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Bulletin Quotidien Europe N° 9106
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Europe doit faire valoir ses atouts dans le grand jeu planétaire de l'énergie

Les analyses des événements de la semaine dernière à propos du gaz russe permettent de tirer quelques conclusions, au-delà de celles déjà exposées dans cette rubrique (bulletin n. 9103), et notamment:

1. Bien plus qu'une péripétie. La signification de ce qui est arrivé et ses répercussions futures vont bien au-delà d'une simple péripétie. L'UE devrait avoir pris définitivement conscience de l'exigence d'une politique de l'énergie définie et gérée en commun. Il est vrai que cette exigence avait déjà été reconnue à deux reprises par les chefs de gouvernement: une première fois de manière solennelle, en acceptant d'inclure dans le projet de Traité constitutionnel le principe d'une politique énergétique et d'en indiquer les objectifs ; une seconde fois en octobre dernier (Sommet informel de Hampton Court), en chargeant la Commission de lui présenter au printemps un document d'ensemble sur les initiatives à prendre. Mais le Traité constitutionnel est bloqué à temps indéterminé et les résultats de Hampton Court en matière d'énergie n'avaient pas eu beaucoup d'échos. Lorsque les chefs de gouvernement s'en occuperont en mars de façon formelle et en profondeur, il est permis d'espérer qu'ils seront fermes et positifs. Dans son document de base, la Commission pourrait - en plus des grandes options relatives à la sécurité de l'approvisionnement, au fonctionnement et à la transparence du marché intérieur, aux énergies alternatives, etc.- relancer les deux projets déjà envisagés mais qui avaient échoué: «communautariser» les stocks obligatoires et supprimer le plafonnement de la responsabilité pour les accidents en mer. Le retentissement de l'affaire du gaz russe devrait garantir que ce jour-là les médias et l'opinion publique suivront avec attention les débats du Conseil européen et ses résultats.

2. Diversification des fournisseurs et des installations de transport. Les dangers d'une dépendance excessive du fournisseur russe de gaz ont été profondément ressentis, notamment par les Etats membres (Pologne, Hongrie, pays baltes, Slovaquie et aussi Finlande) qui n'ont pratiquement que ce fournisseur. Et les autres savent que les ressources propres de l'UE s'épuiseront progressivement, dans les prochaines années ou décennies. Ces faits étaient connus et souvent dénoncés ; ce qui est partiellement nouveau est la prise de conscience par les responsables politiques et les opinions publiques. La dépendance d'un nombre très limité de gazoducs est tout autant dangereuse. Dans cette perspective, les projets alternatifs sont positifs, non seulement ceux qui traverseront la mer Caspienne et la Turquie mais aussi le projet germano-russe par la mer Baltique qui a fait tellement de bruit en raison de l'implication de Gerhard Schröder et des réactions furieuses en Pologne. Or, à Varsovie, on devrait voir la situation d'un point de vue européen, évaluer les avantages de faire partie d'un interlocuteur européen puissant face à la contrepartie russe et se battre pour que cet interlocuteur existe.

3. C'est la Russie qui a cédé. Les analyses des experts sur l'accord Gazprom-Naftogaz aboutissent presque à l'unanimité à la conclusion que ce sont les Russes, et pas les Ukrainiens, qui ont fait marche arrière. Les commentaires qui avaient anticipé un jugement immédiat opposé (comme Le Monde: «La Russie impose ses conditions à l'Ukraine pour les prix du gaz ») se sont trompés, ce qui se justifie en raison de la nature tordue de l'accord. Son but était évidemment de masquer que la Russie devait céder sur l'essentiel, car, en définitive, l'Ukraine paiera dorénavant son gaz 95 dollars le mètre cube, qui est plus que les 63 dollars d'hier, mais bien loin de la demande initiale de 230 dollars. Les autorités russes ne pouvaient pas donner suite à leurs menaces de fermer les robinets du gazoduc ukrainien qui canalise les fournitures à l'Europe sans perdre leur crédibilité de fournisseur fiable. Réduire le débit pour un jour était déjà une erreur; aller au-delà aurait signifié la perte de la confiance sans laquelle les projets russes d'expansion et de coopération s'effondreraient. Les autorités européennes n'avaient pas manqué de le faire savoir à Moscou par les voies diplomatiques.

4. Interlocuteur cohérent. L'UE doit maintenant consolider son unité et maintenir la pression, car la Russie n'a jamais ratifié la «Charte européenne de l'énergie» adoptée en 1991 après des négociations difficiles, visant à mettre en œuvre des règles juridiques solides pour les fournitures d'énergie. Même en l'absence de cette Charte, l'UE ne manque certes pas d'atouts, car elle couvre 65% du commerce extérieur russe. L'aspect extérieur de la politique européenne de l'énergie est au moins aussi important que la libération du marché intérieur, qui semble parfois représenter la préoccupation prioritaire de la Commission. L'Europe a beaucoup de cartes à jouer, en tant que premier client mondial, à l'égard de tous les acteurs de ce grand jeu planétaire: la Russie bien entendu, mais aussi l'Ukraine (à propos du coût du transit), la Turquie et ainsi de suite. À la condition de savoir être un interlocuteur unique et cohérent.

(F.R.)

 

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