Bruxelles, 29/05/2007 (Agence Europe) - Les menaces proférées jeudi dernier à Lisbonne par le Commissaire au Commerce Peter Mandelson de réviser l'offre européenne à l'OMC devant l'absence de nouvelles concessions chiffrées substantielles de certains membres (EUROPE n° 9433) n'étaient pas sans fondement: le scepticisme gagne à Genève où le blocage semble total aussi bien sur le volet agricole des négociations de Doha que sur celui des produits manufacturés. Alors que vendredi, le président du Comité de négociations sur les NAMA (accès au marché non agricole/produits manufacturés), le Canadien Don Stephenson, a déploré l'absence totale de convergence sur ce dossier entre pays riches et en développement, son homologue au Comité des négociations agricoles, le Néo-Zélandais Crawford Falconer a fait part samedi de grandes divergences persistantes entre les membres et d'un léger progrès sur des questions centrales. « Trop de variables (…) avec des positions trop éloignées pour qu'un compromis soit en vue », a-t-il regretté samedi.
Dans sa deuxième contribution à la recherche d'un compromis agricole (après celle rendue publique le 30 avril, voir EUROPE n° 9417, 9420 et 9422), M. Falconer a proposé samedi de réduire fortement les droits de douane pratiqués par les pays développés sur les exportations de produits tropicaux des pays en développement et de limiter les mesures protégeant ces derniers d'importations massives de biens agricoles. Selon la proposition de M. Falconer, les pays développés devraient réduire à zéro leurs tarifs situés à moins de 25% sur les produits tropicaux et réduire de 85% les tarifs situés au-dessus de ce seuil de 25%. M. Falconer propose également de limiter l'utilisation du mécanisme spécial de sauvegarde (SSM), qui permet aux pays en développement d'augmenter leurs droits de douane pour protéger leurs économies contre des afflux brusques d'importations de produits agricoles, en rendant cet instrument « réalisable et utilisable si le besoin est réel ». Si elle va à l'encontre de la position des pays « Amis des produits spéciaux » du G-33, groupe de 46 pays en développement avec de grandes populations rurales emmené par l'Indonésie et l'Inde et qui exige que ce mécanisme soit appliqué à tous les produits importés (EUROPE n° 9389-9392), la proposition de M. Falconer est toutefois en accord avec la position des pays exportateurs agricoles net du groupe de Cairns.
Alors qu'un texte de compromis final sur l'agriculture et les NAMA émanant de MM. Falconer et Stephenson est attendu pour début juillet, les divergences semblent toujours prononcées entre les membres de l'OMC sur le volet agricole. Dans une lettre adressée à l'OMC en début de semaine dernière, les ministres chinois Bo Xilai (Commerce) et Sun Zhengcai (Agriculture) ont appelé les pays les plus riches, les Etats-Unis et l'Union, à « concéder des coupes réelles » dans leurs subventions agricoles. Sceptique quant à la possibilité de conclure le round « avant des années », le ministre australien du Commerce Warren Truss a pour sa part averti que Canberra « se battra pour protéger son droit » de conserver ses fermes commerciales d'Etat. L'Indien Kamal Nath a quant à lui déploré ce week-end « l'absence de volonté politique » des pays riches de parvenir à un compromis équilibré pour les pays en développement. Enfin, la ministre française de l'Agriculture Christine Lagarde a averti qu'elle n'accepterait pas de compromettre les intérêts des agriculteurs de son pays pour parvenir à un accord. Des signes peu encourageants pour un round endeuillé par la mort soudaine lundi du ministre japonais de l'Agriculture, Toshikatsu Matsuoka. (eh)