Bruxelles, 22/03/2006 (Agence Europe) - La Présidence autrichienne du Conseil de l'UE maintient l'idée d'introduire dans les conclusions du Sommet de printemps des 23 et 24 mars des « objectifs et des calendriers ambitieux » pour la mise en œuvre des « actions prioritaires » que les chefs d'Etat et de gouvernement retiendront pour la mise en œuvre de la Stratégie de Lisbonne révisée. « Le Conseil européen de printemps de cette année sera une opportunité particulière pour l'Union européenne et les Etats membres de donner une contribution concrète à la mise en œuvre du Partenariat pour l'emploi et la croissance. Au Conseil européen, nous discuterons d'une série d'actions prioritaires et nous aurons l'occasion d'indiquer des objectifs et des calendriers ambitieux pour la mise en œuvre de la stratégie », écrit le Chancelier autrichien et Président du Conseil européen Wolfgang Schüssel dans sa lettre d'invitation à ses collègues datée du 21 mars.
Si les domaines d'action prioritaires mentionnés dans le projet de conclusions ne sont contestés par personne - il s'agit essentiellement d'investir davantage dans la connaissance et l'innovation, d'exploiter le potentiel des entreprises, notamment des PME, d'augmenter les possibilités d'emploi pour les « catégories prioritaires » ainsi que de développer une stratégie énergétique commune pour l'UE - le souhait de la Présidence autrichienne de doter ces actions prioritaires d'objectifs chiffrés et des calendriers précis suscite des réserves de la part d'un grand nombre de pays membres, comme l'a aussi démontré le débat au Conseil « Affaires générales » de lundi (voir EUROPE n° 9155). Mardi, le président de la Commission, José Manuel Barroso, s'est dit favorable à l'inclusion d'objectifs chiffrés, à condition qu'ils soient réalistes et réalisables et qu'ils fassent l'objet d'un consensus au Conseil (voir EUROPE n° 9156). La question des objectifs chiffrés et des échéances pour la réalisation des actions prioritaires reste à ce stade ouverte et devra, sans doute, être tranchée par les chefs d'Etat et de gouvernement eux-mêmes.
Mercredi, lors d'une conférence de presse à Vienne, M. Schüssel a souligné que lors de ce Conseil européen, « nous avons l'intention de parler très concrètement des moyens de stimuler les opportunités d'emploi et l'avenir de l'économie européenne (…). Après la phase de réflexion, il nous faut désormais entrer dans la phase d'action ». Le Président du Conseil européen a estimé que « l'ambiance (dans l'UE) serait aujourd'hui meilleure si les attentes en matière de croissance économique européenne avaient été réalisées ». Et de réitérer son attachement à des objectifs précis et vérifiables: « Nous devons créer les conditions de base pour permettre une croissance économique annuelle d'1% et la création de deux millions d'emplois supplémentaires ».
Echange de vues avec le président de la BCE - Première participation directe des partenaires sociaux à un Conseil européen
Le Sommet européen débutera jeudi en fin d'après-midi (17 heures) par un bref échange de vues des dirigeants avec le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, le président du patronat européen (UNICE), Ernest-Antoine Seillière et le président de la Confédération des syndicats européens, Candido Mendez Rodriguez. Les ministres des Finances et des Affaires étrangères ainsi que le président du Parlement européen, Josep Borrell, y participeront aussi. « Pour la première fois, les partenaires sociaux auront la possibilité de s'adresser directement au Conseil européen et participeront ainsi à la discussion » sur la stratégie de Lisbonne, a souligné mercredi M. Schüssel. « Intégrer à nos réflexions ceux qui sont finalement responsables de la création d'emplois et de la croissance économique constitue, selon moi, un apport enrichissant au débat politique économique. Le devoir de l'Autriche est donc de contribuer au renforcement de ce dialogue avec les partenaires sociaux », a ajouté le chancelier lors de son point de presse à Vienne.
La rencontre du Conseil européen avec le président du Parlement européen aura lieu à 17.30 heures.
La première séance de travail des chefs d'Etat et de gouvernement débutera à 18 heures et sera consacrée à la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne révisée. La Présidence autrichienne a demandé au Premier ministre finlandais, Matti Vanhanen d'introduire le débat sur le thème « Investir dans la connaissance et l'innovation ». Le Premier ministre de Slovénie, Janez Jansa, introduira sur le thème de « Améliorer le contexte des entreprises, notamment des petites et moyennes entreprises », tandis que le Portugais José Socrates évoquera le thème « Augmenter les possibilités d'emploi pour les catégories prioritaires ».
Cette première séance de travail sera suivie, vers 20 heures, par un dîner au cours duquel les chefs d'Etat et de gouvernement discuteront de la future stratégie énergétique de l'UE. La chancelière allemande, Angela Merkel, introduira ce débat. Dans sa lettre d'invitation, Wolfgang Schüssel souligne que la « crise du gaz » de janvier dernier a démontré que l'énergie est un secteur « qui ne peut pas être traité par les seuls Etats membres », mais qui doit être discuté « au niveau européen ». « Au cours de notre réunion de jeudi et vendredi, nous voulons entrer dans une nouvelle phase et initier une politique énergétique pour l'Europe », écrit M. Schüssel. Cette politique énergétique européenne devra viser la sécurité d'approvisionnement énergétique de l'Europe, la compétitivité et la durabilité et développer un concept commun pour les relations extérieures et les aspects commerciaux liés à l'énergie, explique M. Schüssel. « Le Livre vert de la Commission et les travaux des ministres de l'Energie constitueront une contribution importante » aux travaux du Conseil européen, conclut-il.
Jeudi soir, lors d'un dîner de travail séparé, les ministres des Affaires étrangères discuteront de « L'avenir de l'Europe » et, plus particulièrement, de la future stratégie d'élargissement de l'UE. La Présidence autrichienne considère ce débat comme une préparation au débat général sur l'avenir de l'Europe qui doit dominer le Conseil européen de juin prochain.
Parallèlement, jeudi soir, les ministres des Finances consacreront leur dîner de travail à un débat sur le thème « Réforme des marchés d'emploi - Flexicurité ».
La matinée de vendredi (à partir de 10 heures) sera exclusivement réservée au débat en vue de l'adoption des conclusions du Conseil européen, qui devrait s'achèver par les conférences de presse traditionnelles autour de 13 heures.
Energie: Mémorandum du Benelux - Position commune de l'Espagne et de la Pologne sur la sécurité énergétique
En vue du débat de jeudi soir sur la stratégie énergétique, les pays du Benelux ont présenté cette semaine un papier conjoint sur la sécurité énergétique et la politique étrangère dans lequel la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas plaident pour une stratégie énergétique commune « réconciliant les domaines de la politique communautaire et de la politique étrangère ». Pour réduire sa vulnérabilité, l'Union « doit conduire une politique renforçant l'intérêt que les pays producteurs ont dans une demande régulièrement croissante pour leur énergie et qui dans le même temps accroît la dépendance des producteurs à l'égard de l'Union, avec comme résultat une dépendance réciproque encourageant la prévisibilité et la stabilité », souligne le document du Benelux, pour qui le partenariat avec les pays fournisseurs proposé par le Livre vert de la Commission ne va pas assez loin. « Le partenariat (…) doit être enrichi d'une perspective de politique étrangère », souligne le document. L'UE peut en effet aider les pays producteurs qui veulent diversifier leur activité économique, souvent dépendante des revenus énergétiques (création d'un cadre pour les contrats à long terme, assistance en savoir-faire pour exploiter les champs de pétrole et de gaz difficiles d'accès). En outre, « les efforts menés par l'UE pour garantir la stabilité dans certaines régions du monde doivent prendre en compte les besoins d'énergie de l'Union. L'accent doit être davantage mis sur la sécurité énergétique, notamment dans le cadre de la politique de voisinage », poursuit le document. Pour les pays du Benelux, sûreté et sécurité des routes de transport de l'énergie sont aussi un élément essentiel. « Dans un marché énergétique plus serré, il a plus de risque que les voies de transport vers l'Union soient attaquées par des terroristes ou interrompues, pour des raisons politiques par exemple (comme entre la Russie et l'Ukraine) », précise le document, qui appelle à un « dialogue efficace avec les pays de transit les plus impliqués » ainsi qu'au « développement d'instruments communautaires pour promouvoir la réalisation d'infrastructures énergétiques essentielles qui contribueront considérablement à un transit plus sûr et sécurisé de l'énergie vers l'Union ». Les pays du Benelux (qui publient aussi pour la première fois depuis longtemps un document commun) proposent donc qu'une analyse des risques des routes d'approvisionnement énergétique soit conduite sous la supervision du Haut représentant Javier Solana. Un des éléments originaux de la position de Guy Verhofstadt, Jean Claude Juncker et Jan Peter Balkenende est l'accent mis sur l'importance de renforcer la coopération avec les pays consommateurs d'énergie, en particulier l'Inde et la Chine, pays dont la forte demande énergétique « doit être satisfaite de la manière la plus efficace et la plus propre possible ». Le document souligne en outre la nécessité de renforcer la coopération entre les pays consommateurs, membres et non membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) de Paris, dont font partie 17 pays de l'Union. Enfin, l'UE doit aussi « trouver une réponse à l'influence croissante que l'énergie peut avoir sur le comportement d'Etats comme l'Iran et le Soudan ».
L'Espagne et la Pologne ont présenté elles aussi, cette semaine, une déclaration commune sur la sécurité énergétique de l'Europe. Dans ce papier, présenté lundi au Conseil « Affaires générales », les deux pays prônent les principes de « solidarité » et « d'action collective » entre les Etats membres, la diversification des sources d'approvisionnement en énergie et la coopération avec les pays fournisseurs non membres de l'UE.
Madrid et Varsovie considèrent en outre que les efforts menés par la Commission européenne et les Etats membres pour renforcer la politique énergétique européenne « devraient envisager des solutions pratiques pour l'achat, le stockage et le transport de sources d'énergie qui prendraient en compte le fonctionnement du système d'interconnexions entre les réseaux d'énergie (pétrole, gaz et électricité) ». Les premiers ministres espagnol José Luis Zapatero et polonais Kazimierz Marcinkiewicz réitèrent aussi l'objectif fixé par le Conseil européen de Barcelone (mais pas encore atteint par tous les Etats membres à ce stade) visant à parvenir à un niveau d'interconnexion électrique au moins équivalent à 10% de leur capacité de production installée. Rappelons que la Pologne a présenté au Conseil Energie sa proposition de Traité énergétique sur une base volontariste prévoyant un mécanisme de solidarité et d'assistance à un pays dont la sécurité énergétique est menacée (EUROPE n° 9151). S'il semble que la Pologne n'est pas parvenue à ce stade à convaincre ses partenaires membres de l'Union et/ou membres de l'OTAN d'adhérer à un aussi ambitieux projet, M. Marcinkiewicz assurait toutefois lundi à la presse que Varsovie savait que « proposer un tel traité, c'était avancer assez loin » mais que « seule l'inscription d'un objectif aussi lointain » pouvait aboutir à des « décisions finales » satisfaisantes de l'UE.
Immigration: l'Espagne informera le Conseil européen sur la situation en Mauritanie
Jeudi soir, lors du dîner des ministres des Affaires étrangères, le ministre espagnol Miguel Angel Moratinos a l'intention d'informer ses collègues de la situation créée par la nouvelle pression migratoire à partir de la Mauritanie (voir notamment EUROPE n° 9154). L'Espagne a envoyé une lettre à la Présidence autrichienne et au Haut représentant pour la politique extérieure de l'UE, Javier Solana, pour demander que le sujet soit abordé au dîner des ministres des Affaires étrangères, ce que la présidence a accepté. « Le ministre veut en profiter pour informer les autres Etats membres au sujet de l'immigration et, concrètement, de la situation en Mauritanie », a déclaré à Madrid un porte-parole de M. Moratinos. L'Espagne souhaite recevoir des fonds de l'UE pour intervenir directement dans les pays d'origine de l'immigration, comme elle le fait en Mauritanie, en créant des centres d'accueil ou en fournissant les services de patrouilleurs à ces pays, selon des sources proches des autorités espagnoles. Dans sa lettre, M. Moratinos écrit, selon le journal espagnol ABC, que plus de 3.500 immigrants africains sont arrivés depuis janvier aux Canaries, que la Croix-Rouge estime que plus d'un millier ont pu mourir depuis le début de l'année en tentant la traversée vers l'archipel espagnol et que « quelque 12.000 ou plus » attendraient dans le nord de la Mauritanie de prendre la mer pour l'archipel, porte d'entrée de l'Europe. Lors du Conseil européen extraordinaire de Hampton Court en octobre 2005, le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero avait déjà présenté, au nom de la France et de l'Espagne, une proposition pour unifier la politique migratoire de l'UE, avec un contrôle commun aux frontières (voir notamment EUROPE n° 9059).
Le débat sur le « protectionnisme économique » pourrait s'inviter au Conseil européen
A la veille du Sommet, l'Italie finalisait mercredi une lettre à la Présidence autrichienne dénonçant les résurgences protectionnistes en Europe, et tentait de rallier à sa cause plusieurs autres Etats membres. Le ministre italien des Finances, Giulio Tremonti, avait fait circuler la semaine dernière auprès de ses homologues un projet de lettre qui s'en prend au « nationalisme économique » dans certains pays de l'UE. Une mise en garde vraisemblablement inspirée autant par le contexte européen actuel en matière de fusion d'entreprises que par l'approche des élections législatives italiennes, mais qui ne semblait pas recueillir l'assentiment des autres Etats membres. Ainsi, approchés par les autorités italiennes, les Pays-Bas ont fait savoir mercredi qu'ils ne signeraient pas cette lettre, dont ils peuvent partager le contenu qui leur avait été soumis mais qui, selon La Haye, intervient à un moment inopportun et de manière inappropriée. Egalement pressentie pour co-signer le texte, l'Irlande a démenti d'avoir l'intention de le faire, tout comme la Suède et le Danemark. Le Royaume-Uni, dont le gouvernement affiche clairement son hostilité à toute forme de protectionnisme, n'était pas en mesure de dire mercredi s'il appuierait la demande italienne. Alors que la version finale du document ne lui était pas encore parvenue, le Chancelier de l'échiquier, Gordon Brown, était en train de défendre son budget annuel devant la Chambre des Communes. Avec le désistement de la plupart des pays susceptibles de souscrire au bien-fondé du message, la position de Rome semblait fragilisée. Selon plusieurs sources diplomatiques, il n'est dès lors pas sûr que M.Tremonti poursuivra sa démarche seul. Malgré le renfort éventuel de Londres, plusieurs observateurs estimaient peu probable qu'un message fort serait finalement lancé, après les annonces par la presse d'autant de signataires potentiels. Du côté du ministère de l'Economie italien on assurait que la lettre existait, même si elle n'était toujours pas disponible mercredi en fin d'après-midi. Selon d'autres diplomates à Bruxelles, le projet était tout bonnement retiré. Toutefois, avec ou sans lettre, la question du protectionnisme devrait s'inviter au débat des chefs d'Etat et de gouvernement.