Bruxelles, 01/12/2006 (Agence Europe) - La décision brutale de la direction de Volkswagen (VW) de supprimer 4 000 emplois sur son site de Forest (Belgique) a été au cœur d'un débat, jeudi 30 novembre, entre les députés européens réunis en plénière et des syndicalistes de VW, sur la réponse à apporter aux dérèglements de l'Europe sociale et aux plans de restructuration industrielle.
Ouvrant le débat, Vladimir Spidla a estimé que certaines restructurations étaient « nécessaires pour assurer la compétitivité et la pérennité des entreprises et de l'emploi » mais il a néanmoins reconnu qu'il était indispensable de « s'assurer que ce processus soit bien anticipé et géré afin de minimiser leurs coûts économiques et sociaux ». S'il a promis une action à la fois « proactive et la plus flexible possible », le Commissaire aux Affaires sociales a toutefois indiqué qu'il n'était pas en mesure d'intervenir dans les décisions qui incombent aux entreprises, la Commission devant respecter « l'autonomie du dialogue » pour « laisser la place à la négociation au sein du groupe ».
Pour le Belge Ivo Belet (PPE-DE), le cas VW-Forest donne à l'Europe « une occasion unique de montrer son visage social ». « Si les gouvernements doivent prendre des mesures pour réduire les coûts des entreprises, il revient à l'UE de faire en sorte que les travailleurs concernés puissent rapidement bénéficier du nouveau Fonds d'ajustement à la mondialisation (FAM) », a-t-il souligné. Le Britannique Stephen Hughes (PSE) s'est pour sa part félicité de la promesse faite par M. Spidla « d'utiliser au mieux » le Fonds social européen (FSE) dans le cadre des Fonds structurels. M. Hughes a également plaidé pour l'intervention du FAM dans ce cas précis et appelé le groupe PPE-DE à soutenir cette intervention. Appelant à ne pas « mélanger les genres », le Français Jean-Marie Beaupuy (ADLE) a estimé que le Fonds de développement régional (FEDER) et le FSE peuvent fournir aux travailleurs des aides individualisées pour les aider à retrouver rapidement un emploi. Au nom des Verts, le Belge Pierre Jonckheer a pour sa part fustigé le discours de M. Spidla qu'il a jugé « insuffisant ». « Vous parlez d'autonomie du dialogue social, mais vous savez bien que le patronat est réticent à ce dialogue », s'est-il insurgé, soulignant la nécessité « que l'Europe mette fin à une concurrence sociale et fiscale entre les États membres qui tire tout le monde vers le bas ». « Depuis la restructuration Renault-Vilvoorde il y a dix ans, rien n'a changé », a déploré M. Jonckheer qui préconise de renforcer les instruments disponibles, en particulier la directive sur le comité d'entreprise européen, demandée par le PE à la Commission en mars 2006, et de mettre en place un cadre juridique au plan communautaire qui permette la négociation collective européenne au niveau des secteurs et des groupes. Le député vert a également appelé la Commission à « davantage contrôler les aides d'État et les fonds communautaires pour qu'ils ne soient pas utilisés à des fins de délocalisation à l'intérieur de l'UE ». Enfin, M. Jonckheer a réclamé une harmonisation des matières fiscales et l'établissement d'un taux européen minimal.
Le Français Francis Wurtz (GUE/NGL) a souligné l'urgence de « se mobiliser » pour sauver l'emploi sur le site de VW-Forest. « Si, malgré cette mobilisation, la question des indemnisations se pose, alors le groupe VW, dont les bénéfices sont en forte hausse depuis deux ans, doit être mis en demeure d'assumer pleinement ses responsabilités », a insisté M. Wurtz, s'appuyant sur « la longue liste des aides publiques, sous forme d'exonérations diverses », dont a bénéficié VW pour cette usine. Mais, l'UE doit, elle aussi, contribuer à cette indemnisation, a estimé le député français, soulignant que « le fond de l'affaire réside dans les changements structurels à apporter à la stratégie économique mise en œuvre au nom de ce que la Commission appelle Global Europe, ce qui, plus prosaïquement, signifie réduction des coûts salariaux, flexibilité des conditions de travail, primat des actionnaires, mise en concurrence des travailleurs, chantage aux délocalisations ». « On touche là au cœur de cette fameuse Europe libérale dans laquelle de plus en plus d'Européens ne se reconnaissent plus », a ajouté M. Wurtz, avant de conclure: « Seule une rupture avec ces orientations peut ouvrir la voie à une Europe sociale et regagner la confiance de nos concitoyens ». Le Français Jacky Henin (GUE/NGL) a pour sa part dénoncé le « véritable chantage à l'emploi auquel se livrent les entreprises qui après avoir tiré le maximum des travailleurs et après avoir pillé les finances locales, vont voir ailleurs si le soleil brille davantage ». « Il est temps que l'Europe s'en mêle pour défendre cette industrie », a-t-il ajouté.
« Où en est la directive sur les comités d'entreprise que la Commission continue à bloquer ? », se sont insurgés les socialistes belges Véronique De Keyser et Alain Hutchinson. Mme De Keyser a par ailleurs déploré « l'absence de régulation sociale européenne du marché du travail » et préconisé d'élaborer « une directive VW au nom de tous les travailleurs concernés ou susceptibles bientôt de l'être ». Critiquant la Commission, sa Stratégie de Lisbonne et sa stratégie sociale « qui ne sont que poudre aux yeux dans le regard rougi des salariés qui n'ont d'autre choix que d'accepter des conditions de précarité permanente », le Français Jean-Louis Cottigny (PSE) a pour sa part préconisé l'intervention du FAM pour accompagner la réinsertion professionnelle des salariés de VW. (eh)