Bruxelles, 16/02/2006 (Agence Europe) - Le problème nucléaire iranien a figuré au centre des discussions que la Troïka de l'UE a eues le 15 février à Vienne avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. A cette occasion, l'UE a réitéré son soutien à la proposition russe de compromis prévoyant de délocaliser les activités d'enrichissement d'uranium de l'Iran en Russie. Des pourparlers directs entre Moscou et Téhéran sur cette proposition sont prévus le 20 février, a confirmé M. Lavrov à Vienne. L'UE et la Russie sont aussi unanimes pour dire qu'à ce stade, seule une solution diplomatique est envisageable pour résoudre le problème iranien et qu'imposer des sanctions ne ferait qu'aggraver la situation. « Des sanctions ne seraient d'aucun secours. Elles ne permettent jamais de parvenir à la solution d'un problème. Elles constituent tout au plus un prélude à une exacerbation supplémentaire », a commenté M. Lavrov à l'issue de la réunion avec la Troïka. La ministre autrichienne des Affaires étrangères, Ursula Plassnik, qui dirigeait la Troïka de l'UE, a souligné que « la position de l'Union européenne reste inchangée: il s'agit de trouver une solution (…) par la voie diplomatique ». Mme Plassnik a aussi répété que l'Iran devait renoncer à l'enrichissement d'uranium, dont Téhéran avait confirmé le 14 février la reprise à son unité de Natanz (EUROPE n° 9131). « Nous demandons à l'Iran de revenir sur cette décision », a-t-elle dit.
La nouvelle loi russe, très critiquée, sur le contrôle renforcé des activités des ONG en Russie a également fait l'objet des discussions à Vienne. « Nous avons fait part de nos préoccupations (…) Nous allons suivre de très près la mise en œuvre de cette législation », a averti Mme Plassnik. Quant à M. Lavrov, il a surtout rappelé qu'avant l'adoption de la version finale de la loi, Moscou avait tenu compte de plusieurs critiques et recommandations du Conseil de l'Europe, de l'UE, des ONG elles-mêmes et de la Chambre civile russe (un organe consultatif auprès du Président censé promouvoir les intérêts de la société civile).
Les deux parties ont aussi évoqué les relations UE/Russie après 2007, lorsqu'expirera l'Accord de Partenariat et de Coopération (APC). « Nous espérons que les experts avanceront leurs propositions pour le Sommet avec l'UE qui devrait avoir lieu en mai prochain », a indiqué M. Lavrov.
Les droits de l'Homme en Russie, et en Tchétchénie en particulier, ont été aussi abordés. Les consultations régulières UE/Russie sur les droits de l'Homme, lancées au début 2005, constituent un « élément important » des relations bilatérales, a souligné Mme Plassnik. « Dans le cadre d'un dialogue ouvert entre amis, on aborde également les questions sur lesquelles on ne partage pas nécessairement le même avis. En font notamment partie la situation en Tchétchénie et la situation des organisations non gouvernementales en Russie », a-t-elle déclaré à la presse. « Nous remercions l'UE pour sa proposition de participer au financement de la reconstruction en Tchétchénie », a affirmé pour sa part M. Lavrov devant la presse.
Sur le plan de la politique internationale, il a surtout été question du Proche-Orient et du futur gouvernement palestinien. « Notre ligne envers le Hamas est claire: renoncement à la violence, reconnaissance du droit d'existence d'Israël et respect des conventions et des engagements existants », a souligné Mme Plassnik. « Nous ne doutons pas que la Russie présentera de manière conséquente ces principes dans le cadre de ses contacts annoncés avec le Hamas », a-t-elle dit (on sait que le président Poutine a l'intention d'inviter les responsables du Hamas pour des entretiens à Moscou).
D'autres sujets évoqués à Vienne étaient les conflits « gelés » post-soviétiques (Transnistrie, Abkhazie et Ossétie du Sud) ainsi que la situation au Kosovo et dans les Balkans en général.