*** MARIO TELÓ: Europe: A Civilian Power ? European Union, Global Governance, World Order. Palgrave MacMillan (Houndsmills, Basingstoke, Hampshire RG21 6XS, UK. Tél.: (44-1256) 329242 - fax: 1256842084 - Courriel: mdl@macmillan.co.uk - Internet: http://www.palgrave.com ). 2006, 291 p.. ISBN 1-4039-4921-2
Le monde a bien changé depuis 1945 et, avec lui, la place de l'Europe en son sein. Des événements "marqueurs d'époque" comme la fin de la guerre froide ou le 11 septembre, combinés à l'évolution interne de l'Union européenne, font que celle-ci émerge de plus en plus comme une "puissance civile", le héraut d'un "multilatéralisme civil régional qui est non seulement plus efficace que l'unilatéralisme comme stabilisateur de la démocratie, mais qui fonctionne également mieux que les alliances militaires (Otan) ou les institutions globales (OMC)". Et Mario Telò sait de quoi il parle. Ce politologue est notamment président de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles et a conseillé le Conseil, le Parlement et la Commission européenne. Autant dire que cet observateur averti connaît particulièrement bien les rouages de cette grande et complexe mécanique. Il propose, cette fois, un livre se centrant sur les implications extérieures de l'évolution de l'Union. Bien documenté et jonglant avec les différentes théories politiques en cours, il les juge d'un œil critique, en expose les manquements ou les points dignes d'intérêt qui permettent de dégager les tendances à long terme de l'évolution du système international et du rôle innovant qu'y prend l'Union.
Toutefois, comprendre le nouvel ordre mondial en gestation passe aussi par une bonne compréhension de "l'archétype de la république fédérale" de la superpuissance qui marque "l'esprit du temps", les Etats-Unis et leur vision d'un nouvel ordre mondial. "Superpuissance" et non "empire" ou "puissance hégémonique" car, comme le montre le Pr. Telò, la métaphore d'empire, souvent utilisée pour décrire les Etats-Unis "est datée et caricaturée, quelle soit utilisée pour démoniser ou comme apologie, car elle ignore les différents signes de fragilité interne et les contradictions politiques qui grandissent avec une clarté sans précédent". De même, l'hégémonie - qui "implique la domination plus le consensus, la guidance morale et intellectuelle plus la coercition" - n'est sans doute plus une réalité pour les Etats-Unis de ce début de XXIème siècle, même s'ils ont auparavant, en procédant par un mélange d'unilatéralisme, de bilatéralisme et de multilatéralisme, "poussé l'Europe [aux ruines] encore fumantes suite à sa guerre civile de trente ans (1914-45) sur le chemin de la coopération intergouvernementale au travers du plan Marshall et de l'Organisation pour la coopération économique européenne". L'auteur montre comment l'écart grandissant, tant en termes d'idéologie que de façon de procéder, entre cette superpuissance américaine et le pouvoir civil bourgeonnant de l'Europe a des implications sur l'ordre mondial. Cette "realpolitik", ces jeux de pouvoir, passés et actuels, entre l'Europe, les Etats-Unis ou encore l'Onu, par exemple, sont souvent assez captivants à lire. Mais le Pr. Telò ausculte aussi les entrailles de l'Union, en passant par ses institutions, la stratégie de Lisbonne ou l'élargissement à la Turquie, entre autres.
L'auteur pose un regard englobant sur une problématique à plusieurs niveaux et aux nombreux tenants et aboutissants sans toutefois s'y égarer. Il offre ainsi au lecteur un ouvrage synthétisant la pensée politique actuelle sur le devenir de l'Europe et de sa place dans le monde.
Frederik Ronse
*** PHILIPPE MOREAU DEFARGES: Droits d'ingérence. Presses de Sciences Po (117 bd Saint-Germain, F-75005 Paris. Tél. (33-1) 45498332 - Courriel: presses@sciences-po - Internet: http://www.sciences-po.fr/edition/ ). Collection "Nouveaux débats", n° 4. 2006, 112 p., 10 €. ISBN 2-7246-0980-8.
Le "droit d'ingérence" est un concept qui a connu, depuis les années 80, une montée en puissance phénoménale. Au point d'en faire aussi, pour les esprits non avertis, un concept un peu bateau, voire même "tarte à la crème". D'où l'évident intérêt de ce nouvel ouvrage de Philippe Moreau Defarges qui s'y entend une fois encore comme pas deux pour éclairer le sujet de manière claire, compréhensible et précise, sans céder à la dérive de l'approche réductrice, ce dont témoigne déjà le titre qui préfère le pluriel au singulier. Dans un premier chapitre, celui qui est le co-directeur du Rapport Ramses à l'Institut français des relations internationales relate les évolutions complexes du droit d'ingérence depuis sa proclamation, chaque étape mettant en lumière les dynamiques, les ambiguïtés et les contradictions de ce droit. L'auteur s'emploie ensuite à dresser un bilan de quinze années d'ingérences et s'interroge sur les réussites, les échecs et, ainsi que sur la façon dont l'ingérence a contribué au remodelage de la souveraineté étatique. Comme il l'explique dans le troisième chapitre, les formes que peut prendre l'ingérence, "relation par nature illégale entre la personne qui en est l'initiatrice et celle qui la subit", sont nombreuses. Une ingérence démocratique, c'est-à-dire qui soit conforme à l'exigence d'égalité de la démocratie, peut-elle alors se développer ? Telle est l'interrogation qui fournit le fil conducteur, tout en prudentes nuances et réserves, de la conclusion de ce petit ouvrage éclairant.
(MT)
*** PETER BACHMAIER, BEATA BLEHOVA (sous la dir. de): Der kulturelle Umbruch in Ostmitteleuropa. Der Transformationsprozess und die Bildungs- und Kulturpolitik Tschechiens, der Slowakei, Polens und Ungarns im Kontext der internationalen Beziehungen. Peter Lang (Frankfurt Main. Internet: http://www.peterlang.de ). 2005, 342 p.. ISBN 3-631-53011-0.
Comment est-il possible de reconstruire en même temps son identité culturelle et son intégrité politico-économique après la déformation des institutions autochtones par l'empire soviétique et la disparition soudaine de cette influence dominante, ainsi que dans le contexte des exigences de la participation à l'Europe élargie ? Telle est la question que se posent les auteurs de ce volume qui recueille les contributions de la seconde conférence sur "La politique de l'éducation et de la culture en Europe de l'Est, dans le contexte des relations internationales", intitulée « La désintégration culturelle en Europe de l'Est: le processus de transformation et la politique de l'éducation et de la culture des nouveaux Etats membres dans le contexte des relations internationales, 1989-2004 ». A travers quatre chapitres consacrés à l'évolution de la politique de l'éducation en Europe de l'Est en général, des politologues situent la problématique dans l'histoire récente et mouvementée de la région. Par la suite, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne font chacun l'objet de trois chapitres, la Hongrie en ayant droit à quatre. Il n'est laissé aucun doute au lecteur: le système soviétique ne serait en aucun cas venu à bout des « valeurs chrétiennes et humanistes de l'Europe centrale » qui ont toujours été à la base de l'éducation dans les pays en question. Pour les auteurs, c'est celle-ci qui donnera, dans le contexte des valeurs clés de l'Union et de l'évolution d'institutions de plus en plus mondialisées, une fondation solide pour la mise en œuvre des réformes de la politique de l'éducation et de la culture en Europe de l'Est. (CDi)
*** L'Europe et les Balkans occidentaux. Fondation Robert Schuman (29 bd Raspail, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53638300 - fax: 53638301 - Internet: http://www.robert-schuman.org ). 2005, 121 p..
Cet ouvrage reprend les actes d'une conférence organisée par la Fondation Robert Schuman et l'association pour la Concorde et la Fraternité dans les Balkans en mars de l'année dernière sous la présidence de l'ambassadeur Henri Froment-Meurice. A cette occasion, l'ancien ministre français des Affaires étrangères Hervé de Charrette avait notamment recherché les causes des conflits dans cette région d'Europe. La manière dont l'Union est perçue par les Balkans occidentaux et vice et versa sont aussi des angles d'attaque des travaux, clôturés par Michel Barnier qui était encore, à l'époque, "patron" de la diplomatie française. Les origines diverses des participants aux panels (France, bien sûr, mais aussi Serbie, Bosnie et Herzégovine, Croatie, Albanie, Macédoine, Monténégro, Kosovo) contribuent à apporter un riche éclairage sur les circonstances des conflits, la situation quant à la stabilisation et la prévention de ceux-ci, le désir d'Europe des Balkans et l'action de l'Union dans la région. Une approche multidisciplinaire qui permet au lecteur de trouver réponse à de nombreuses questions suscitées par l'histoire de cette région tourmentée. (JPe)
*** Südosteuropa Mitteilungen . Geschäftsstelle der Südosteuropa-Gesellschaft (49 Widenmayerstrasse, D-80538 Munich. Tél.: (49-89) 21254-0 - fax: 2289469 - Courriel: suedosteuropa-gesellschaft@t-online.de - Internet: http://www.suedosteuropa-gesellschaft.com ). 2006, n° 1, 120 p., 10 €. Abonnement: 50 €.
Cette revue porte sur les pays du sud-est de l'Europe, une région riche en défis stratégiques. Ainsi, ce numéro se penche notamment sur le bien-fondé d'un éventuel report d'un an pour l'adhésion de la Roumanie et sur le statut du Kosovo, sujet sur lequel la stratégie de l'Union s'emmêlerait les pinceaux. (FRo)
*** MARTIN TRYBUS: European Union Law and Defence Integration. Hart Publishing (Salters Boatyard, Folly Bridge, Abingdon Road, Oxford, OX1 4LB, UK. Tél.: (44-1865) 245533 - fax: 794882 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http//: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Modern Studies in European Law". 2005, 419 p.. ISBN 1-84113-440-6
Enseignant le droit à l'Université de Nottingham, Martin Trybus montre, dans cet ouvrage, que même si l'Union aurait beaucoup à gagner d'une intégration plus poussée dans le domaine de la défense (non seulement en matière de capacité militaire mais aussi financièrement et industriellement, l'exemption de l'important secteur industriel de la défense des règles du marché intérieur mettant celui-ci à mal…), les Etats membres rechignent toujours à céder des pans de ce qui est encore ressenti comme un pilier majeur de la souveraineté nationale. L'auteur consacre la première partie du livre à étudier comment l'intégration de la défense européenne a évolué, en connaissant des hauts et des bas, depuis la Seconde Guerre mondiale. Il s'attache ensuite à étudier les textes communautaires en tant qu'instruments de l'intégration de la défense. Textes insuffisants, mais parfois très détaillés dans le cadre du premier pilier, régissant notamment les nombreuses exemptions du secteur de la défense aux règles du marché commun. Enfin, la troisième partie du livre traite de ce que le Traité constitutionnel peut apporter à l'intégration européenne de la défense. Martin Trybus constate que même dans l'éventualité où ce Traité constitutionnel venait à ne pas entrer en application, les débats et les idées lancés à l'occasion de son élaboration auront permis des avancées dans le domaine. (FRo)
*** JULIAN LINDLEY-FRENCH, FRANCO ALGIERI (sous la dir. de): Why the world needs a Strong Europe…and Europe needs to be Strong. Ten Messages to the European Council. Bertelsmann Stiftung (256 Carl-Bertelsmann-Str., Postfach 103, D-33311 Gütersloh, Allemagne. Tél.: (49-52) 4181-0 - fax: 4181-81999 - Courriel: info@bertelsmann-stiftung.de - Internet: http://www.bertelsmann-stiftung.de ). Collection "European Foreign and Security Policy", n° 3. 2005, 22 p..
Depuis 1999, la Fondation Bertelsmann réunit plusieurs experts en matière de sécurité et défense qui proviennent de toute l'Europe au sein du "Groupe Venusberg". Ces chercheurs s'attellent à appréhender l'avenir de la politique étrangère, de sécurité et de défense de l'Union. Cette étude a débouché sur dix messages adressés au Conseil européen de décembre dernier en vue de fortifier le rôle sécuritaire de l'Europe au plan international. Ces experts soutiennent que, après quinze ans de repli sur soi, l'Europe doit assumer ses responsabilités à un niveau stratégique et que l'Union est le seul instrument pour y arriver. Ils demandent que les dispositions relatives à la sécurité du Traité constitutionnel soient mises en œuvre même si celui-ci n'est pas ratifié, la nomination d'un ministre européen des Affaires étrangères ne devant pas davantage être reportée. L'Europe devrait, par ailleurs, actualiser sa stratégie de sécurité, susciter l'intérêt de ses citoyens par le dialogue et développer une coopération stratégique structurée entre le civil et le militaire. Les auteurs rappellent aussi qu'il n'y aura pas de nouveaux fonds pour la défense européenne et que, par conséquent, celle-ci ne saurait devenir réalité sans une meilleure organisation et efficacité ni, plus encore, sans les efforts combinés de tous les pays membres. Le dernier message de ces experts demande à l'Union d'assumer des partenariats stratégiques avec les nouvelles puissances asiatiques et de renforcer les relations transatlantiques.
(NDu)
*** THEODOR H. WINKLER, ANJA H. EBNÖTHER, ERNST M. FELBERBAUER (sous la dir. de): 6th International Security Forum. Proceedings of the Conference. Editions Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746, CH-3000 Berne 9. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com , http://www.peterlang.net ). Collection "Studien zu Zeitgeschichte und Sicherheitspolitik - Studies in Contemporary History and Security Policy", n° 14. 2005, 248p. ISBN 3-03910-485-3.
Le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées de Genève a tenu son sixième Forum international de sécurité en octobre 2004. Soutenue par le gouvernement fédéral suisse, cette manifestation est destinée à promouvoir la discussion entre professionnels de la sécurité, diplomates, forces armées et organisations non gouvernementales du monde entier. Les débats - dont cet ouvrage rend compte - ont porté sur les derniers développements politiques touchant à la sécurité, notamment l'élargissement de l'Union et l'Otan, sur l'avenir de la coopération internationale et transatlantique et sur le combat contre le terrorisme, ainsi que sur le rôle des nouvelles technologies de l'information dans la coopération internationale pour la sécurité. La première partie du livre présente les discours prononcés pendant les deux sessions plénières et qui ont abordé des sujets comme la guerre en Irak, un nouvel agenda sécuritaire pour l'Europe et les Balkans ou encore le problème des armes de destruction massive. La deuxième partie est dédiée au déroulement de six séances de travail, chacune animée par un panel, sur les sujets discutés plus haut. D'autres thèmes comme le commerce de la guerre, l'avenir de la politique de défense de l'Union ou encore le combat à mener contre la violence à l'encontre des femmes et des enfants sont également abordés. (NDu)