Bruxelles, 07/02/2006 (Agence Europe) - A l'occasion d'une table ronde organisée le 30 janvier par New Defence Agenda, des représentants de l'industrie de défense américaine et européenne ont rappelé la nécessité d'approfondir la coopération transatlantique concernant l'équipement et les technologies de la défense, mais la mise en œuvre concrète d'une telle coopération semble se heurter de plus en plus à la méfiance des Européens.
« Le côté positif est que nous sommes toujours prêts à discuter. Il est cependant regrettable que le blocage persiste au niveau politique », a indiqué Pierre Chao, le directeur de « Defense Industrial Initiative », à l'issue de cette rencontre. Ce débat sur la coopération transatlantique trouvait une certaine justification au regard de l'actualité puisque le constructeur d'hélicoptères Agusta Westland, filliale de la société italienne Finmeccanica, a récemment signé un contrat de 6 milliards de dollars portant sur la livraison d'hélicoptères aux Etats-Unis. Pour Alberto de Benedictis, président des opérations (USA-RU) pour la société Finmeccanica, « les investissements et la coopération transatlantiques sont très importants dans la mesure où il sera très difficile à l'avenir de protéger nos industries de défense ». M. de Benedictis estime que les industries américaines et européennes doivent maintenir un « haut niveau de capacité » pour faire face à la montée en puissance des industries russes, chinoises et indiennes. Pour Michael Ryan, représentant du secrétariat américain à la défense, « le danger inhérent à la sécurité globale est la multiplicité des acteurs dans l'industrie de la défense ». Il a notamment plaidé pour que l'Union européenne soit un partenaire privilégié des Etats-Unis compte tenu du besoin urgent de développer des technologies dans le domaine civilo-militaire. S'exprimant au nom de l'industrie britannique, Derek Marshall, Director of Aerospace Defence and Homeland Security, a indiqué « qu'il n'est pas envisageable de fermer le marché européen aux Américains » et que l'industrie du Royaume-Uni est favorable à ce que l'Agence européenne de défense (AED) ait « un grand rôle à jouer » en matière de coopération et d'ouverture des marchés. Après avoir mis en évidence « le fossé » existant en matière de budgets de défense entre l'Europe et les Etats-Unis, Andreas Hammer (EADS) a expliqué qu'il restait à voir « comment l'AED pourra avancer rapidement et efficacement dans le futur » et surtout « comment les gouvernements vont lui laisser accomplir sa mission ». Scott Harris (Lockheed Martin) a quant à lui affirmé que « si la coopération transatlantique va s'accentuer dans le futur », « celle-ci n'existe pas » à l'heure actuelle, notamment en raison du manque d'argent pour de nouveaux programmes. Partisan d'une coopération ciblée, Alain Picq, conseiller en armement de la délégation française auprès de l'OTAN, a estimé qu'il « est impossible de parler de relation transatlantique sans parler de coopération dans des niches ». Il a invoqué le fait qu'une coopération transatlantique « réelle et équilibrée » devait se faire « pas à pas, dans un souci d'interopérabilité ». Selon lui, « il existe une voie sur laquelle s'engager pour faire des Etats-Unis un partenaire de l'Europe: celle de l'élaboration d'un marché européen de l'équipement ». Il a ajouté que « si l'on veut parler de coopération transatlantique, il doit exister deux partenaires » et qu'une telle coopération pourra être envisagée « lorsque AED sera prête ».
Si les relations en matière de défense entre l'Europe et les Etats-Unis paraissent durablement bloquées, quelques signes d'apaisement semblent pourtant émerger. Pierre Chao estime que les positions politiques européennes et américaines se sont rapprochées à propos de l'embargo sur les armes imposé à la Chine et que « cela constitue un bon point de départ pour de futures relations ». Sur les concrétisations à venir, M. Chao espère que « la coopération transatlantique sera rendue effective par le biais de l'AED ». (Source: notre publication Nouvelles Atlantiques)