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Bulletin Quotidien Europe N° 9324
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/turquie

Peu clair, le geste de la Turquie est insuffisant pour Matti Vanhanen, qui s'en remet toujours à la recommandation de la Commission

Bruxelles, 08/12/2006 (Agence Europe) - L'incertitude était toujours de mise vendredi concernant l'offre d'Ankara, dont l'UE peine à évaluer la portée. Manquant de clarté, elle ne semble pas devoir permettre un changement de cap des Européens à ce stade. Même s'il est apprécié, le geste de la Turquie est insuffisant, a ainsi confirmé vendredi lors d'un débat télévisé avec des journalistes, le Premier ministre finlandais, Matti Vanhanen, qui s'en remet aux recommandations de la Commission. En suggérant jeudi qu'elle pourrait ouvrir un port et éventuellement un aéroport aux navires et avions chypriotes, la Turquie a depuis entretenu le plus grand flou sur le contenu et les conditions de ces avancées, qui n'ont pas été officialisées (EUROPE n° 9323). La proposition de la Commission reste la base des discussions, a rappelé M. Vanhanen, qui attend d'éventuels éclaircissements d'Ankara d'ici le Conseil Affaires générales de lundi. Vendredi soir, les discussions se poursuivaient entre les ambassadeurs des Vingt-cinq, afin de préparer le terrain aux ministres des Affaires étrangères, qui doivent trancher la question en début de semaine prochaine.

« Ce qu'a dit la Turquie n'est pas suffisant et l'UE prendra une décision sur la suite des négociations d'adhésion », a déclaré vendredi Matti Vanhanen lors d'une conférence de presse. Le geste d'Ankara « montre les intentions turques, ce qu'ils veulent faire, mais ne consiste pas en une pleine mise en oeuvre du protocole d'Ankara », a confirmé le Premier ministre finlandais, qui a refusé d'évoquer une éventuelle conditionnalité des propositions d'Ankara. S'il est « vrai que l'UE n'a pas rempli ses engagements », en ne rompant pas l'isolement économique du nord de l'île, a concédé M. Vanhanen, « il est vraiment clair que la Turquie devait remplir ses engagements », ce qu'elle n'a pas fait, or c'est ce que nous évaluons maintenant, a-t-il ajouté, suggérant ainsi à qui il incombe de faire le premier pas. Il s'agit néanmoins d'un « signal très positif », a-t-il observé, en espérant que cela « créera une meilleure ambiance pour accepter la proposition de la Commission ». Cette dernière est une « bonne base » pour parvenir à une décision, qui, pense t-il toujours, interviendra au niveau des ministres des Affaires étrangères, car « nous avons déjà tous les faits sur la table ». Mais compte tenu du flou actuel, « nous informerons lundi les ministres des Affaires étrangères des informations reçues de la Turquie » et le Conseil européen en sera également informé, a déclaré Matti Vanhanen. Les Etats membres ont toujours la possibilité de modifier la décision finale, mais la Commission a déjà pris en compte certains équilibres, a insisté M. Vanhanen, pour qui la recommandation proposée (EUROPE n° 9323) « est assez proche d'un compromis au sein de l'UE », où « certains Etats membres souhaitent plus que ce que la Commission demande, d'autres souhaitent moins que huit chapitres ». La proposition de la Commission n'inclut pas de clause de révision, mais le processus de négociation est ainsi fait qu'il faut l'unanimité pour ouvrir un nouveau chapitre, rappelle aussi M. Vanhanen, qui semble douter du véritable apport d'une nouvelle évaluation des progrès sur la question. L'Allemagne et la France ont plaidé cette semaine pour un réexamen de la situation entre 2007 et 2009 (EUROPE n° 9321).

Depuis la région parisienne, où il s'exprimait le matin devant des étudiants, José Manuel Barroso a reconnu que le doute planait toujours sur la teneur précise des avancées envisagées par Ankara. N'ayant encore rien reçu par écrit, « je ne sais pas encore exactement quelle est l'offre turque, mais on va l'analyser », a indiqué le Président de la Commission, jugeant toutefois qu'elle « semble plutôt dans la bonne voie ». Le geste de la Turquie montre qu'ils « ont compris le message de l'Europe » et que « la position de la Commission était correcte », car « les Turcs n'ont pas quitté la négociation comme certains le craignaient, et ont fait maintenant un geste qui semble plutôt positif », a aussi expliqué M. Barroso. Dans la journée déjà, la porte-parole du Commissaire Olli Rehn avait déclaré que « des efforts pour clarifier le contenu exact de l'initiative turque se poursuivent aussi », précisant qu'à ce stade, la recommandation de la Commission « reste sur la table ».

Le Commissaire chargé de l'élargissement rencontrait pour sa part Mehmet Ali Talat, leader de la communauté chypriote turque, venu plaider pour un assouplissement de la position à l'égard de la Turquie. Une perspective que ne partage pas Nicosie, qui menace d'en revenir « à une ligne plus dure si certains pays, au sein de l'Union européenne, tentent d'utiliser la proposition turque pour limiter les sanctions qui doivent être imposées à la Turquie pour non-conformité », selon le ministre des Affaires étrangères chypriote, George Lillikas, qui s'exprimait vendredi à la radio. La veille, dans un communiqué, il avait déclaré que le geste turc était destiné à « impressionner » et ne constitue qu'une « autre promesse, sous conditions ». Et de s'interroger sur la capacité d'Ankara à soutenir un règlement global de la question chypriote en 2007, en pleine période électorale. L'UE doit prendre une décision « sur la base des faits avérés dont elle dispose et pas sur la base de promesses provocatrices », avait jugé M. Lillikas. (ab)

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