Le mérite d'exister. L'interruption momentanée du flux de gaz russe transitant par le Bélarus était arrivée au bon moment, lorsque la Commission européenne était en train de mettre la dernière main à son document sur la politique énergétique de l'UE. La péripétie russe a mis en relief, chez les décideurs politiques et aussi auprès de l'opinion publique, la fragilité de l'Europe et l'exigence d'agir afin que son niveau de dépendance ne dépasse pas (ou ne dépasse plus) les limites acceptables.
Mais le paquet « énergie » de la Commission doit être évalué d'un point de vue plus général. Son premier mérite est tout simplement d'exister. Le fait que l'Europe soit la première entité d'envergure mondiale à établir le projet d'un programme global pour faire face à la fois au défi énergétique et à la menace environnementale, est encourageant. Tout indique qu'il existe une prise de conscience internationale croissante de l'ampleur des risques que le réchauffement climatique comporte pour la nature et pour l'humanité, ainsi que de l'exigence impérative de réviser radicalement la manière de satisfaire les besoins d'énergie. Se situer à l'avant-garde dans cette double entreprise correspond aux traditions et aux responsabilités de l'Europe, et peut entraîner des avantages, difficiles à évaluer mais sans doute considérables, aussi bien sur le plan technologique et économique que pour la sauvegarde du milieu naturel de notre continent. Les grandes entreprises et les milieux d'affaires ont senti le vent: les banques et les grandes entreprises multiplient les investissements et les annonces dans le « business vert », comme par exemple l'initiative commune d'une quinzaine de grands groupes (y compris des producteurs d'énergie et des pétroliers) en faveur d'une société à faible teneur en carbone, présentée dans notre bulletin n° 9342.
L'importance politique de l'initiative de la Commission européenne est tout autant significative. Plusieurs observateurs estiment que le futur président des Etats-Unis sera élu à partir d'une plate-forme environnementale. Tout indique que l'opinion publique européenne attribue elle aussi une importance croissante à ces aspects, ce qui infléchira considérablement le comportement des forces politiques.
Il est à souligner en même temps que l'Europe ne se pose pas en « donneur de leçons ». Selon la Commission, l'UE devrait souscrire certains engagements sur un plan unilatéral, sans attendre les négociations internationales visant à définir le régime « après Kyoto ».
Préparation aux batailles futures. La contestation des choix de la Commission et les protestations, parfois très vives, à l'égard de l'un ou l'autre aspect, doivent être prises en considération et évaluées avec attention, mais elles ne doivent pas faire oublier les considérations qui précèdent. Je souligne deux éléments:
a) les divergences qui se sont exprimées dans des réactions parfois passionnelles, avaient déjà été débattues au sein de la Commission. Les opinions à propos de l'énergie nucléaire, ou des pourcentages à retenir pour les différents objectifs (niveau des énergies renouvelables, de la réduction des émissions de CO2, etc.), s'étaient déjà confrontées au Berlaymont, et les textes de la Commission en représentent le résultat. Même si les lecteurs sont logiquement frappés davantage par les critiques (surtout si elles sont vertement exprimées), on ne doit pas oublier que globalement le paquet de la Commission a reçu un accueil plutôt positif, aussi bien chez la plupart des groupes parlementaires du PE qu'auprès des milieux économiques ;
b) les compromis retenus par la Commission ne sont pas définitifs. Ils ouvrent le débat entre les Etats membres (au sein du Conseil et du Sommet) et au sein du Parlement européen. Chacun continuera à défendre ses convictions. C'est en mars prochain que les chefs d'Etat ou de gouvernement approuveront un plan d'action global, reprenant ou modifiant les orientations et les engagements que la Commission propose. Les propositions de mesures opérationnelles suivront, en vue d'être négociées selon les procédures communautaires, avec la pleine participation du Parlement européen. D'ici là, chacun pourra faire valoir ses arguments, et c'est sans doute cette perspective qui explique le ton agressif de certaines prises de position: on se prépare aux batailles futures. Les lecteurs de l'Agence Europe disposent d'une vue d'ensemble exhaustive aussi bien du paquet de la Commission que des très nombreuses réactions, grâce aux résumés d'Emmanuel Hagry et d'Aminata Niang parus la semaine dernière, ainsi que de l'interview du Commissaire Andris Piebalgs dans le bulletin d'hier.
J'entends revenir sur certains aspects du paquet de la Commission, dont les éléments sont liés: l'approvisionnement énergétique de l'Europe et l'évolution du climat mondial déterminent la politique étrangère de l'UE (le cas de la Russie est évident, mais il y en a d'autres), son avenir industriel, le mode de vie de sa population, ainsi que la sauvegarde de ses traditions, de son milieu naturel et de ses paysages.
(F.R.)
Session plénière du Parlement européen