Bruxelles, 10/11/2005 (Agence Europe) - Dans un discours prononcé le 9 novembre à Chatham House à l'occasion de sa visite à Londres, le Président du Parlement européen Josep Borrell a souligné « l'énorme fossé entre les perceptions des leaders de l'Europe et de la population en général », en notant que ce fossé et « le plus extrême » au Royaume-Uni, avec un Tony Blair qui se proclame « pro-européen passionné » alors que les Britanniques voient plutôt l'Europe comme « une source de problèmes ». Pour combler ce fossé, il faut « communiquer l'Europe », insiste Josep Borrell, qui souligne que le Parlement européen « jouera un grand rôle dans l'organisation de grands débats » sur son avenir, et que le premier de ces grands débats se tiendra en décembre à Vienne, avant le début de la Présidence autrichienne. Pour communiquer l'Europe, il faut que les gouvernements cessent de s'attribuer tous les succès et de faire de « Bruxelles » l'épouvantail à blâmer « pour tout ce qui est impopulaire », avertit M. Borrell. Evidemment, « une bonne stratégie de marketing ne sert à rien sans un bon produit », admet-il, en profitant de l'occasion pour se féliciter que le Sommet de Hampton Court sur la mondialisation ait fait ressortir « un clair consensus » dans certains domaines. M. Borrell, qui espère « personnellement que nous verrons se dégager une nouvelle volonté politique en faveur de nouveaux développements dans des politiques actives des marchés de l'emploi, la politique de l'énergie et la recherche », reconnaît qu'au sommet on a vu aussi des divisions « entre les pays qui profitent actuellement de la mondialisation et ceux qui craignent une société divisée entre gagnants et perdants ». Ces divisions existent aussi au Parlement et expliquent par exemple « les grandes difficultés à parvenir à un accord sur la directive services et REACH », dit M. Borrell, qui avertit cependant: « ne tombons pas dans le piège de croire que l'Europe échoue ou est condamnée à s'effondrer » (dans son discours, il a rappelé qu'en 1953 Harold MacMillan avait dit que « l'Europe est finie, mourante ; si j'étais plus jeune, j'émigrerais en Amérique »). En même temps, M. Borrell lance encore un avertissement sur la nécessité de prendre une décision sur les perspectives financières 2007-2013 au sommet de décembre prochain. Les régions les moins prospères paieront les frais d'une absence d'accord, prévient-il, en constatant: « plus le temps passe, plus je vois d'anxiété et de confusion ». Or, « l'argent que nous demandons (…) est pour l'investissement dans l'avenir, dans les priorités convenues par tous à Hampton Court », souligne-t-il, en commentant: « Personnellement, je recommande fortement aux leaders d'apporter une chemise de plus au sommet de décembre (…). Je m'attends à des négociations longues et difficiles. Ce sera un Conseil européen qui fera la différence pour l'avenir de l'Union ».