Bruxelles, 08/12/2005 (Agence Europe) - Condoleezza Rice a prévenu, mercredi soir lors du dîner transatlantique organisé par les autorités belges, les interrogations de ses homologues européens en demandant à ce que le premier point abordé soit la politique américaine en matière de détention et de transfert des détenus opérés par la CIA. La secrétaire d'Etat américaine a ainsi expliqué que les Etats-Unis "respectent pleinement la souveraineté de leurs alliés" et qu'ils n'ont pas utilisé leurs aéroports ou leurs espaces aériens pour transférer des personnes dans des lieux où elles pouvaient être torturées. Dans le cadre des opérations de l'OTAN, les Etats-Unis doivent respecter la politique de l'Alliance en matière de prisonniers, a aussi souligné Mme Rice qui a dit devant la presse que les alliés ont eu "une discussion très sérieuse" qui a permis d'évoquer de dossier "entre amis". Même si les Etats-Unis condamnent la torture et si les abus doivent être poursuivis et punis, le fait d'être une démocratie ne signifie pas automatiquement être parfait, a dit en substance Mme Rice en rappelant qu'il s'agit d'une lutte contre "les ennemis de la démocratie". C'était une "très bonne discussion" avec "une forte intervention" de Mme Rice, a commenté le Secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, en soulignant que le dîner était l'endroit logique pour en parler mais qu'il ne s'agit pas d'un dossier de l'OTAN. Le porte-parole de l'OTAN, James Appathurai, a par ailleurs précisé que plusieurs ministres se sont dit "satisfaits des explications données par Mme Rice". Il a cité le Belge Karel de Gucht, le Néerlandais Bernard Bot et l'Allemand Frank-Walter Steinmeier. Le Français Philippe Douste-Blazy qui a ouvert sa conférence de presse en saluant l'arrestation du général croate Ante Gotovina en Espagne (voir autre nouvelle), a marqué ses distances avec "nos amis les Etats-Unis" sur le dossier des vols de la CIA. "Nous avons pris note des déclarations de Mme Rice et de son intention de répondre prochainement à la lettre de Jack Straw", a-t-il déclaré. "Nous sommes les principaux partenaires dans la lutte contre le terrorisme. (…) Il n'y a pas de pire lâcheté que le terrorisme", a-t-il affirmé tout en soulignant que "le droit international doit s'appliquer à tous". Et il a précisé que la France a demandé que l'obligation pour l'ISAF (la force de l'OTAN en Afghanistan) de respecter les conventions internationales soit mentionnée dans le communiqué de la réunion.
Jeudi, lors de la réunion du Conseil de l'Atlantique Nord à laquelle participait aussi le Haut représentant de l'UE pour la PESC Javier Solana, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'OTAN ont fait le point sur les opérations en cours au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, au Pakistan et au Darfour. Ils ont formellement approuvé le plan d'opération (OPPLAN) révisé dans la perspective de la troisième phase d'extension de la couverture de l'ISAF au sud de l'Afghanistan. Ce plan contient aussi de nouvelles règles d'engagement "plus robustes" pour tenir compte des combats qui se poursuivent dans le sud. Dans le contexte de la l'extension vers le sud, les troupes de l'OTAN dans le pays devraient approcher environ 16 000 militaires contre 10 000 actuellement. Dans le sud du pays, les équipes de reconstruction provinciale disposeront chacune d'un contingent spécialement chargé d'assurer leur protection. Dans l'ensemble du pays, les forces de l'OTAN auront la possibilité de réagir plus efficacement à une éventuelle agression, a expliqué un responsable de l'organisation. L'extension au sud interviendra au printemps 2006. Les ministres ont aussi évoqué la transformation des forces de l'OTAN et l'avenir de l'Alliance dans le cadre de la préparation des deux prochains sommets qui doivent se tenir en novembre 2006 à Riga et au printemps 2008.