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Bulletin Quotidien Europe N° 9078
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le volet « développement rural » de la PAC peut contribuer à résoudre le problème des périphéries urbaines (à Paris et ailleurs)

Une politique européenne mal connue. Aucun commentateur n'a, à ma connaissance, établi un lien entre les violences récentes des jeunes autour de Paris et le déséquilibre dans l'aménagement du territoire français. Paris est entouré d'une myriade de communes satellites où habitent des millions de jeunes, en grande partie Français issus de l'immigration, dont le nombre dépasse de loin celui des emplois qui pourront être créés sur place. Or, il existe en France de vastes zones peu habitées que les géographes appellent parfois «le désert français». En même temps, l'industrie s'éloigne des grandes villes. Autrefois, on fabriquait les voitures Renault à Paris; c'est fini, les espaces concernés sont ou seront consacrés aux commerces et à la consommation, ou deviendront des sites culturels. «Il ne faut pas désespérer Billancourt», disait Jean-Paul Sartre; aujourd'hui, Billancourt en tant que site industriel qui donne du travail à des milliers d'ouvriers, n'existe plus. Quand a éclaté le problème de la banlieue incontrôlable? Lors du premier grand exode agricole. Le dépeuplement des campagnes et le gonflement des périphéries urbaines allaient de pair.

Certes, il n'est pas question de prôner une quelconque solution du type: retour à la terre. Dans les Etats modernes et industrialisés, en Europe comme ailleurs, les agriculteurs ne peuvent plus représenter qu'un pourcentage modeste de la population. Mais l'UE a une chance: le second volet de la politique agricole commune (PAC) est consacré au «développement rural». Et, contrairement à ce que l'on croit en général, ce volet a très peu à voir avec l'agriculture. Il vise à: 1) développer dans les zones rurales (qui représentent, selon les méthodes de calcul, de 80 à 90% du territoire européen) des activités autres que l'activité agricole ; 2) garantir dans ces zones la sauvegarde et le développement des services publics (écoles, santé, transports, gaz, électricité) sans lesquels on ne peut pas fixer une population ; 3) sauvegarder et relancer des initiatives qui se rattachent aux traditions locales, ou innover en direction d'activités d'avant-garde. Mais tout ceci présuppose le maintien de l'activité agricole, qui a façonné au cours des siècles les traditions et les paysages. On a parlé beaucoup, récemment, de la ville italienne de Parme, parce que l'Autorité alimentaire européenne vient de s'y installer. Ses spécialités agricoles et alimentaires sont mondialement connues, il suffit de citer le fromage parmesan et le jambon de Parme, et aussi les boissons à base de fruits. Ces spécialités demeurent la base de l'économie locale, grâce au maintien de la qualité et à la protection des dénominations. Mais combien d'activités tout autour, et d'initiatives, même si la ville reste relativement petite! Du «collège européen» post-universitaire au projet musical visant à faire de Parme pour Verdi ce que Bayreuth est pour Wagner. Mais rien ne serait possible si l'activité agricole n'est pas sauvegardée dans des conditions garantissant aux agriculteurs un niveau de vie analogue à celui des autres catégories sociales.

Les jeunes doivent faire leur part. Je sais bien que dans la plupart des zones rurales d'Europe, les conditions sont loin d'être aussi favorables qu'à Parme. Mais, c'est aux exemples positifs qu'il faut se référer. Et mon objectif est simplement d'indiquer un argument supplémentaire en faveur du maintien de l'activité agricole en Europe: elle peut contribuer à faire face au drame des jeunes des banlieues. Paris ne peut pas offrir un emploi à toute la jeunesse désemparée qui se presse à ses portes ; c'est dans le développement des zones rurales que des solutions peuvent être cherchées. On voit ainsi par quelles voies détournées on arrive à des conclusions analogues à celles évoquées dans cette rubrique d'hier à propos des négociations commerciales de l'OMC.

Il est vrai que les jeunes doivent eux aussi faire leur part. Jan Figel, commissaire européen à l'Education et à la Formation, vient de déclarer que «la moitié des emplois qui seront créés d'ici à 2010 dans l'UE requerront des qualifications élevées». Ce n'est pas en refusant de fréquenter leurs écoles et en détruisant celles de leurs petits frères que les jeunes de la banlieue parisienne obtiendront les qualifications qui pourront leur ouvrir la voie d'un emploi. Le commissaire Figel a annoncé l'intention de doubler d'ici 2012 le nombre des bénéficiaires du programme Erasmus (échanges d'étudiants universitaires) parce que « ces étudiants réussissent très bien, une fois sur le marché du travail ». Jan Figel est Slovaque. Il y a quelques années, en visite en Slovaquie alors candidate à l'adhésion, j'avais demandé quels atouts avait ce pays pour s'affirmer au sein de l'UE. Une fonctionnaire m'avait répondu: la relance de son agriculture grâce à la PAC, et son système scolaire. Pour combien d'Etats membres cette réponse est-elle valable ? Le premier résultat dépend des institutions de l'UE, le deuxième des jeunes. Que chacun prenne ses responsabilités.

(F.R.)

 

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