Dresde, 16/01/2007 (Agence Europe) - Les ministres de l'Intérieur de l'UE ont débattu longuement lundi du thème de l'immigration sans toutefois réussir à dégager un véritable plan d'action européen. L'idée avancée avant cette réunion informelle de Dresde était d'arriver à la conclusion d'un « pacte commun » en matière de migration (EUROPE n°9342). Le Conseil européen des 14 et 15 décembre avait pourtant clairement indiqué les lignes directrices à suivre dans le domaine de l'immigration illégale et légale (EUROPE n°9329).
La Présidence allemande a tenté de maintenir le cap d'une coopération accrue, malgré les divergences
« Etant donné que la pression migratoire pesant sur l'Europe persiste, la politique migratoire reste un des sujets prioritaires, tant au niveau européen que national », a annoncé lundi soir le ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble. « Nous avons jeté les bases d'une bonne coopération pour les mois à venir », a-t-il dit, précisant toutefois qu'« aucune décision » n'avait été prise par les ministres. Les quelques pistes formulées par la Présidence ont reçu un « soutien massif » des membres du Conseil, a-t-il ajouté. Selon le ministre, il s'agira d'examiner de quelle façon les effets positifs des migrations circulaires et temporaires entre l'UE et des Etats tiers pourront le mieux être mis en valeur. Pour M. Schäuble, il s'agit par exemple de « la possibilité de donner un accès légal au marché du travail », une proposition qui pourrait être présentée dans un « paquet de mesures ». Le ministre a aussi insisté pour que les Etats membres donnent à l'Agence européenne aux frontières (Frontex) des moyens plus importants. « Il nous faut remplir cette boîte à outils », a-t-il indiqué, rappelant que son pays avait pendant quelque temps mis à disposition deux hélicoptères pour surveiller les côtes européennes. M. Schäuble s'est ensuite prononcé pour que des fonctionnaires (police, gardes-côtes) soient mis en réserves aux frontières et pour que ceux-ci puissent disposer, grâce à la création d'une base juridique, de compétences de police du pays où ils sont envoyés.
Malgré la vision optimiste de la Présidence, le ministre luxembourgeois de la Justice, Luc Frieden a avoué que, sur l'immigration, les oppositions restaient fortes à la table du Conseil. « L'immigration est un sujet extrêmement difficile où les points de vue divergent constamment », a dit M. Frieden à la presse. Sans les nommer précisément, il a fustigé les Etats membres qui préconisent des solutions purement nationales. Et le ministre d'ajouter: « Quand un problème dépasse les frontières, il faut des solutions européennes. Chaque initiative nationale est vouée à l'échec ». Ouvrant le débat, le ministre italien de l'Intérieur, Giulano Amato,
a en effet proposé que chaque Etat membre, en vertu de raisons géographiques ou historiques, établisse « un partenariat individuel avec des pays tiers clefs ». L'UE pourrait également venir appuyer de tels partenariats, a-t-il expliqué. Il a notamment cité l'exemple de la coopération que Chypre pourrait mettre en place avec la Turquie où celle que son pays a mise en place avec la Libye. Selon M. Amato, la coopération italo-libyenne a permis en 2006 de diminuer de 4% le nombre d'immigrés clandestins arrivés en Italie par rapport à l'année précédente.
La Commission européenne met en garde le Conseil et propose de lancer des initiatives concrètes
Le Commissaire chargé de l'immigration Franco Frattini a appelé les Etats membres à « mettre pleinement en œuvre » l'approche globale que le Conseil européen a approuvée en décembre, mais aussi à respecter les dates butoirs qui ont été fixées par les chefs d'Etat et de gouvernement. A cette occasion, M. Frattini a de nouveau appelé les Etats membres à aider très rapidement Frontex en lui fournissant du matériel et du personnel (EUROPE n°9344). Une lettre va être envoyée la semaine prochaine aux Etats membres pour demander leur contribution. « J'attends une réponse concrète avant la fin mars », a indiqué le Commissaire, qui a assuré qu'il rendrait compte des réponses reçues. « S'il y a des réponses négatives, je vais le dire franchement. Ce n'est pas une question de pointer du doigt (un Etat) ou de le blâmer. Je suis obligé de faire respecter la volonté du Conseil », a-t-il précisé. M. Frattini a par ailleurs indiqué qu'il présenterait prochainement au Conseil des ministres des idées concrètes comme, par exemple, un modèle d'« accord global » qui sera ensuite négocié au cas par cas avec les Etats d'où sont originaires les immigrants clandestins. Selon le Commissaire, une telle proposition pourrait « offrir des emplois légaux en Europe (…) aider les personnes à suivre une formation professionnelle et linguistique », et garantir la réadmission des travailleurs temporaires dans leurs pays d'origine. M. Frattini a indiqué que le Commissaire en charge du développement, Louis Michel, se rendra prochainement dans certains pays comme le Mali, le Sénégal, la Gambie et la Mauritanie. A son retour, le Groupe de commissaires chargé de l'immigration proposera un projet pilote. D'autres mesures pourraient aussi faciliter la délivrance de visas pour certaines catégories de personnes (étudiants, chercheurs) dans les pays de transit. L'immigration sera à nouveau l'un des principaux thèmes lors du Conseil Justice et des Affaires intérieures les 15 et 16 février à Bruxelles. (bc)