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Bulletin Quotidien Europe N° 9345
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/presidence

Hans-Gert Pöttering est le nouveau Président du PE

Strasbourg, 16/01/2007 (Agence Europe) - « Votants 715, bulletins blancs ou nuls 26, votes exprimés 689, majorité absolue 345 nécessaire pour une élection au 1er tour. Jens-Peter Bonde 46 voix, Francis Wurtz 48 voix, Monica Frassoni 145 voix, Hans-Gert Pöttering 450 voix. (…) Je félicite (ce dernier) pour cette élection, lui souhaite tous mes vœux pour son mandat et l'invite à siéger en toute légitimité », a proclamé mardi 16 janvier Giovanni Berlinguer (PSE, Italien), doyen du Parlement européen. Le chrétien-démocrate allemand Hans-Gert Pöttering est devenu à 61 ans le nouveau président du PE, succédant ainsi pour deux ans et demi au socialiste espagnol Josep Borrell. L'accord informel entre le PSE et le PPE a globalement été respecté, permettant ainsi à M. Pöttering d'être élu dès le premier tour. À noter le score honorable de Monica Frassoni, candidate des Verts, supérieur de 100 voix au nombre de députés de son groupe.

Félicité en tant qu'homme et décideur politique par les trois autres candidats, les présidents des huit groupes politiques ainsi que plusieurs Commissaires européens, M. Pöttering a aussitôt fait sa première déclaration: « Vous venez de m'accorder votre confiance pour une tâche importante, belle et difficile. De toutes mes forces, je m'efforcerai de servir les citoyens et les citoyennes de l'UE et me mettrai au service de la démocratie et de l'inter-parlementarisme. J'œuvrerai pour une Europe démocratique, forte, capable d'agir dans le monde. Je respecterai la dignité humaine et l'affirmation de la solidarité entre les citoyens européens. Je dis aux citoyens européens: c'est seulement en agissant ensemble que les peuples européens auront les moyens de défendre leurs valeurs dans le monde ».

Le nouveau président du PE présentera le13 février son programme de travail lors d'une séance à laquelle seront conviés tous les anciens présidents de l'institution européenne. Il a néanmoins esquissé plus tard en conférence de presse les trois thèmes principaux de sa présidence: 1) favoriser l'émergence d'une « Europe des citoyens » car l'Europe est « plus qu'économique » et porte en elle des « valeurs ». M. Pöttering a cherché le soutien des médias pour « présenter l'Europe avec ses déficits et aussi avec ses acquis » ; 2) revitaliser la substance du traité constitutionnel en ne ménageant « aucun effort sur la voie de la réforme » ; 3) relancer le « dialogue des cultures » en particulier avec le monde arabe et Israël, à travers le processus Euromed qui doit s'ouvrir davantage à la société civile.

M. Pöttering a ensuite évoqué les « deux grands sommets » à venir au cours du premier semestre 2007. Le 25 mars à Berlin, « je vais faire en sorte que la déclaration » marquant le 50ème anniversaire de l'UE « soit un acte de foi pour la solidarité entre les peuples », a-t-il assuré. Et de citer en exemple la solidarité nécessaire envers la Pologne vis-à-vis de ses relations tumultueuses avec la Russie en matière d'énergie ainsi qu'à l'encontre de tous les pays victimes du « terrorisme » ou faisant face au phénomène de l'« immigration ». Connu pour son engagement en faveur d'une inscription des valeurs chrétiennes dans le traité constitutionnel, le chrétien-démocrate allemand a estimé qu'en sa nouvelle qualité, il ne pourrait pas représenter son avis personnel sur cette question comme il le faisait lorsqu'il était président du groupe PPE-DE.

Sur le traité constitutionnel, il a souhaité « conserver la substance du traité, seule condition pour lancer et mettre en œuvre les réformes » et a réitéré son attachement « aux valeurs de la partie II » du texte, celle sur la Charte des droits fondamentaux. « Tous les acteurs devront tôt ou tard accepter un compromis » sur ce dossier, pour lequel il faudra avoir au sein du PE « un débat en toute transparence » et « centré sur les résultats que nous voulons obtenir ». Dès jeudi, M. Pöttering se rendra dans sa circonscription à Osnabrück en Basse-Saxe puis au Luxembourg. À propos de cet État membre qui - comme dix-sept autres - a ratifié le traité constitutionnel en juillet 2006 (voir EUROPE n°8988), « il ne faut pas oublier ceux qui ont dit « oui » à la Constitution et il faut convaincre ceux qui ne l'ont pas fait », a indiqué M. Pöttering.

Réactions des groupes politiques et de la Commission européenne

Joseph Daul, récemment élu président du groupe PPE-DE, a apporté « son soutien indéfectible » à M. Pöttering. « Beaucoup de parlements nationaux mériteraient que (l'élection de leur président) se passe ainsi », a-t-il estimé. Au nom du groupe PSE, le social-démocrate allemand Martin Schulz a indiqué que son groupe « travaillera loyalement » avec le nouveau président du PE en attendant de sa part « neutralité et loyauté ». Graham Watson, président du groupe ALDE, a évoqué le « sommet d'une carrière parlementaire remarquable lancée à la première élection suffrage universel du PE ». « La majorité dans mon groupe a voté pour vous », a-t-il fait savoir en lui demandant de se joindre « à ceux qui réclament une réforme » de l'institution. Pour le groupe UEN, Cristiana Muscardini s'est dite « confiante » qu'avec cette élection le PE sera capable de « s'occuper des grands thèmes » tels que les problèmes de l'Afrique (Nigeria, Somalie) et non plus de « questions stériles ». Nous avons « besoin de défendre nos identités et nos traditions », a-t-elle estimé. « Qui aurait vu en toi un fan de Jimmy Cliff ? You can get it if you really want ? », a plaisanté Daniel Cohn-Bendit. Le co-président du groupe des Verts n'a « pas de doute sur (l') impartialité » de M. Pöttering, même si ce sera «quelque fois difficile » surtout quand celui-ci devra représenter le PE face au Conseil européen, dont la présidente actuelle (Angela Merkel) est membre de son parti. À propos de la question du siège du PE, M. Cohn-Bendit a estimé qu'il « serait à l'honneur du PE de mener ce débat » car « il n'est pas digne de ne pas discuter d'une question discutée partout ailleurs ». Francis Wurtz, Président du groupe GUE/NGL, a évoqué une « élection légitime et logique ». Et de s'adresser directement à M. Pöttering: « Vous avez des convictions fortes qui nous valent des désaccords et des convictions éthiques qui vous valent un réel respect ». Jens-Peter Bonde, candidat du groupe ID, connaissait le résultat « depuis 2004 ». Il a néanmoins salué les mérites du « débat » qui a eu lieu au cours d'une élection qui n'a « pas » été « qu'un couronnement » (la veille lors du débat entre les candidats organisé par l'hebdomadaire European Voice, il avait néanmoins offert une couronne au futur président, NDLR). Bruno Gollnisch, Président du nouveau groupe ITS (voir autre nouvelle), tout en trouvant « un peu gênant que (son) élection soit acquise au prix d'un compromis entre deux groupes rivaux vis-à-vis des électeurs et un peu trop d'accord sur la gestion du PE et sur l'avenir de l'Europe ». Enfin, Irena Belohorská (NI, Slovaque) a souhaité au nouveau président « bonne santé » et « beaucoup de patience ». Elle lui a demandé d'« éliminer la discrimination » qui s'applique à l'encontre des membres du PE non inscrits.

« Personne ne connaît le PE mieux que (vous) », a déclaré José Manuel Barroso, au nom de la Commission, qui n'a pas manqué de féliciter « très très sincèrement » M. Pöttering. « La charge est riche en défis », l'a-t-il averti, en estimant que sa « vision d'une Europe politique » comme seul moyen de renforcer la place de l'Europe dans le monde ainsi que son attachement à « la justice, aux droits de l'homme, à la dignité de la personne humaine, à l'équité vis-à-vis de tous » s'avèreront indispensables pour assurer convenablement cette fonction. Et d'évoquer également une « responsabilité spéciale »: vous êtes le 1er Président élu par un parlement comprenant des représentants issus de 27 États membres.

M. Barroso a ensuite plaidé en faveur d'un « partenariat » interinstitutionnel. « L'intérêt commun des institutions européennes, c'est de nous renforcer les uns les autres », a-t-il insisté. Il a appelé de ses vœux la création d'une « très grande coalition pour lutter pour les valeurs de l'Europe », en allant « au-delà des divergences » afin de mener à bien « un objectif commun: la paix, la démocratie et les droits de l'Homme ».

Retour sur le programme des trois autres candidats

C'est la deuxième fois que je préside « sans mérite » cette assemblée, avait plaisanté Giovanni Berlinguer (PSE, italien), doyen des députés européens en ouvrant la séance constitutive. Il avait insisté sur « la continuité » des activités du PE, avec l'arrivée des députés bulgares et roumains après près de « 50 ans de paix totale » sur le continent européen, ainsi que sur les « critiques » auxquelles l'Europe devra répondre, notamment sur les « thèmes institutionnels et sociaux ». Nous vivons dans un « monde mondialisé » dans lequel « les progrès » et « les injustices » vont croissant, a rappelé M. Berlinguer. Il a ensuite accordé cinq minutes à chaque candidat pour présenter ses priorités politiques.

Jens-Peter Bonde a attaqué d'emblée sur son terrain de prédilection: un siège unique pour le PE (Des billets fac similé de 250 millions d'euros circulaient en salle de presse pour dénoncer le coût annuel des transferts de l'institution entre Bruxelles et Strasbourg, NDLR). Il a prôné la mise en place d'un « système proportionnel » afin de permettre aux petits groupes indépendants et aux petites délégations au sein d'un groupe politique de faire entendre leurs voix. « Tous les députés ont le même rang ! », a-t-il affirmé, en dénonçant l'absence de « la voix du « Non » (au traité constitutionnel) » dans les réunions officielles et les débats avec les parlements nationaux. Et de conclure: « La démocratie se trouve dans le traitement des minorités ! ».

Rappelant que « le PE est le seul parlement supranational élu au suffrage universel », Monica Frassoni a estimé que le/la futur(e) président(e) devra affirmer la place de cette institution européenne face aux gouvernants nationaux et éviter que celle-ci ne devienne une « chambre d'acquiescement ». Le PE doit aussi, selon elle, continuer à parler d'une « voix forte » sur des thèmes tels que les prisons militaires américaines de Guantanamo, les manquements aux droits de l'Homme en Chine ou à Cuba. Elle a jugé la question du siège « cruciale pour la crédibilité du PE » vis-à-vis des citoyens européens, dont un million ont signé la pétition favorable à un siège unique pour l'institution (voir EUROPE n°9270). La seule femme candidate a aussi jugé nécessaire d'inverser la tendance actuelle à la coloration politique des fonctionnaires du PE.

Francis Wurtz a fait de sa candidature « un acte politique fort et l'occasion d'affirmer clairement les différences entre les candidats ». Il a rappelé « la constance et l'absence d'ambiguïté » avec laquelle il défend « une vision alternative de l'Europe libérale » prônée par M. Pöttering et les groupes politiques PPE-DE, ALDE et UEN. Sa candidature embrasse « 5 dimensions »: « sociale » pour mettre fin à la concurrence entre les modèles sociaux nationaux, « écologique » pour résister à la baisse de l'ambition écologique au nom de la compétitivité, « solidaire » pour tourner le dos à « l'Europe forteresse », « démocratique » pour oser donner la parole aux citoyens, « mondiale » pour changer la situation en Irak et promouvoir une paix juste en Palestine, une vraie stratégie de développement pour l'Afrique. « Allié avec les Etats-Unis « oui », aligné sur les Etats-Unis « non » ! », a-t-il souligné.

Les députés suivants ont aussi été élus en tant que vice-présidents du PE: Adam Bielan (UEN, Polonais), Luigi Cocilovo (ADLE, Italien), Rodi Kratsa-Tsagaropoulou (PPE-DE, Grec), Mario Mauro (PPE-DE, Italien), Edward McMillan-Scott (PPE-DE, Britannique), Luisa Morgantini (GUE-NGL, Italienne), Pierre Moscovici (PSE, Français), Miguel Angel Martinez Martinez (PSE, Espagnol), Gérard Onesta (Verts-ALE, Français), Mechtild Rothe (PSE, Allemande), Manuel Antonio dos Santos (PSE, Portugais), Marec Maciej Siwiec (PPE-DE, Polonais), Alejo Vidal Quadras (PPE-DE, Espagnol) et Diana Wallis (ADLE, Britannique). (mb)

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