il faut équilibrer ces deux approches, les faire interagir avec une application méthodologique commune, a-t-il souligné. Evoquant l'extrême pauvreté de certaines couches de la population, la coordinatrice de Bosnie-Herzégovine, Ljiljana Sevo, a montré l'importance de créer un projet qui apporte un avantage économique direct aux populations, faute de quoi celui-ci se heurte à l'indifférence générale et se voit voué à un échec certain. Les tentatives qui ont réussi à capter l'attention locale ont, par contre, été un franc succès, montrant que la réhabilitation du patrimoine peut être un excellent outil pour améliorer le quotidien des habitants. Biljana Prentovska, coordinatrice de l'ex-République yougoslave de Macédoine, a assuré que des programmes régionaux tels que le RPSEE constituent une aide précieuse pour réussir, de manière générale, la transition des pays de la région. Une marginalisation du patrimoine met à mal le processus de reconnaissance de l'autre alors qu'au contraire, une collaboration culturelle avec les régions avoisinantes permet non seulement d'améliorer la mise en valeur de son propre patrimoine grâce à l'expérience des voisins, mais aussi de connaître l'autre et de se faire connaître, a-t-elle dit. Les métiers d'arts et les vieux métiers d'artisans ne doivent pas être exclus de cette reconnaissance, a-t-elle encore ajouté, une opinion partagée par le coordinateur croate Jasen Mesic. Celui-ci a évoqué la nécessité de revaloriser, par exemple, les métiers traditionnels de la construction et du bâtiment, mis à mal par des projets immobiliers modernes peu respectueux de l'environnement. Faisant état des dix-neuf minorités existant en Roumanie, la coordinatrice roumaine Cristina Cotenescu a mis l'accent sur le respect des populations minoritaires dans les projets de réhabilitation qui doivent représenter tous les aspects de la diversité culturelle, sans discrimination. Une telle démarche est à la base d'un dialogue constructif, a-t-elle assuré. Burbuqe Bakija-Deva, responsable pour le Kosovo/Minuk, a mis l'accent sur la nécessité d'intégrer des cours sur le patrimoine historique et culturel dans les programmes scolaires et ce dès le plus jeune âge. L'expert a également parlé des efforts mis en œuvre pour empêcher la contrebande des objets d'art. Coordinatrice pour le Monténégro, Milena Filipovic a parlé de la nécessité de prendre en compte l'évolution des objets et des idées culturels dans les programmes de réhabilitation: le patrimoine est perçu différemment au cours du temps et les politiques culturelles doivent en tenir compte. Ce qui doit changer au Monténégro, ce sont les préjugés sur le patrimoine culturel, a-t-elle remarqué, se félicitant de l'évolution positive de la politique actuellement menée par le gouvernement monténégrin en la matière. La coordinatrice albanaise Iris Pojani a déploré le manque de ressources, la mauvaise coordination entre les gouvernements locaux et le privé et les mauvaises méthodes qui continuent d'entraver le bon déroulement des projets. Il faut privilégier une prise de conscience pour réagir plus vite et mieux, a-t-elle fait remarquer.
Projet conjoint du Conseil de l'Europe et de la Commission européenne, le Programme régional pour le patrimoine culturel et naturel du Sud-Est de l'Europe a été adopté en 2003 par l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, le Monténégro, la Roumanie, la Serbie, l'ex-République yougoslave de Macédoine et le Kosovo/Minuk. Présenté comme un outil privilégié de coopération régionale, il a été prolongé jusqu'en 2008 d'un commun accord des pays participants grâce au soutien de la Commission. Axé sur les difficultés que rencontrent ces pays en matière de développement liées aux conflits ayant ravagé la région ainsi que sur les questions liées aux multiples cultures et régions, le Programme joue un rôle important pour la protection de la richesse et de la diversité culturelles sur l'ensemble du continent européen.
La table ronde s'est clôturée dans l'après-midi par la signature des conventions du patrimoine du Conseil de l'Europe par la Serbie et le Monténégro. Le drapeau européen a ensuite été hissé aux côtés du drapeau serbe: « c'est le moment, aujourd'hui, d'exprimer tout notre respect pour le drapeau européen (…) parce que la Serbie fait partie intégrante de la culture européenne », s'est réjoui Oliver Dulic, président du Palais de l'Assemblée Nationale de Serbie. (il)