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Bulletin Quotidien Europe N° 9066
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Défense des dernières évolutions des négociations commerciales mondiales

Une clarification bienvenue. Les dernières évolutions des négociations commerciales internationales dans le cadre de l'OMC ne m'étonnent pas du tout ; je suis même loin de les considérer comme négatives. Elles ont le grand mérite de clarifier la réalité des relations économiques et commerciales dans le monde, en dépassant la position doctrinaire rigide de ceux qui considèrent que le libre-échange est le seul critère valable et le seul objectif souhaitable. Certes, un degré élevé de liberté des échanges est positif, mais à certaines conditions. La recherche de la compétitivité maximale par la concurrence totale est, en agriculture, déraisonnable parce que la sécurité des produits, la sauvegarde de la nature et le respect des animaux doivent avoir la priorité sur l' obsession de conquérir des marchés ; il est désolant que ce qui est arrivé hier à propos de la «vache folle» (provoquée par l'effort de réduire les coûts de l'élevage en alimentant des herbivores avec des farines animales, contre les lois de la nature) et aujourd'hui par les risques provoqués par des formes cruelles et contre nature d'élevage des poulets n'aient rien appris. Par ailleurs, les pays émergents qui veulent se donner des structures économiques nationales solides n'ont aucune intention d'ouvrir totalement leurs marchés des services (financiers et autres). C'est leur choix. De toute manière, le libre-échange doit être subordonné au préalable au respect de la propriété intellectuelle et à la suppression de la contrefaçon (fléau qui a des conséquences ruineuses pour la sécurité, la santé et la nature). Et «au préalable» signifie que la légalité et la loyauté dans ce domaine doivent précéder l'ouverture des frontières et non pas être recherchées a posteriori.

Assez d'hypocrisie à propos des pays pauvres. Au-delà des considérations générales qui précèdent, le cycle actuel de négociations doit prévoir un paquet de mesures ad hoc en faveur des pays les plus pauvres. Si tous les membres de l'OMC partagent effectivement (et pas seulement dans les discours du dimanche) l'objectif d'aider ces pays à prendre leur place dans le commerce mondial, tous doivent accepter de leur accorder un accès préférentiel aux marchés, en abandonnant l'attitude hypocrite qui consiste à prétendre qu'ils pourraient tirer un avantage de réductions douanières appliquées erga omnes. Tous les observateurs objectifs savent que l'ouverture des frontières dans le secteur agricole bénéficierait aux pays grands producteurs, en éliminant du marché européen les Etats ACP et les autres PMA (pays moins avancés) de la liste de l'ONU.

Un échec positif. Je n'ignore pas que dans l'UE elle-même certains Etats membres ne partagent pas ce que je viens d'écrire, et que c'est aussi en partie le cas du Commissaire au commerce Peter Mandelson et, bien entendu, des grands intérêts commerciaux, financiers et partiellement industriels, prêts à effacer toute trace d'activité agricole en Europe, incapables de comprendre que ce serait la fin des traditions, des paysages, des modes de vie et, en définitive, de la civilisation européenne. Mais j'estime positif l'échec de la tactique consistant à considérer l'agriculture comme une monnaie d'échange pour obtenir des concessions ailleurs. J'ai déjà condamné, dans les limites de mes moyens, cette tactique (voir cette rubrique dans le bulletin n. 9053) et j'espère que son échec sera définitif. Ce que je voudrais souligner aujourd'hui, c'est la façon absurde et inepte dont une grande partie de la presse européenne présente comme une position purement française la défense de l'activité agricole en Europe. «Le Monde», mieux inspiré et, surtout, d'habitude mieux informé, a défendu cette thèse sous le titre péremptoire «La France isolée», en renchérissant quelques jours plus tard pour demander que la France abandonne son attitude de fermeté. Et pourquoi «Libération», journal soi-disant progressiste, a-t-il donné tellement de relief à un article de Esther Duflo, économiste au Massachusetts Institute of Technology, qui, sous le titre « OMC, honte de la France », annonce tranquillement que l'Europe doit se spécialiser dans les services et les pays en développement dans l'agriculture? Son pays le ferait-il ?

Je pourrais multiplier les exemples. Heureusement, la réalité est toute différente. Il est vrai que plusieurs gouvernements de l'UE se cachent derrière la France au lieu de s'exprimer clairement au sein du Conseil Affaires générales, mais leurs positions de fond sont analogues, on le voit bien dans les débats du Conseil Agriculture, et dès que le nouveau ministre allemand sera entré en fonction, l'Allemagne aura les mêmes réticences que la France à propos de l'ouverture du marché européen. Quant au niveau mondial, au sein de l'OMC elle-même l'exigence de sauvegarder les agricultures nationales est partagée par de nombreux pays: la Suisse, le Japon, l'Indonésie, la Corée et même, petit à petit, l'Inde, pour ne pas parler des Etats-Unis. Les pays pauvres, notamment d'Afrique, comprendraient, s'ils n'étaient pas sous l'emprise des intérêts de certaines multinationales, du grand commerce et parfois de leurs propres élites corrompues, que leur intérêt est de relancer leurs cultures vivrières plutôt que de se ruiner dans les monocultures pour l'exportation.

(F.R.)

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