Bruxelles, 30/05/2006 (Agence Europe) - La Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellation d'origine contrôlée (CNAOC, France) et la Confederazione nazionale dei consorzi volontari per la tutela delle denominazione di origine (FEDERDOC, Italie) se sont déclarées, lors d'une table ronde organisée le 23 mai en Alsace sur l'avenir du secteur, « particulièrement inquiètes » des premières orientations que la Commission européenne propose sur la réforme de l'organisation commune du marché (OCM) du vin (voir EUROPE n° 9195 sur les options de réforme proposées). Avant d'adopter sa communication le 21 juin prochain, « la Commission se doit d'analyser scrupuleusement les conséquences de ces propositions sur le vignoble européen, rendu très fragile par la situation économique actuelle », estiment les organisations de producteurs.
Selon Christian Paly, président de la CNAOC, « on ne relancera pas le dynamisme du marché européen du vin en annonçant comme mesure principale un plan d'arrachage de 400.000 hectares de vignes. Le vignoble européen ne peut pas devenir la variable d'ajustement du marché mondial. C'est d'une vision dynamique dont nous avons besoin, et non du repli sur soi. La réforme doit être ambitieuse: rendre notre offre compétitive et séduire les consommateurs, notamment ceux des marchés en développement”. La CNAOC estime que le programme que veut mettre en place la Commission risque de « déshabiller » cette OCM en consacrant l'essentiel des moyens à l'arrachage et en transférant une grande partie des crédits vers les programmes de développement rural. Ce transfert « remettrait en cause la politique de filière au profit d'un pot commun agricole et traiterait de façon inégale les filières nationales en imposant un cofinancement de chaque Etat », ajoute la CNAOC.
La profession s'inquiète aussi de la volonté de la Commission de déréglementer le secteur. La proposition visant à libéraliser totalement le secteur des vins de table, notamment en matière d'étiquetage, à autoriser le coupage des vins de pays tiers avec les vins communautaires et à autoriser la vinification des moûts importés sur le territoire européen « constitue une profonde remise en cause de la politique de qualité et d'authenticité des vins européens ». Dans ce contexte, le président de la FEDERDOC, Riccardo Ricci Curbastro, dénonce une approche «qui risque non seulement de jeter encore un peu plus de confusion parmi les consommateurs, qui ne feront plus la différence entre les vins, mais qui risque aussi de fragiliser les efforts qualitatifs des producteurs de vins à indication géographique ».
Dans une lettre adressée à la Commissaire Mariann Fischer Boel, Commissaire à l'Agriculture, le Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE (Copa) et la Confédération générale des coopératives agricoles de l'UE (Cogeca) expriment aussi leurs préoccupations au sujet de la communication qui doit être adoptée prochainement. Selon les informations parues dans la presse, Mme Fischer Boel souhaiterait « faire table rase du passé, ce qui pourrait signifier l'élimination des aspects spécifiques de la culture millénaire du vin en Europe », écrivent les organisations agricoles, qui prient la Commissaire de « clarifier la situation afin d'éviter tout malentendu que la publication de ces articles dans la presse pourrait créer au sein du secteur viticole européen ».
Le Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA) demande, pour sa part, une profonde modification du régime d'aides au secteur. Il juge nécessaire de réévaluer l'instrument de la distillation et de réorienter les fonds économisés vers des mesures pour augmenter la compétitivité, introduire la vendange en vert, augmenter l'utilisation de moût dans la production de vin et renforcer la réputation du vin européen sur les marchés. En outre, le CEJA estime qu'il faut conserver le système de l'arrachage définitif, mais le réduire considérablement et promouvoir l'arrachage temporaire. Les jeunes agriculteurs insistent également pour que l'UE revoie en profondeur la stratégie de marketing pour les vins européens afin de renforcer sérieusement la réputation des vins de l'UE sur le marché tant intérieur qu'international.