Bruxelles, 10/01/2006 (Agence Europe) - Le Président Chirac a plaidé mardi pour un aménagement des traités actuels afin de rendre les institutions de l'UE élargie « plus démocratiques, plus efficaces, plus transparentes ». Face au blocage constitutionnel créé par les « non » français et néerlandais, l'UE ne peut pas se permettre de rester immobile, car « un statu quo institutionnel » la condamnerait à terme « à l'inertie et à la paralysie », a dit M.Chirac le 10 janvier lors des traditionnels vœux du corps diplomatique à l'Elysée. Le Conseil européen de juin prochain devrait donc prendre les décisions nécessaires pour améliorer le fonctionnement des institutions « en partant du cadre des traités existants ». M. Chirac a notamment évoqué: - la sécurité intérieure et la justice ; - l'action extérieure et la défense ; - une meilleure association des parlements nationaux au processus de décision européen. « Dans le respect du vote (négatif) des Français » sur la Constitution, la France présentera des propositions en vue du Conseil européen de juin, a-t-il annoncé. Ces propositions seront formulées après un « dialogue » avec les 24 membres de l'UE, et en particulier avec la Présidence autrichienne et la Chancelière allemande Angela Merkel. Le Sommet de juin « est une échéance très importante » et « la France fera tout pour que ce rendez-vous se traduise par des avancées concrètes pour l'Europe », a assuré M. Chirac. On sait que la France est favorable à l'application immédiate des dispositions de la Constitution qui peuvent être mises en œuvre sur la base des traités actuels, mais qu'elle souhaite avoir le soutien de l'Allemagne avant de faire des propositions concrètes dans ce sens. Or, le gouvernement allemand, qui continue à croire que la Constitution pourra encore être sauvée dans son intégralité, ne veut pas, pour l'instant, entendre parler d'une mise en œuvre partielle, craignant qu'elle entraîne l'abandon définitif d'autres dispositions du Traité constitutionnel auxquelles l'Allemagne tient particulièrement, notamment les nouveaux mécanismes de vote au Conseil des ministres (qui renforcent le poids de l'Allemagne) et la répartition des compétences entre l'UE, l'Etat fédéral et les Länder. Les consultations franco-allemandes sur ce sujet s'intensifieront au cours des prochains jours: le 12 janvier, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, doit se rendre à Berlin ; le 18 janvier, le Premier ministre Dominique de Villepin sera à Berlin pour des entretiens avec Angela Merkel (il prononcera un discours très attendu à l'Université Humboldt) ; le 23 janvier, le Président Chirac recevra Mme Merkel à Versailles.
Dans son allocution de mardi, Jacques Chirac a aussi relancé l'idée de créer des « groupes pionniers » pour faire avancer l'intégration européenne, suggérant notamment une coopération renforcée parmi les pays de la zone euro. « Les pays membres de la zone euro ont une vocation naturelle à approfondir leur intégration politique, économique, fiscale et sociale. La France, avec les partenaires intéressés, veut examiner tous les moyens permettant de renforcer la visibilité et le poids de la zone euro », a-t-il déclaré. Lundi à Vienne, Wolfgang Schüssel et José Manuel Barroso avaient mis en garde contre de « nouveaux clivages » institutionnels dans l'UE (EUROPE n° 9105).