Bruxelles, 19/01/2007 (Agence Europe) - Une trentaine de ministres du Commerce se retrouveront le 27 janvier à Davos (Suisse), en marge du Forum économique mondial (24-28 janvier), pour tenter de relancer le round de Doha, formellement suspendu depuis le mois de juillet dernier. L'échéancier politique reste néanmoins complexe avec, d'une part, les débats aux Etats-Unis sur le renouvellement de la loi d'orientation agricole, le Farm Bill, et du mandat de négociation octroyé par le Congrès américain à l'administration Bush, le Trade Promotion Authority (TPA), et, d'autre part, l'élection présidentielle en France (fin avril-début mai). Et, avant d'envisager un compromis sur les modalités en agriculture et sur les NAMA (chiffres et autres dispositions) entre les puissances commerciales du G-6 (Union européenne, Etats-Unis, Brésil, Inde, Australie et Japon), compromis qui débloquerait l'ensemble des négociations, ce sont l'Union européenne et les Etats-Unis qui détiennent la clé du round. Dans ce contexte, l'optimisme affiché début janvier par les Européens et les Américains à l'issue de la visite à Washington d'une délégation de la Commission emmenée par son président José Manuel Barroso (EUROPE n° 9340) est assez difficile à juger par des actes concrets à ce stade.
A l'issue d'une réunion avec son homologue Susan Schwab, le Commissaire au Commerce Peter Mandelson s'était félicité d'une « convergence » entre les deux camps. Plus prudente, la représentante américaine au Commerce avait toutefois averti que « le contenu est prioritaire sur le calendrier ». Et aucun des deux n'avait été en mesure d'annoncer un compromis agricole euro-américain basé sur des chiffres. Le 9 janvier, un média américain spécialisé, le Washington Trade Daily, annonçait toutefois que les deux parties envisageraient, dans la perspective de Davos, le compromis suivant pour l'agriculture: - une réduction du soutien interne américain de 23 à 17 milliards de dollars, alors que les Européens demandent une baisse de 8 milliards ; - une diminution moyenne des droits de douane légèrement supérieure à celle de 54% proposée par les pays émergents du G-20 (chiffre que la Commission traduit par une baisse d'un peu plus de 51% en ne prenant pas en compte les droits de douane agricoles inférieurs à 2% et en excluant du calcul les produits tropicaux) ; - la fixation du nombre de produits sensibles à 4% du total des lignes tarifaires.
Interrogé vendredi par EUROPE, le porte-parole de M. Mandelson, Peter Power, a indiqué que « la Commission ne reconnaît pas ces chiffres », en particulier celui correspondant à l'effort envisagé par les Américains en terme de contrainte sur leurs soutiens internes. « Il n'y aura pas de percée à Davos », a tenu à préciser M. Power. « Nous sommes encore loin d'un compromis » agricole chiffré, a-t-il ajouté avant d'assurer: « mais nous continuons à travailler pour trouver une solution ». Un discours en tout point concordant avec les propos tenus par Mme Schwab, la semaine dernière, à l'issue d'une réunion à Washington avec le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy. « Sommes-nous proches d'une percée ? Non, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour y arriver. Faisons-nous des progrès ? Absolument, nous faisons des progrès », avait-elle affirmé.
A une semaine de la réunion de Davos, la situation reste plutôt floue. Selon des sources non officielles, Washington n'aurait, à ce stade, aucune offre unilatérale sur les soutiens internes à mettre sur la table ; les divergences entre l'Union européenne et les Etats-Unis seraient encore importantes sur la manière de traiter les produits sensibles malgré un accord sur leur nombre ; et le Congrès américain, désormais aux mains des démocrates, serait réticent à accepter une réduction des droits de douane européens en-déçà de 60%. En revanche, l'administration Bush pourrait s'efforcer d'obtenir, au G-6, un accord sur les modalités qui soit favorable aux Etats-Unis pour obtenir du Congrès le renouvellement du mandat de négociation américain qui expire à la fin du mois de juin. Mais, au total, beaucoup de chemin reste à parcourir avant que le G-6 ne scelle un compromis salvateur pour le round. (eh)