Bruxelles, 03/04/2006 (Agence Europe) - Désireux d'atteindre le ratio d'aide publique au développement (APD) qu'ils se sont fixé dans le cadre des objectifs du millénaire (0,7% du Revenu national brut d'ici 2015), certains Etats membres de l'UE gonfleraient les chiffres de leur aide en comptabilisant plusieurs ressources déjà existantes, affirment des organisations non gouvernementales (ONG). Selon elle, sur les sommes officiellement allouées à l'APD, près de 12,5 milliards d'euros ne seraient pas des ressources nouvelles et correspondraient en fait à des opérations d'annulation de la dette, à l'accueil des réfugiés en Europe et à la formation d'étudiants étrangers dans les universités européennes. La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont particulièrement pointés du doigt par la coalition d'ONG européennes pour avoir comptabilisés ce type de dépenses (à hauteur de respectivement 3,5, 2,96 et 2,26 milliards d'euros). « Nous invitons ces gouvernements à mettre de l'ordre dans leurs rapports sur l'aide au développement et à respecter leurs objectifs en injectant de l'argent véritablement nouveau », exhorte dans un communiqué Hetty Kovach du Réseau européen sur la dette et le développement (Eurodad) au nom de la coalition des ONG. « Les pays en développement ont besoin de plus d'argent venant de l'aide au développement pour sauver des vies, et pas que les donateurs sauvent les apparences », met-elle en garde.
« L'annulation de la dette, c'est de l'aide au développement très appréciée par les pays bénéficiaires», a rectifié lundi devant la presse un porte-parole de la Commission, ajoutant que c'est faux de « prétendre qu'il s'agit d'un stratagème pour éviter de donner ». L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) publie le 4 avril « les seuls chiffres officiels sur l'APD », a-t-il renchéri. Bien que les règles de l'OCDE le permettent, la comptabilisation de l'annulation de la dette comme élément de l'APD est en contradiction avec la convention des Nations unies de Monterrey, qui demandait en 2002 que l'annulation de la dette soit un financement additionnel de l'aide, rétorquent les ONG.