Strasbourg, 17/01/2006 (Agence Europe) - Au vu du débat de mardi, le Parlement européen va plus que probablement rejeter ce mercredi la proposition de directive visant à libéraliser les services portuaires au sein de l'Union européenne. Sans exception, tous les groupes ont marqué leur opposition au texte qui est sur la table, en dénonçant non seulement son contenu mais aussi le fait même que la Commission ait présenté une proposition identique, à leurs yeux, à celle qu'ils avaient déjà rejetée deux ans auparavant (voir notamment EUROPE n° 9110). Si la plupart des députés sont en faveur de l'établissement d'un cadre législatif pour les ports européen, ils sont contre celui proposé aujourd'hui par la Commission. Plusieurs d'entre eux ont cependant critiqué fermement les débordements violents qui ont marqué lundi les manifestations des dockers à Strasbourg, des manifestations qui ont finalement frappé l'institution qui défend, justement, les droits des travailleurs portuaires européens.
La tentative du rapporteur Georg Jarzembowski de convaincre ses collègues aura été vaine. Le démocrate-chrétien allemand a eu beau affirmer que le texte de la Commission européenne répond aux besoins de tous, évoquer « l'incertitude juridique » qui règne dans le transport maritime et appeler ses collègues à ne pas se laisser « impressionner par les grèves et les manifestations », rien n'y a fait. Tous les groupes, sans exceptions, ont marqué leur opposition au texte, même celui du rapporteur, le PPE-DE. « Alors que le Parlement européen avait rejeté le premier paquet portuaire, la Commission nous a transmis un nouveau paquet, sous une couche de vernis. Mais dessous, c'est la même chose. Nous espérions davantage de respect », a déclaré la Belge Marianne Thyssen, en reconnaissant les divisions au sein de son groupe, le PPE-DE. « Nous nous acheminons vers un rejet », a-t-elle averti. Par le groupe socialiste, « les dockers ont certes dépassé les bornes (…), mais cette directive a sa place parmi les déchets portuaires », a affirmé l'Allemand Willi Piecyk. Le texte de la Commission reviendrait à « servir sur un plateau d'argent les grands ports asiatiques concurrents », a-t-il mis en garde, en réclamant une proposition qui mettrait « en place des conditions saines de concurrence » pour le secteur. Un texte permettant une concurrence équitable, c'est également ce que veut le groupe ALDE, a expliqué la Danoise Anne Jensen en prévenant qu'au sein de son groupe « beaucoup voteront contre » le texte actuel, et en appelant la Commission européenne à « analyser les conséquences » d'un éventuel rejet pour formuler une nouvelle proposition. Déçu par les violences des dockers, le Belge Joost Lagendijk a cependant rappelé, au nom des Verts/ALE, que « l'action absurde d'une minorité d'excités ne doit pas faire perdre de vue la nécessité de défendre l'intérêt des travailleurs du secteur ». Même point de vue pour la GUE/NGL, pour qui cette proposition est une « bombe à retardement laissée en héritage par Loyola de Palacio » (l'ancienne Commissaire aux Transports: NDLR), a indiqué le Néerlandais Erik Meijer. Au nom d'IND-DEM et de l'UEN, le Français Patrick Louis et le Letton Roberts Zile ont critiqué la précipitation de la Commission à présenter cette proposition qui reprend l'essentiel des dispositions de la précédente sans avoir mené d'étude d'impact.
Le socialiste français Gilles Savary a annoncé son intention de voter contre la proposition car « il s'agit d'un déni de démocratie. Il ne faut pas encourager la Commission à reproduire à nouveau les mêmes textes chaque fois que le Parlement a voté contre ». Le texte est « socialement inacceptable et dangereux » car il encourage les ports européens « à embaucher des Philippins », et « il donne raison aux eurosceptiques », déplore-t-il. Pour sa collègue suédoise Ewa Hedkvist Petersen, « on n'a pas besoin de cette directive », car « tout fonctionne très bien dans de nombreux ports », notamment en Suède.
« Je ne peux pas laisser dire que cette proposition violerait tous les droits sociaux portuaires », car « je n'aurais jamais repris une proposition si elle présentait les graves risques que certains ont cru y voir », a réagi le Commissaire aux Transports Jacques Barrot après avoir attentivement écouté la longue liste d'orateurs. M. Barrot a répété que « la politique portuaire de l'UE ne se réduit pas à ce texte » mais qu'elle passe également par une meilleure transparence des coûts des services, des investissements et la mise en place d'une concurrence équitable (voir EUROPE n° 9110). En outre, et comme l'ont souligné plusieurs députés, face à la diversité des situations des ports au sein de l'UE, « il n'est pas possible de régler toutes les situations par un excès de centralisme », reconnaît M. Barrot. Cependant, tout en soulignant la situation paradoxale actuelle (le Parlement va voter sur le texte initial de la Commission et non pas sur la proposition amendée par son rapporteur), M. Barrot a prudemment préféré attendre le vote de mercredi « avant de tirer les conclusions nécessaires ».