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Bulletin Quotidien Europe N° 9434
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La nouvelle réflexion européenne sur l'adhésion de la Turquie est ajournée, mais le choix n'est pas entre l'adhésion et le rejet

Les négociations ne sont pas interrompues. Le dossier de la Turquie peut attendre. L'UE n'en débattra à un niveau politique élevé qu'après avoir défini les orientations essentielles de son futur «traité fondamental». C'est très bien ainsi. Ce n'est vraiment pas le moment d'ajouter un dossier délicat et controversé à ceux qui sont actuellement en discussion. Deux raisons au moins justifient ce choix: a) l'attitude de l'UE à l'égard de ses élargissements futurs (au-delà de ceux qui sont en principe déjà acquis) dépendra en partie de ce que sera son nouveau traité en préparation; b) la Turquie aura bientôt un nouveau Parlement et un nouveau président, et les choix de son peuple auront en toute logique une influence sur l'évolution future.

Nicolas Sarkozy, qui par ses déclarations avait soulevé le nouveau débat, a confirmé qu'à son avis, la place de la Turquie n'est pas à l'intérieur de l'UE, mais en précisant qu'il ne demande pas l'interruption des négociations en cours. Elles se poursuivront dans les prochaines semaines au rythme hésitant qui est le leur, et il n'est pas exclu qu'à la fin juin elles soient étendues à quelques nouveaux chapitres. Le président de la République française ne l'a pas du tout exclu, et l'un de ses collaborateurs a expliqué à Bruxelles cette attitude par un exemple: « L'un des chapitres qui pourraient être ouverts à la négociation porte sur les statistiques. Tout le monde a évidemment intérêt à ce que les statistiques turques soient fiables et comparables avec les nôtres.» Ce qui signifie concrètement que les relations UE-Turquie sont très étroites et qu'elles sont de toute manière destinées à se renforcer ; tout ce qui contribue à leur bon fonctionnement est positif.

Personne n'entend « tourner le dos » à la Turquie. Nous sommes ici au cœur du problème. Trop souvent les partisans de l'adhésion turque présentent les réticences comme un rejet de la Turquie ; c'est évidemment faux, le problème est de savoir si l'adhésion à part entière représente la meilleure formule, dans l'intérêt de l'une comme de l'autre partie. Le choix n'est pas entre l'adhésion et le rejet, mais entre l'adhésion et une forme étroite de coopération spéciale, au-delà de ce qui existe déjà (et qui est beaucoup). Une prise de position toute récente du ministre britannique aux affaires européennes me semble illustrer clairement cette équivoque. Geoff Hoon a déclaré: « L'Europe occidentale ne doit pas tourner le dos à une grande nation musulmane et laïque.» Or, à ma connaissance, personne n'a jamais parlé de tourner le dos à la Turquie. Ce que l'on craint est plutôt que Londres utilise le cas turc comme l'un des éléments qui contribueraient à transformer l'UE en un ensemble intergouvernemental (avec les règles communautaires actuelles, le poids institutionnel de la Turquie serait excessif aussi bien au sein du Parlement que du Conseil, et il faudrait les modifier) et un simple marché unique (ni la politique agricole commune ni la politique de cohésion ne pourraient plus être financées telles quelles).

MM. Schulz et Cohn-Bendit doivent encore réfléchir. A-t-on suffisamment pris ces aspects en considération ? Quelques déclarations de parlementaires européens influents me paraissent davantage brillantes que vraiment réfléchies. Martin Schulz, président du groupe socialiste, a qualifié de «bavardage de campagne électorale» la prise de position de Nicolas Sarkozy rejetant l'adhésion turque, et Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts, a observé que, de toute manière, Nicolas Sarkozy ne sera plus au pouvoir au moment de la décision finale: celle-ci n'interviendra pas avant une quinzaine d'années , lorsque la France aura un autre président, le président actuel ayant annoncé lui-même qu'il ne dépassera pas les deux mandats.

À mon avis, ils ont tort l'un et l'autre: M. Schulz de ne pas croire que Nicolas Sarkozy exprimait une conviction ferme et M. Cohn-Bendit d'estimer qu'il soit sérieux d'attendre quinze années avant de décider. Il serait indigne pour l'UE de négocier si longtemps avec un grand pays d'ancienne civilisation, pour l'informer en définitive que l'adhésion n'est pas possible. Il est justifié d'attendre quelques semaines, et même davantage, pour en délibérer, en vue d'entreprendre ensuite des réflexions communes sur des solutions alternatives. J'estime qu'il est trop tôt pour se résigner à la formule de Michel Rocard, selon laquelle le rêve d'une Europe intégrée est mort, et alors autant ouvrir la porte à la Turquie (et à bien d'autres). Attendons au moins de connaître le nouveau traité fondamental avant de renoncer à être ambitieux.

Et la nouvelle réflexion devra ensuite tenir compte de tous les aspects, y compris ceux que, pour le moment, on n'ose pas affronter ouvertement ou que l'on fait semblant d'ignorer, et qui seront évoqués dans cette rubrique de demain. (F.R.)

 

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