Bruxelles, 22/02/2006 (Agence Europe) - L'opérateur allemand E.ON a lancé le 21 février une offre publique d'achat évaluée à 29,1 milliards d'euros sur l'électricien espagnol Endesa. Le Conseil d'administration d'Endesa, qui avait déjà rejeté une offre de Gas Natural, se réunissait mardi soir après-midi pour évaluer celle d'E.ON. Supérieure de 29,1% à l'offre de son concurrent espagnol, elle a été jugée insuffisante à ce stade. En novembre dernier, la Commission avait estimé qu'une opération de Gas Natural, premier groupe gazier espagnol, sur son compatriote Endesa ne relevait « pas de sa compétence » étant donné que la fusion n'aura pas suffisamment d'implications sur le marché communautaire (EUROPE n° 9068). A ce stade, E.ON n'a pas encore notifié son projet à la Commission. Reste à savoir quel sera le comportement du gouvernement espagnol, qui détient jusqu'en juin 2007 des actions spéciales (golden shares) dans le capital d'Endesa et qui s'était jusqu'à présent montré favorable à l'OPA de Gas Natural.
Le 22 février, après avoir rencontré la veille le patron d'E.ON Wulf Bernotat, le Premier ministre espagnol, Jose Luis Zapatero, a fait part de son opposition à cette opération, qui touche un secteur stratégique pour l'Espagne. Il a toutefois indiqué qu'il n'utiliserait pas le droit de veto lié aux actions de l'Etat. Cité par l'AFP, il a déclaré: « les règles internationales prévalent, mais doivent être compatibles avec un intérêt national raisonnable ». La Commission européenne a rappelé de son côté que les 'golden shares' étaient contraires aux règles communautaires. Par l'intermédiaire d'un porte-parole, elle a appelé l'Espagne à « ne pas utiliser ses droits spéciaux, qui ont déjà été déclarés non conformes aux règles européennes » par la Cour de justice. En 2003, la Cour avait en effet condamné les régimes britannique et espagnol des « golden shares », mais Madrid ne s'est pas encore conformé à la décision (EUROPE n° 8461).
La parlementaire européenne Rebecca Harms s'insurge dans un communiqué contre le projet du géant allemand de l'énergie, qui est le premier fournisseur d'énergie de l'Espagne et le numéro cinq en Europe. Par cette opération, E.ON renforcera encore sa position en Europe et aussi sur le marché latino-américain, remarque la verte allemande. Cette opération, qui portera le chiffre d'affaires combiné des deux entreprises à près de 75 milliards d'euros, a en effet une dimension mondiale. Déjà présent en Amérique du Nord et en Europe de l'Est, E.ON accéderait en effet aux marchés espagnols et sud-américains d'Endesa. Une fois n'est pas coutume, un écologiste donne explicitement raison à la Commissaire européenne à la concurrence Neelie Kroes, qui a récemment dénoncé les dysfonctionnements sur les marchés européens de l'énergie (EUROPE n° 9133).
Pour la Fédération européenne des syndicats de services publics (European Federation of Public Service Unions - EPSU), cette affaire est « un autre exemple de l'histoire des échecs de la politique européenne de l'énergie ». Appelant la direction d'E.ON à consulter au plus vite les syndicats des compagnies d'Endesa dans les différents pays, EPSU constate dans un communiqué que l'idée même d'accentuer la concurrence dans des services publics aussi essentiels que l'électricité et le gaz n'est pas soutenable. « Il est temps pour la Commissaire de cesser d'être dans le déni et de réaliser que davantage de concurrence, c'est mauvais pour les travailleurs, mauvais pour les consommateurs et mauvais pour les besoins de l'UE en énergie », conclut Jan Willem Goudriaan, Secrétaire général adjoint d'EPSU.
Les grandes manœuvres de concentration dans le secteur énergétique européen prédites par
M. Bernotat dans un entretien au Financial Times, il y a deux jours seulement, ne semblent pourtant que commencer. A moins d'un an de la libéralisation complète de l'électricité et du gaz en Europe (prévu au 1er janvier 2007), M. Bernotat expliquait qu'une plus forte concentration se poursuivrait sur ces marchés et que trois entreprises (Enel, EDF et E.ON) « appartiendront à ce groupe dominant » (EUROPE n° 9135).