login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9226
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/presidence finlandaise

La majorité des députés partage les priorités de la présidence, mais Matti Vanhanen est critiqué par la Gauche européenne et les Verts et attaqué par l'extrême droite, notamment sur la ratification de la Constitution européenne par la Finlande

Strasbourg, 05/07/2006 (Agence Europe) - Transparence du travail des institutions de l'UE ; amélioration de ce travail « tout de suite », sans attendre des modifications institutionnelles, mais en même temps débat sur l'avenir de l'Europe, qui portera à la fois sur le traité constitutionnel et sur l'élargissement (qui a été jusqu'ici une réussite) ; capacité de réagir aux changements qui caractérisent notre époque et notamment de répondre à la mondialisation, aux défis du changement climatique et de la compétitivité ainsi qu'aux problèmes de la sécurité intérieure et extérieure ; davantage d'efforts pour montrer aux citoyens ce que l'Europe leur apporte. Voici les grandes lignes du programme du semestre de Présidence finlandaise esquissé par le Premier ministre Matti Vanhanen le 5 juillet devant le Parlement européen (voir aussi EUROPE n° 9223 et 9224, ainsi qu'EUROPE n° 9222 sur les déclarations du ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomioja et N° 9220 sur les indications du Représentant permanent finlandais auprès de l'UE, Eikka Kosonen). Je suis convaincu que l'Union élargie a besoin d'un traité constitutionnel, a ajouté M. Vanhanen, qui a rappelé que le parlement finlandais ratifiera la Constitution pendant sa session d'automne, et que la Présidence finlandaise conduira des « consultations » avec les Etats membres afin de préparer le rapport que devra produire la Présidence allemande en 2007. Généralement bien accueilli par les députés, sauf à l'extrême gauche et chez les Verts, le Président du Conseil européen a assuré qu'il s'agira d'une présidence « tournée vers l'extérieur, et tournée vers l'avenir » et leur a dit: nous souhaitons améliorer encore plus notre coopération avec vous, pas seulement dans les matières couvertes par la codécision, mais aussi dans la poursuite des objectifs de l'UE en général (sur un point particulier, la directive « services », il a espéré une adoption en deuxième lecture). Le parlement finlandais, qui célèbre cette année son centième anniversaire, « a beaucoup de compétences dans tous les domaines des affaires européennes », a indiqué le Premier ministre, qui a souligné la complémentarité du travail du Parlement européen et des parlements nationaux, et leur ambition commune de « renforcer la démocratie dans l'UE ». Rejetant tout « discours pessimiste », M. Vanhanen a conclu: agissons, « n'attendons pas des temps meilleurs, ce temps, c'est maintenant, et c'est ici ». Dans son intervention, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso s'est félicité en particulier de l'accent mis par le président du Conseil européen sur l'élargissement de l'UE, en répétant qu'il est « « une condition préalable pour une Europe puissante ». Au sujet de la Turquie, M. Barroso a insisté sur la nécessité d'être « ouverts, honnêtes et équitables », ce qui signifie que les deux parties doivent tenir leurs engagements: dans le cas de la Turquie, c'est en particulier le respect du Protocole d'Ankara, a-t-il rappelé. M. Barroso a aussi « fortement soutenu » la priorité donnée par la Présidence finlandaise aux relations avec la Russie, notamment en matière d'énergie, mais pas seulement, et a rappelé que la Commission vient de proposer un nouvel accord de « partenariat stratégique » avec Moscou (voir EUROPE n° 9224).

Largement appuyé par les députés, Matti Vanhanen a quand même dû essuyer quelques critiques du côté des Verts/ALE et de la GUE/NGL, et même de vives attaques de la part de l'extrême droite: Constitution, adhésion de la Turquie et relations avec la Russie ont été les thèmes le plus souvent évoqués aussi bien par ses partisans que par ses détracteurs. Par ailleurs, plusieurs députés ont profité du débat pour demander qu'à l'avenir le Parlement européen ne siège plus à Strasbourg. Saluant la coopération entre les présidences successives, Hans-Gert Pöttering¸chef du groupe PPE-DE, s'est exclamé: l'Europe est « comme une chaîne, et chaque maillon doit être fort ». Les idées de la Présidence finlandaise sur les relations avec la Russie sont bonnes, mais « arrêtons la politique des accolades et des tapes dans le dos », et parlons avec Moscou de droits de l'homme, s'est-il exclamé, applaudi par ses collègues. L'élu de la CDU a par ailleurs proposé la création d'un groupe de travail pour préparer les événements prévus le 25 mars 2007 pour célébrer le 50ème anniversaire du Traité de Rome : il y aura un Sommet à Berlin, mais on devrait organiser aussi quelque chose à Rome, et je crois que l'église catholique y pense, a-t-il ajouté, en suscitant des commentaires ironiques de Daniel Cohn-Bendit (au groupe PPE-DE, la Française Françoise Grossetête a été nettement plus critique, en reprochant au Président du Conseil européen un discours qui « manquait d'âme », un simple « catalogue, un fourre-tout »). Le président du groupe socialiste, Martin Schulz, qui a commencé son intervention en italien pour rendre hommage à la « squadra azzurra » (qui avait battu l'Allemagne la veille, à Dortmund, dans le cadre de la Coupe mondiale de football), s'est félicité de la priorité donnée par la présidence à l'espace de liberté, sécurité et justice, mais a plaidé: ce sont là des choses qui tiennent très à cœur aux citoyens, utilisons donc la « passerelle » qui permet de démocratiser cette politique, la possibilité existe déjà dans le traité de Nice, et ce ne serait pas du « cherry-picking » dans le traité constitutionnel. Le social-démocrate allemand a aussi mis en garde contre la présence, dans des gouvernements de l'UE, de partis populistes ou carrément racistes: hier, un député dont le fils est le vice-premier ministre polonais (Maciej Giertych: voir EUROPE
N° 9225, aussi au sujet de la lettre de MM. Schulz et Rasmussen au nouveau premier ministre slovaque) a défendu en plénière la politique franquiste !, s'est-il indigné (Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti des Socialistes Européens, a dit pour sa part tout l'espoir qu'il plaçait dans le Sommet social prévu en octobre). Avec la Présidence finlandaise, les « valeurs libérales » seront défendues en Europe, s'est réjoui Graham Watson, président du groupe ALDE, qui a rappelé que la Finlande est dans la « top league » dans les domaines de l'éducation, de l'innovation et de la recherche. Le libéral démocrate britannique (qui a terminé son discours en finlandais) a salué en particulier les avancées attendues sur la transparence, un moyen de faire progresser la démocratie en Europe, et a estimé lui aussi que « le moment est venu » d'introduire plus de démocratie dans l'espace de liberté, sécurité et justice. Au lieu de nous faire un « état des lieux que nous pouvons lire dans tous les journaux, vous devez prendre à bras le corps la réalité européenne », et cette réalité, c'est aussi la présence de partis d'extrême droite dans des gouvernements européens, a lancé, en citant la Slovaquie et la Pologne, Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe Verts/ALE. En ce qui concerne la Russie, l'Europe donne, selon lui, « l'impression de courir à la botte de Poutine par peur de perdre son énergie ; or, quand on a peur de perdre son énergie, on n'a pas d'énergie du tout ». Quant à l'immigration, le vert allemand a reproché à M. Vanhanen de parler seulement d'immigration illégale ; en l'exhortant: « parlons d'abord d'organiser l'immigration légale, si nous ne sommes pas capables de le faire, nous ne pourrons pas nous attaquer à l'immigration illégale ! ». Encore plus critique, le Finlandais Esko Seppänen, s'exprimant pour la GUE/NGL, a dit au Premier ministre qu'il n'avait pas le soutien de son peuple, qui ne « veut pas une militarisation de l'Europe », et ne veut pas d'une Constitution européenne non plus (il a cité un récent sondage selon lequel seulement 22% des Finlandais sont pour). Brian Crowley, président du groupe UEN, a rendu hommage à la capacité de la Finlande de bâtir de bonnes relations avec les pays qui sont à la frontière orientale de l'UE, ce qui est pour lui « un élément clé ». Ce que vous envisagez pour la Russie, ce n'est pas simplement une coopération énergétique, il en va de la « stabilité géopolitique », a estimé le député irlandais. Qui représentez-vous réellement ? a demandé à M. Vanhanen Nigel Farage, coprésident du groupe Indépendance et démocratie, en notant que, selon le dernier Eurobaromètre, seulement 38% des Finlandais pensent que l'Europe est une bonne chose pour eux. Vous représentez la classe des « politiciens professionnels », qui veulent tous plus d'Europe, a lancé l'élu du UK Independence Party, pour qui le gouvernement finlandais, s'il était vraiment « démocratique », organiserait un référendum sur la Constitution (la Finlande l'avait proposé elle-même pendant la Convention qui a rédigé la Constitution, a noté Baastian Belder, membre néerlandais du même groupe. A l'extrême droite, Frank Vanhecke (Vlaams Belang, belge) a accusé la Finlande de ratifier une « Constitution moribonde » et d'« imposer l'adhésion de la Turquie, que les Européens ne veulent pas ». « Cessez donc de nous parler de démocratie et de respect des citoyens », a-t-il conclu.

« La Constitution, c'est la chose la plus importante, et sa ratification est le plus beau cadeau que vous puissiez nous faire en ce centième anniversaire de votre parlement », a dit à M. Vanhanen la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, qui a aussi salué l'ambition de la présidence d'adopter en deuxième lecture la directive « services », sur laquelle elle est le rapporteur du Parlement (il sera essentiel de rester le plus proche possible du compromis atteint au Parlement, a-t-elle averti). Même souhait de la part de Guido Sacconi (Democratici di sinistra, italien), rapporteur sur la législation sur les produits chimiques REACH, qui s'est lui aussi adressé à M. Vanhanen: vous aimeriez l'adopter en deuxième lecture sous votre présidence, et je suis sûr que c'est possible, mais alors « nous devons avancer, peu, mais il faut marcher: il y a ceux qui vous conseilleront de ne pas bouger (…), moi, je suis prêt à marcher. Pendant le débat, plusieurs députés (et le Président Barroso) ont fait allusion à la Coupe mondiale de football, comme Alexander Stubb (PPE-DE, finlandais), qui a plaisanté: parfois, on est compétitif dans le football mais pas dans l'économie, ou bien on l'est dans l'économie mais pas dans le foot, alors qu'on peut l'être dans le deux, donc, faisons en sorte que notre équipe soit au Mondial 2008.

« L'Europe des résultats n'est pas l'alternative à l'Europe des valeurs, elle est au contraire le chemin pour gagner l'adhésion à l'Europe des valeurs », a conclu José Manuel Barroso. Dans une Europe élargie, « et nous sommes déjà dans une Europe élargie, nous avons besoin d'une réforme institutionnelle », ceci est la position de la Commission, a reconnu M. Barroso en répondant à Martin Schulz qui lui reprochait d'avoir dit que l'on peut fonctionner avec le Traité de Nice (en même temps, il a tenu à rappeler que, sur la base du traité existant, on peut obtenir de meilleurs résultats, par exemple, en matière de justice et affaires intérieures). Quant au futur partenariat stratégique envisagé avec la Russie, M. Barroso a voulu rassurer: un tel partenariat sera possible seulement dans le respect de certaines valeurs, a-t-il affirmé.

Sommaire

JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES