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Bulletin Quotidien Europe N° 9080
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La relance du partenariat euro-méditerranéen a échoué

Les commentateurs ont raison. Entre les déclarations apaisantes et optimistes de Tony Blair et de José Luis Zapatero, qui ont parlé d'un succès du Sommet euro-méditerranéen de Barcelone, voire même d'un «saut de qualité dans la bonne direction», et les constatations peu amènes des commentateurs qui ont parlé d'un demi-échec, il n'existe pour moi aucun doute: ce sont les seconds qui ont raison (voir notamment le compte-rendu vaste et équilibré publié dans notre bulletin n. 9077). Avant le Sommet, je m'étais efforcé de présenter une vue modérément optimiste des résultats possibles, tout en insistant sur les conditions indispensables à une relance véritable du partenariat (voir cette rubrique dans nos bulletins n. 9073 et 9074). En fait: a) les résultats concrets ont été minces, bien inférieurs aux espoirs ; b) le climat politique était froid, voire carrément méfiant, dépourvu d'élan, surtout du côté des pays de la rive Sud.

Les données de fait sont connues: seuls deux chefs d'Etat des pays tiers méditerranéens ont participé aux travaux ; le Sommet n'a pas été en mesure de s'entendre sur une déclaration finale commune, qui a été remplacée par une déclaration du président Tony Blair. Je n'y reviendrai pas. Je vais essayer plutôt d'analyser les causes qui ont conduit au demi-échec, et la nature des désaccords fondamentaux.

1. Méfiance politique. Je vois trois raisons essentielles, même si elles ne sont que partiellement avouées, au climat politique détestable qui a entouré les travaux. La première se réfère à l'impossibilité d'aboutir à un compromis sur la notion même du terrorisme, qui, de l'avis de l'UE, couvre tous les actes de violence dirigés contre des objectifs autres que les forces armées, alors que certains pays arabes veulent maintenir la distinction entre le terrorisme et le «droit à la résistance» contre une occupation étrangère, quelles que soient les méthodes utilisées. La deuxième raison est l'insistance de l'UE pour insérer dans les textes des références explicites aux réformes (par exemple, l'indépendance de la justice) et à la participation de la société civile à la gouvernance nationale dans les différents pays. Or, les autorités politiques de plusieurs pays arabes se méfient de la montée en puissance de la société civile, et ils estiment que de toute manière les responsabilités de la société civile et les réformes sont des questions internes à chaque pays, que l'UE ne peut pas imposer.

2. Perplexités à l'égard de la «politique de voisinage» de l'UE. Les pays de la rive Sud ne sont pas opposés par principe à cette politique lancée par la Commission européenne, mais ils ont l'impression qu'elle aura comme résultat de sonner le glas d'une politique spécifique de l'UE pour la région méditerranéenne. Cette crainte a été ainsi décrite par Sami Naïr, de l'Université de Paris-VIII: « La stratégie de Barcelone est condamnée à disparaître dans les trois années qui viennent au nom d'une nouvelle approche baptisée 'de voisinage' dans laquelle Tunisie, Maroc, Liban, etc. seront associés à l'Europe au même titre que… la Moldavie, l'Ukraine et la Russie !» Aucun gouvernement ne l'affirme de cette manière brusque, mais plusieurs s'interrogent, se méfient et veulent y voir plus clair avant de s'engager.

3. Divergences profondes entre les pays de la rive Sud sur les objectifs économiques. Les textes approuvés à Barcelone continuent benoîtement à parler de la «création d'une zone de libre-échange pour 2010», alors que: a) aucune démarche concrète n'est envisagé pour la libération des échanges entre les pays tiers méditerranéens eux-mêmes, comme si une zone de libre-échange pouvait exister tout en maintenant droits de douane et autres obstacles aux échange entre une dizaine de pays participants; b) le Maroc ne cache pas sa préférence pour des liens commerciaux bilatéraux avec l'UE ; c) l'Algérie se déclare opposée au principe même du libre-échange. La lecture du volet «programme économique» du partenariat pour les cinq prochaines années est déprimante: rien de concret, aucun engagement ferme, mais une liste d'objectifs n'ayant aucune chance d'être atteints, concernant les investissements, la recherche et l'innovation, la libéralisation des services (non contraignante et sur une base volontaire !), accès garanti aux études pour tous, avec égalité entre garçons et filles, et ainsi de suite. Tout ceci en cinq ans ! Pour l'agriculture est prévue l'ouverture de négociations «aussitôt que possible» sur tous les aspects (voir cette rubrique dans le bulletin n. 9073).

4. Engagements faibles sur la lutte contre le terrorisme et le contrôle des migrations. C'est la première fois qu'un code anti-terrorisme est souscrit ensemble par les pays arabes et Israël, a souligné Tony Blair. C'est vrai, mais les engagements qu'il comporte sont modestes. Et le texte sur le contrôle de la migration illégale ne va pas très loin, n'ajoute presque rien à ce qui existe.

Sur ces bases, un espace commun euro-méditerranéen économique, commercial, de liberté, de sécurité et de justice, n'est que rhétorique. Les objectifs doivent être révisés. J'y reviendrai demain.

(F.R.)

 

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