Bruxelles, 02/02/2007 (Agence Europe) - Le verdict est sans appel. A scénario inchangé, l'accroissement des températures à la surface de la planète pourrait être de 1,8 à 4 degrés celsius en 2100, alors qu'au cours des cent dernières années, la hausse n'avait atteint que 0.7 °C. L'avertissement lancé le 2 février à Paris par les experts scientifiques les plus éminents au monde dans leur rapport (IPCC W1) sur l'évolution du climat est alarmant. Source d'émoi, il offre aux partisans d'une action plus résolue contre le réchauffement planétaire une opportunité d'appeler au sursaut de la communauté internationale. Plusieurs voix se sont aussitôt fait entendre dans l'UE, à commencer par celle du Commissaire à l'Environnement, Stavros Dimas.
« Je suis extrêmement préoccupé par l'accélération et l'ampleur croissante du changement climatique démontrées par ce rapport. Il est plus urgent que jamais que la communauté internationale entame de véritables négociations en vue d'un nouvel accord global de large portée capable d'enrayer le changement climatique. Pour stabiliser les émissions mondiales, il faut, dans un premier temps, que les pays industrialisés réduisent leurs émissions de 30% d'ici à 2020 par rapport au niveau de 1990, comme la Commission européenne l'a proposé le mois dernier », déclare le Commissaire dans un communiqué.
Au Parlement européen, l'eurodéputée Satu Hassi (Verte finlandaise, ancienne ministre de l'Environnement de la Finlande) voit dans les révélations de ce rapport la chance de convaincre les sceptiques et de pousser à l'action les adeptes de la tergiversation, y compris dans l'UE. « Ceux qui continuent à prétendre que le changement climatique n'est pas le résultat de l'activité humaine sont maintenant démentis par la science. Le rapport de l'IPCC fait autorité et fournit une preuve de la gravité du phénomène et de son origine humaine. Ce qui était considéré comme la limite maximale du changement climatique acceptable se retrouve être la limite plancher dans l'échelle des prévisions scientifiques. Et nous ne devons pas oublier que sans action significative, les températures continueront d'augmenter au-delà de 2100 », commente la députée européenne, convaincue que « la lutte contre le changement climatique doit être portée à un niveau politique plus élevé pour être érigée en priorité des décideurs politiques du monde entier ». Estimant que l'UE devrait donner l'exemple par son action, Mme Hassi déplore que « l'UE continue à ne pas prendre position », et s'étonne qu'à l'heure des projections alarmantes de la communauté scientifique sur les conséquences du changement climatique, « certains membres de la Commission et certains Etats membres se battent pour affaiblir une proposition législative visant à s'attaquer aux émissions » de CO2 des voitures particulières.
Et d'exhorter le Conseil européen des 8 et 9 mars à « ne pas souscrire aux propositions faibles de la Commission », mais à prendre l'engagement d'une réduction de 30% des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2020, par rapport à 1990, année de référence.
Le rapport de l'IPCC intitulé « Climate change 2007: the Physical Science Basis » évalue l'état des connaissances scientifiques sur le climat. Synthèse réalisée par le groupe de travail numéro un de l'IPCC, il constitue la première partie du quatrième rapport d'évaluation de l'IPCC, à paraître. Il confirme les principales conclusions du troisième rapport publié en 2001, mais de nombreux résultats sont désormais mieux quantifiés et plus fiables. Voici les principaux enseignements à en tirer: - Le réchauffement du système climatique est sans équivoque. La hausse des températures moyennes de l'air et des océans, la fonte généralisée des neiges et des glaces, et l'élévation du niveau des mers en apportent la preuve. - Il est « fort probable » que l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine (émissions anthropiques) soit responsable de la plus grande partie de la hausse moyenne des températures depuis le milieu du 20ème siècle. Il est «hautement improbable» que ce réchauffement soit imputable à la seule variabilité naturelle du climat. - Au cours du siècle dernier, la terre a connu un réchauffement moyen de 0.76° C, et le réchauffement s'est encore accéléré. Les onze années les plus chaudes ont toutes été enregistrées au cours des douze dernières années. La seconde moitié du 20ème siècle a été la période la plus chaude dans l'hémisphère nord depuis 1 300 ans au moins. La température en Europe a augmenté d'environ 1°C en une centaine d'années, et ce phénomène a été plus rapide que le réchauffement moyen de la planète. - Dans l'hypothèse où aucune mesure ne serait prise pour limiter les émissions, les estimations les plus optimistes prévoient un nouvel accroissement de la température moyenne mondiale de 1,8 à 4 °C d'ici à 2100. - Le rythme auquel le niveau de la mer s'élève a pratiquement doublé (18 cm par siècle entre 1961 et 2003 contre 31 centimètres par siècle pour la période 1993-2003). - Les concentrations de CO2 et des autres gaz à effet de serre dans l'atmosphère ont continué à progresser en raison des émissions anthropiques. Les concentrations actuelles de CO2 et de méthane sont plus élevées aujourd'hui qu'elles ne l'ont jamais été au cours des 650 000 dernières années au moins.
Les événements météorologiques extrêmes qui se multiplient, les trajectoires des tempêtes et des précipitations peuvent désormais être clairement associées au changement climatique causé par les activités humaines. (an)