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Bulletin Quotidien Europe N° 9219
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le concept d'un ensemble européen cohérent et structuré progresse

Si je devais indiquer l'évolution européenne la plus positive que je perçois en ce moment, je choisirais les progrès du concept de cohésion de l'Union européenne, de la nécessité qu'elle représente un ensemble cohérent et structuré ayant une personnalité propre. Banalités ? Pas vraiment, lorsqu'on entend le prochain Premier ministre britannique Gordon Brown déclarer qu'entre l'Etat national et le monde il n'existe rien, les regroupements intermédiaires n'étant pour lui que de la fumée. Je laisse de côté les déclarations solennelles réclamant l'unité de l'Europe unie ; je me réfère aux manifestations concrètes prouvant l'existence du concept d'entité européenne et l'ambition de le concrétiser. Voici deux exemples.

Vers un marché boursier européen ? Le premier exemple concerne le rapprochement entre les bourses européennes. L'initiative d'une fusion entre Euronext (qui réunit les bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne) et le Nyse (New York Stock Exchange) avait été présentée comme une agrégation normale d'entreprises privées dans un système financier mondial ouvert. C'est peut-être l'opinion du monde financier, mais le monde politique a estimé avoir son mot à dire. Le patron d'Euronext avait déclaré au départ que «marier Euronext avec la bourse de New York est un choix plus européen que l'union avec celle de Francfort» ; mais une bonne partie du monde politique européen a prouvé qu'il n'était pas du même avis. Personne n'a contesté formellement que les patrons des bourses sont libres d'agir comme ils l'entendent, mais des «préférences» ont été clairement indiquées. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, interrogé lors de sa dernière conférence de presse, a indiqué que le Conseil des gouverneurs de la BCE n'a aucun pouvoir en ce domaine et donc pas de position, mais en ajoutant qu'à son avis «l'option européenne serait préférable à une option extérieure». A l'issue du dernier Sommet franco-allemand, la chancelière Angela Merkel (tout en précisant n'avoir aucune influence en ce domaine) et le président Jacques Chirac se sont exprimés dans le même sens. Le ministre italien de l'Economie Tommaso Padoa Schioppa a été plus explicite: pour lui, le résultat idéal serait un réseau réunissant Euronext, la Deutsche Börse de Francfort et la Borsa Italiana de Milan sous un «toit commun». Ce ne serait pas une fusion, mais un système en réseau qui doterait la zone euro d'une structure unique des marchés de titres, même si chaque marché resterait indépendant. En se référant à la zone euro, le ministre laissait automatiquement de côté le London Stock Exchange (amplement contrôlé par la bourse américaine des titres technologiques, Nasdaq).

N'étant pas un expert, je n'évoquerais pas les intérêts colossaux et les luttes de pouvoir implicites dans ces grandes manœuvres. On dit qu'Euronext aurait préféré le Nyse parce que ce dernier lui avait promis davantage d'autonomie (et de responsabilités sociétaires) que la Deutsche Börse. On connaît la crainte de Paris d'être phagocyté par Francfort. Les modalités de l'alliance européenne devraient sans doute être aménagées avec soin. Mais la réaction politique a été claire: si des raisons impératives d'efficacité imposent les regroupements, il faut aller dans la direction d'un marché financier européen. Sinon, à quoi bon avoir créé l'euro ? Le risque dans le cas contraire serait de confier aux Américains (avec une tête de pont à Londres) une voie prépondérante dans l'évolution et la régulation du marché financier continental.

Conditions d'accès au marché sans frontières. Le deuxième exemple est illustré par les propos récents de la commissaire Benita Ferrero-Waldner sur les conditions auxquelles le grand marché européen sans frontières pourra s'étendre aux pays de la «politique de voisinage» (voir notre bulletin n.9206): « Le marché intérieur est le fondement de l'UE et nous défendons farouchement son intégrité». Il doit « inclure des normes techniques communes, les droits de propriété intellectuelle, les règles de concurrence, la protection des consommateurs (…) Chaque année, nous ajoutons quelque chose au corps législatif qui le gouverne.» La commissaire aux Relations extérieures a cité quelques cas: « J'apprends que l'Ukraine est en train d'adopter les normes UE pour ses produits pétroliers afin de pouvoir les exporter sur les marchés de l'UE, que la Tunisie a adopté les normes d'hygiène de l'UE pour les produits alimentaires en vue d'exporter des coquillages et des huîtres dans l'UE ». C'est donc le contraire du libre-échange sans règles ni disciplines que certains préconisent et qui négligerait la protection des consommateurs, la santé animale, le respect de la propriété industrielle. Les produits qui polluent l'environnement, résultent du travail forcé ou de l'exploitation des enfants, qui mettent en danger la santé des consommateurs, et ainsi de suite, n'auront pas accès au marché européen.

(F.R.)

 

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