Bruxelles, 03/04/2006 (Agence Europe) - Le Contrat de Première Embauche (CPE) pour les jeunes proposé par le Premier ministre Dominique de Villepin et qui a suscité une vague soutenue de protestations et une forte mobilisation en France, et très critiqué en Europe par la gauche et le monde syndical, entre autres parce qu'il n'a fait l'objet d'aucune concertation ou négociation avec les partenaires sociaux.
A l'occasion de la réunion de la Présidence du Parti des Socialistes européens (PSE, qui réunit les dirigeants des partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes d'Europe) jeudi dernier à Bruxelles, son Président Poul Nyrup Rasmussen a qualifié le CPE de « contrat précaire qui n'a rien à voir avec la flexicurité du modèle scandinave, même si de Villepin a répété à plusieurs reprises qu'il s'était fondé sur le modèle danois ». Le député européen et ancien Premier ministre danois donne son soutien au Parti socialiste français et à son Secrétaire général François Hollande « dans leurs efforts pour arriver à une proposition plus équilibrée pour les jeunes chômeurs ». « Au Danemark, tous les jeunes chômeurs se voient proposer une formation s'ils n'arrivent pas à trouver un emploi dans les six mois. La flexicurité consiste à garantir les droits des citoyens tout en attendant d'eux, en retour, qu'ils assument une certaine responsabilité », a expliqué Poul Nyrup Rasmussen, qui tient à préciser: « Le modèle danois ne propose pas de saper les droits des travailleurs mais il constitue un accord équitable, qui est le résultat d'un processus de consultation avec les syndicats et les employeurs ».
L'absence de concertation et de négociation avec les partenaires sociaux en France « sur un dossier aussi sensible que l'entrée des jeunes dans le monde du travail » a également été critiquée par la Confédération européenne des Cadres (CEC). « La loi dans sa forme actuelle présente des aspects discriminatoires pour les jeunes », estime la CEC pour qui les conditions d'un dénouement rapide de la crise en France sont l'écoute et le respect des partenaires sociaux.
La Fédération internationale des Journalistes (FIJ) appelle pour sa part les syndicats nationaux de journalistes à faire campagne contre le CPE. Pour la Fédération européenne des Journalistes (FEJ, groupe régional de la FIJ), l'argument du gouvernement français selon lequel le CPE permettrait de réduire le chômage n'est pas du tout convaincant. « Cette loi sera un nouveau pas vers le démantèlement du modèle social » français, estime dans un communiqué le Président de la FEJ, Arne König, en estimant que si le gouvernement de Villepin réussit dans son projet, cela entraînera de nouvelles pressions pour affaiblir les systèmes de protection sociale sur tout le continent.