Bruxelles, 29/05/2007 (Agence Europe) - Dans le cadre d'une rencontre ministérielle UE/Chine en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères UE/ASEM lundi à Hambourg, le chef de la diplomatie allemande et président en exercice du Conseil, Frank-Walter Steinmeier et la commissaire aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner ont appelé la Chine à poursuivre l'ouverture de ses marchés, une mesure nécessaire, selon eux, pour que l'Union puisse réduire son déficit commercial avec son partenaire chinois. Ce déficit, qui s'est élevé à 130 milliards d'euros en 2006, « est un déficit énorme et c'est pourquoi nous voulons vraiment obtenir l'accès au marché. J'ai vraiment évoqué le sujet », a déclaré à la presse Mme Ferrero-Waldner à l'issue de son entrevue avec le nouveau chef de la diplomatie chinoise Yang Jiechi.
Soulignant la nécessité pour les deux parties « d'élargir leur coopération sur la base du bénéfice mutuel, d'assurer une croissance du commerce bilatéral durable et équilibrée », M. Yang a pour sa part assuré que la Chine ne recherchait « pas délibérément » un excédent commercial avec l'UE. « Nous tenterons d'importer autant que possible depuis l'Europe, mais nous espérons aussi que l'Europe assouplira ses restrictions commerciales sur les transferts de haute technologie », a-t-il ajouté. Enfin, alors que l'UE patiente, se garde de multiplier les recours à l'OMC face à la montée des contentieux commerciaux avec Beijing, M. Yang a réaffirmé la nécessité pour les parties d'« œuvrer pour résoudre leurs disputes par le biais d'un dialogue ».
Accord de partenariat et de coopération (APC). Les dirigeants européens ont également réaffirmé leur souhait de faire progresser les négociations pour le nouvel APC UE/Chine qui vise à régir l'ensemble des relations bilatérales (pas moins de 22 coopérations sectorielles à l'heure actuelle) et à remplacer le vieil accord de coopération et de commerce en place depuis 1985. Mme Ferrero-Waldner a notamment indiqué qu'elle attendait une accélération des discussions lancées le 17 janvier dernier (EUROPE n° 9346) avec pour objectif de pouvoir afficher une avancée lors du prochain Sommet UE/Chine qu'elle souhaite voir se tenir le 3 novembre prochain. Une date non confirmée à ce stade par les Chinois qui accueilleront l'événement. Devant l'empressement des Européens à accélérer les pourparlers sur le nouvel APC, M. Yang a reconnu que les parties avaient « un vaste potentiel à exploiter dans leurs relations bilatérales », en soulignant la « multitude d'intérêts communs » et « la convergence de vues sur de nombreuses questions internationales et régionales ».
Energie, changement climatique. Néanmoins, d'intenses discussions sur le dossier global majeur du moment, la sécurité énergétique et le changement climatique n'ont pas conduit à une claire convergence de vues entre Européens, attachés à l'adoption à l'échelle mondial, aussi bien par les pays riches que par les grandes économies émergentes, d'objectifs quantitatifs post-Kyoto pour réduire les émissions de CO2, et Chinois qui, s'ils assurent partager les priorités européennes en matière de politique climatique et environnementale, défendent un juste équilibre entre les considérations environnementales et les exigences du développement, une nécessité, selon eux, pour les pays en développement. Répondant aux propos de M. Steinmeier, qui a insisté sur la « responsabilité commune de supporter les efforts » pour lutter contre le réchauffement climatique, le ministre chinois des Affaires étrangères a ainsi rétorqué que le « statut actuel » du changement climatique n'était « pas dû aux pays en développement ». « D'un autre côté, nous vivons sur la même planète, et chaque pays a la responsabilité de faire ce qu'il peut pour protéger l'environnement », a toutefois ajouté M. Yang, en rappelant que son pays s'est fixé des objectifs pour contrôler la croissance des émissions de gaz à effet de serre et réduire la consommation énergétique par habitant de 20% entre 2006 et 2010. « Il faut regarder ce que la Chine a réalisé. Naturellement, nous souhaitons avoir un échange de vues sur la façon de faire encore mieux », a ajouté le ministre chinois, en soulignant que la Chine apprécierait tout particulièrement des transferts en matière de technologies propres et vertes de la part des pays développés. Si, en façade, M. Steinmeier a exprimé l'espoir que des progrès décisifs soient réalisés d'ici la conférence de Bali en décembre prochain et salué le fait que la Chine ait proposé d'autres entretiens sur ce thème avec les Vingt-sept dans le courant de l'année, des diplomates présents à Hambourg ont néanmoins anonymement fait part à Dow Jones de leur sentiment d'échec des Européens à convaincre les autorités chinoises de se joindre à leur engagement de réduire de 30% leurs émissions de CO2 dans le cadre d'un accord international post-Kyoto.
Droits de l'Homme. Une fois encore, les questions des droits de l'homme, des libertés de réunion, d'opinion et de l'internet ont par ailleurs été « clairement abordées » au cours des discussions, a assuré Mme Ferrero-Waldner qui a notamment rappelé le souhait de l'Union de voir Beijing ratifier un traité international sur les droits civils et politiques. Une condition impérative pour voir les Vingt-sept, qui interdisent les ventes d'armes à la Chine depuis 1989, lever leur embargo. Concernant Taïwan, la troïka européenne, également constituée du Haut représentant Javier Solana, a réaffirmé sa position en faveur de la politique d'une Chine unique. Corée du Nord, Kosovo, Soudan/Darfour étaient également au menu des questions internationales qui ont vu Européens et Chinois s'entendre, dans le cadre du dossier nucléaire iranien, sur la nécessité de renforcer la pression sur Téhéran tout en excluant toute solution militaire. (eh)