Hampton Court, 28/10/2005 (Agence Europe) - La Présidence britannique est satisfaite des résultats du Sommet informel de Hampton Court car elle a obtenu ce qu'elle avait recherché, a déclaré Tony Blair jeudi soir devant la presse: un « large accord » des Etats membres sur les orientations proposées par la Commission européenne pour permettre à l'UE de relever les défis de la mondialisation. Nous devons améliorer la recherche et développer davantage la société de la connaissance, nous devons réformer nos universités afin qu'elles soient davantage compétitives face à leurs concurrents aux Etats-Unis, en Inde ou en Chine, nous devons mettre en place une politique énergétique commune avec des réseaux et interconnections européens, nous devons mieux coordonner nos politiques et actions dans le domaine de l'immigration afin de pouvoir mieux combattre l'immigration illégale et tirer pleinement bénéfice de l'immigration légale, et nous devons faire davantage pour permettre à nos citoyens de concilier vie familiale et vie professionnelle, a dit M. Blair à la presse. Dans tous ces domaines, la Commission européenne, la Présidence britannique et la future Présidence autrichienne vont préparer ensemble, dans les prochains mois, des propositions concrètes qui devraient aboutir à des décisions ou des conclusions sous présidence autrichienne: au Conseil européen de printemps, en mars 2006, sur les sujets économiques (recherche, éducation, énergie) et au Conseil européen de juin 2006 sur les questions liées à l'immigration et à la démographie. Un premier rapport sur l'état des travaux sera fait au Conseil européen des 15 et 16 décembre. Selon M. Blair, des propositions concrètes sur la lutte contre l'immigration illégale (un thème qui a notamment été soulevé jeudi par le Premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero) pourraient déjà être présentées en décembre.
Il est aussi « clairement » ressorti du débat que l'UE « devrait parfois faire plus, mais aussi parfois moins, mais qu'elle doit en tout cas faire mieux », a indiqué M. Blair qui a noté un « large accord » sur la nécessité que l'UE réduise et simplifie l'acquis communautaire. Les nouveaux pays membres ont beaucoup contribué à ce débat en y apportant un « nouveau dynamisme », et il est aussi « rafraîchissant » de voir que la Commission Barroso « se concentre sur ce qui est nécessaire » en termes de nouvelle législation, en limitant son action aux domaines où l'Europe peut apporter un plus, a estimé le président en exercice du Conseil européen. Pourquoi le Royaume-Uni réclame-t-il aujourd'hui une politique énergétique commune, alors que jusqu'ici il s'y était toujours opposé ? Nous étions contre une telle politique parce que nous craignions que la Commission européenne ne commence à réglementer tout le secteur, alors que nous sommes d'accord aujourd'hui pour constater que l'essentiel est de rendre le secteur plus compétitif, efficace et interconnecté et de réduire les prix pour les consommateurs, a répondu M. Blair, interrogé à ce sujet par la presse.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s'est félicité de cette « formidable réunion » qui s'est déroulée dans une « excellente atmosphère » et qui a vu les dirigeants « appuyer fortement » le document de la Commission. « Nous avons évité le piège de confronter nos différents modèles sociaux » car, au lieu de cela, « nous avons trouvé un consensus sur le fait que nous devons moderniser », a-t-il affirmé en reprenant un thème qui lui est cher. La Commission, avec la Présidence, va travailler maintenant sur un rapport intérimaire (sur les actions concrètes à entreprendre dans les différents domaines prioritaires) pour le Conseil européen de décembre, et nous espérons qu'il y aura de premières décisions lors du Sommet de printemps en mars 2006, a dit M. Barroso à la presse. « L'Europe bouge à nouveau, nous passons du stade des analyses au stade de l'action, avec des résultats concrets », a-t-il estimé. « Il existe un large accord sur les priorités. Maintenant il faut les mettre en pratique », a insisté M. Barroso. Les citoyens ne veulent pas que nous menions des discussions interminables sur les institutions, mais veulent que nous parlions des choses concrètes qui les concernent et rendent l'UE plus forte: recherche, éducation, immigration, environnement, énergie, etc., a affirmé M. Barroso. Et de conclure: « L'Europe peut gagner la lutte de la mondialisation, si nous nous modernisons ».
Le Fonds d'adaptation à la globalisation proposé par la Commission a été globalement bien accueilli, mais plusieurs dirigeants ont dit qu'ils souhaitent voir des propositions détaillées avant de se prononcer définitivement (voir EUROPE n° 9058). C'est tout à fait normal, a commenté M. Blair, car ils veulent, évidemment, être sûrs que la création de ce Fonds n'entraînera pas une augmentation du budget global de l'UE, et que l'argent est destiné à aider les travailleurs licenciés à se reconvertir et trouver un nouvel emploi, et non pas à protéger les entreprises qui ne sont pas aptes à faire face à la mondialisation. Là aussi, la Présidence, avec la Commission, va préparer des propositions concrètes pour le Sommet de décembre, afin que le Fonds puisse faire partie du paquet final sur les perspectives financières, a précisé M. Blair.
Quel sera finalement l'impact de la discussion de Hampton Court sur la recherche d'un accord sur les perspectives financières ? Boucler le budget 2007-2013 en décembre reste une tâche « très difficile » et un « défi énorme », « mais ce sera beaucoup plus facile grâce aux orientations fixées aujourd'hui », a estimé M. Blair. « Nous avons maintenant le contexte qu'il faut » pour faire avancer les négociations budgétaires vers leur phase finale, a-t-il dit. José Manuel Barroso considère que les orientations discutées jeudi constituent le « bon cadre » pour parvenir à un accord budgétaire en décembre. « Je suis plus optimiste aujourd'hui que je ne l'étais hier », a-t-il déclaré. « Un succès en décembre est indispensable, notamment pour les nouveaux pays membres », a répété le président de la Commission, qui a averti: « Si nous n'aboutissons pas en décembre, les nouveaux pays membres n'auront pas leur argent à temps ».
Jacques Chirac: ce serait bien d'avoir au moins une fois par an un Sommet de ce type
Lors de sa conférence de presse, le président français, Jacques Chirac, a jugé « très utile » cette réunion informelle du Conseil européen qui lui a rappelé les rencontres « au coin du feu » organisées par Georges Pompidou (président de la République française de 1969 à 1974). « Je considère qu'il est bon d'avoir régulièrement un temps de réflexion entre nous », a-t-il affirmé, avant d'ajouter: « c'est très utile de pouvoir faire autre chose que de défendre des intérêts immédiats de manière conflictuelle ». Selon lui, « on serait bien inspirés de faire au moins une fois par an un Sommet de cette nature ». Interrogé sur les sujets qui fâchent, comme le budget 2007-2013, M. Chirac a affirmé que la « quasi-totalité » des Etats membres souhaitent « dans les meilleurs délais » un accord « sur la base » des propositions faites en juin dernier par la Présidence luxembourgeoise. Le président français a par ailleurs réaffirmé que « la relation entre la France et l'Allemagne est incontournable », même après le passage de témoin à la chancellerie entre son ami Gerhard Schröder et la dirigeante conservatrice Angela Merkel. M. Chirac a assuré qu'il n'y aura « aucun changement » dans la relation franco-allemande, et a estimé qu'elle allait même se renforcer dans le domaine de l'agriculture, car « le nouveau gouvernement allemand et la chancelière allemande ont des positions qui sont spontanément beaucoup plus proches de la France ». « Ca ne peut que conforter notre position », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, M. Chirac s'est dit « tout à fait favorable » à la proposition de M. Barroso de créer un Fonds d'adaptation à la mondialisation, en précisant toutefois que les modalités de financement de ce mécanisme restent à définir. Il a suggéré, pour ne pas devoir augmenter le budget (une majorité de pays n'y serait d'ailleurs par favorable, a-t-il reconnu), d'utiliser les fonds structurels de chaque Etat membre qui souvent sont dépensés en retard. Des crédits pourraient ainsi être mobilisés dès l'apparition d'un problème particulier, comme les délocalisations. Devant la presse, M. Chirac a aussi souligné la nécessité de faire davantage en faveur de la recherche et de l'innovation, en réitérant sa suggestion que la Banque européenne d'investissement crée une nouvelle facilité de 10 milliards d'euros qui permettrait d'investir 30 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2013 en faveur de la recherche.
Au sujet du problème de l'immigration, la France a proposé, avec l'Espagne, que l'Europe adopte une approche conciliant la fermeté, le respect de la dignité humaine et le partenariat avec les pays concernés. Pour s'attaquer aux écarts de richesses entre les deux rives de la Méditerranée, il a appelé à la création de financements innovants (une taxation internationale), en estimant que la taxe sur les billets d'avions qui a été proposée constituait un projet « expérimental et modeste ». Quant au déclin démographique de l'Europe, M. Chirac a souligné l'urgence de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale et noté que la Commission avait été chargée de procéder à un état des lieux des perspectives démographiques et des politiques dans ce domaine, pour contribuer à cette prise de conscience et « nous inciter à travailler ensemble ».
Autre sujet mis en avant par la France: le changement climatique. Jacques Chirac a invité les pays de l'UE à mettre en place ensemble une politique énergétique permettant notamment de sécuriser et diversifier les approvisionnements, et à définir de nouveaux objectifs internationaux contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre après 2012. Il faudra aussi renforcer notre coopération avec les pays en développement, afin de les aider à concevoir un modèle de croissance propre, a-t-il plaidé. En outre, face aux catastrophes de grande ampleur, comme celle que connaît actuellement le Pakistan, il faudrait développer une capacité de réponse de l'Union, par exemple autour d'une Force d'intervention rapide européenne (FIRE) dont la France avait proposé la création au lendemain du Tsunami de décembre 2004.
Le dernier Sommet de Gerhard Schröder
Le chancelier allemand sortant Gerhard Schröder, qui a fait à Hampton Court ses adieux aux Conseils européens, a utilisé son dernier discours devant ses collègues pour insister sur la nécessité de parvenir à un accord budgétaire en décembre (lorsque l'Allemagne sera représentée par la chancelière Angela Merkel). « Nous attendons beaucoup de Tony Blair », a-t-il dit. L'Allemagne ne sera pas prête à faire des concessions supplémentaires par rapport à ce qui était prévu dans le compromis de la Présidence luxembourgeoise: « des dépenses supplémentaires ne seront pas possibles. C'est aussi la position du (futur) nouveau gouvernement allemand », a-t-il assuré. C'est pourquoi l'Allemagne est « plus que sceptique » sur le financement du Fonds d'ajustement pour la globalisation, a reconnu M. Schröder, qui refuse aussi des « budgets parallèles » pour financier ce Fonds. M. Schröder a aussi plaidé pour une politique d'harmonisation fiscale dans l'UE. Le prochain gouvernement allemand sous Angela Merkel augmentera les dépenses pour la recherche et le développement à 3% du PIB d'ici 2012, a-t-il annoncé par ailleurs. Le chancelier sortant a reçu un cadeau d'adieu de Tony Blair. « Ce n'est pas un cactus », a-t-il plaisanté devant la presse en faisant illusion aux divergences de ces dernières années, en particulier sur la libéralisation de l'économie et sur l'Irak. Au contraire, le Premier ministre britannique a « très amicalement » dit au revoir aux deux partants du Sommet: le Premier ministre polonais sortant Marek Belka et moi-même, a expliqué M. Schröder. « Avec lui, on peut bien se disputer », a constaté Gerhard Schröder, « mais notre relation personnelle est intacte, même si cela ne doit pas dégénérer en histoire d'amour ».
Optimisme de MM. Zapatero, Schüssel, Persson et Kalvitis
Le Premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a estimé lui aussi que le bilan du Sommet était « clairement positif », témoignant d'une « volonté de mettre l'Europe sur la bonne voie ». Dans le contexte des affrontements tragiques à Ceuta et Melilla, il a proposé à ses partenaires de l'UE de consacrer une enveloppe de 400 millions d'euros du budget de l'UE, dans la période 2007-2013, pour augmenter l'aide aux pays de transit et d'origine de l'immigration illégale. M. Zapatero, qui s'est dit convaincu que ces suggestions se traduiront par des mesures concrètes lors du Conseil européen de décembre, a aussi proposé de verser une aide spécifique en faveur des pays subsahariens pour augmenter leurs facultés de croissance, d'emploi et d'éducation.
Le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, qui dirigera le Conseil européen au cours du premier semestre 2006, s'est dit « très satisfait » des thèmes prioritaires retenus pour faire face la mondialisation. « Recherche, éducation, énergies renouvelables, immigration illégale… Ce sont tous des sujets très utiles, des sujets qui sont vraiment très importants », a-t-il estimé devant la presse. Toutes ces priorités devront se retrouver dans le budget 2007-2013, a-t-il souligné.
Pour le Suédois Göran Persson, la Présidence britannique est condamnée à un accord sur les perspectives financières sinon elle « apparaîtra comme n'ayant obtenu aucun résultat ». Il a estimé qu'il serait plus difficile pour Tony Blair de faire des concessions une fois que la présidence sera passée à l'Autriche au début de 2006. « Le Royaume-Uni joue un rôle-clé puisqu'il doit renoncer à une partie de son rabais et je pense qu'il sera bien plus difficile pour le Premier ministre de le faire à l'étranger que chez lui », a dit M. Persson.
Le Letton Algiardis Kalvitis s'est dit « maintenant plus optimiste » sur une solution sur les perspectives financières 2007-2013.
Les « quatre piliers » de Guy Verhofstadt
« Cette réunion était utile après quatre mois de silence au niveau de la politique européenne, au niveau de l'Europe. C'était bien de se revoir et tout le monde a pu ainsi esquisser la manière dont il voit l'avenir de l'UE », a déclaré devant la presse le Premier ministre belge Guy Verhofstadt. Les participants au Sommet ont pu discuter d'une question essentielle: quelle réponse l'Europe doit-elle donner à la mondialisation? « Depuis la chute du mur de Berlin, nous vivions dans un monde bipolaire avec les Etats-Unis en tête du point de vue politique, militaire. Et nous évoluons vers un monde multipolaire avec l'arrivée de la Chine, de l'Inde, du Japon, de l'Asie. Dans quelques années, la Chine sera la plus grande économie du monde, ce qui aura des conséquences aussi au niveau politique et militaire », a expliqué Guy Verhofstadt. Dès lors, a-t-il poursuivi, la question centrale pour l'UE est « de savoir quel rôle elle veut et peut jouer dans ce monde multipolaire », et si elle veut jouer un rôle important, « alors il faudra plus d'intégration européenne et il faudra donc créer une Europe politique, une Europe qui ne soit pas seulement un marché unique dans les décennies à venir ».
Que faire pour y arriver ? Guy Verhofstadt plaide pour la mise en place de quatre « piliers »: 1) « une politique extérieure plus forte, plus cohérente et pour laquelle on augmente le budget. Ceci se retrouvera d'ailleurs dans la proposition sur les perspectives financières 2007-2013 de décembre", a noté M. Verhofstadt ; 2) « une défense européenne, avec le renforcement de la cellule militaire et la constitution d'unités intégrées » ; 3) « la création d'un espace européen de justice et de sécurité ». Guy Verhofstadt a plaidé pour une « extension du système actuel de Schengen à un maximum de pays de l'UE », et s'est félicité d'entendre que la Présidence britannique était prête à « laisser tomber l'unanimité au Conseil dans ce domaine, pour le placer dans le Premier pilier »; 4) « une gouvernance socio-économique », ce qui signifie qu'il faut développer « une politique de convergence dans l'UE, et au moins dans la zone euro, donc dans l'Eurogroupe ». Le Premier ministre a aussi souhaité « une méthode appropriée pour moderniser l'Europe dans un monde globalisé ». Et de citer une étude de la Commission européenne publiée en juin dernier qui démontre que « si les charges qui pèsent sur le travail diminuent sérieusement, la croissance de l'UE augmentera tout comme le nombre d'emplois ».
Comment parvenir à une telle Europe politique capable de jouer un rôle dans le monde ? Guy Verhofstadt a insisté sur « une Europe qui développe des politiques convergentes », notamment dans la zone euro. « Il faut être clairs: il ne faut pas continuer avec l'Europe à la carte qui ressemble à une carte de restaurant ! », s'est exclamé le Premier belge. Selon lui, il faut en particulier développer une politique européenne de l'énergie: il ne faut pas confier ce travail à un groupe de travail intergouvernemental, c'est au commissaire responsable de l'Energie de le faire. « Le rôle important dans ce dossier doit revenir à la Commission », insiste M. Verhofstadt. Quant à l'innovation, tout le monde est d'accord pour augmenter son budget mais M. Guy Verhofstadt a jugé « plus urgent d'arriver à un accord sur le brevet européen ».
M. Balkenende: l'atmosphère des négociations budgétaires est nettement meilleure
Pour le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, l'Europe doit dire clairement aux citoyens quel est le sens qu'elle veut donner à son avenir et comment elle compte contribuer à améliorer leur qualité de vie, ceci surtout après l'échec des référendums en France et aux Pays-Bas sur le Traité constitutionnel. Ce Sommet informel « n'était pas un Sommet sur le choix entre les différents systèmes sociaux des Etats membres. Nous avons toujours 20 millions de chômeurs dans l'UE », a commenté Jan Peter Balkenende devant la presse. « Il faut être pragmatiques. Nous avons de nombreux projets sur la table (…), la stratégie de Lisbonne, le programme de La Haye par exemple », a-t-il constaté. En revanche, il a exprimé « des doutes sur le Fonds d'adaptation à la mondialisation », tout en précisant que sa création sera discutée, dans les semaines qui viennent, dans le cadre de la discussion sur les perspectives financières 2007-2013. A propos des perspectives financières, M. Balkenende a estimé que: « l'atmosphère est beaucoup plus constructive maintenant qu'en juin denier, la base pour reprendre les discussions est plus solide ». « Je pars d'ici avec un très bon sentiment », a-t-il déclaré à la presse.
Silvio Berlusconi profite de l'occasion pour critiquer la politique de la BCE
Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi a profité du Sommet pour critiquer encore une fois le Pacte de stabilité et la politique suivi par la Banque centrale européenne, aussi bien devant ses homologues que devant la presse. « La préoccupation dominante de la BCE est de contenir l'inflation, mais avec une économie en stagnation, il faut changer de perspective. Et l'économie doit être soutenue aussi par des interventions de dépenses publiques en déficit », a-t-il dit aux journalistes, en notant que les pays qui dépassent le plafond du 3% de déficit imposé par Maastricht « représentent 75% du PIB européen ».
« Ayons à cœur d'exporter nos valeurs, et pas seulement nos produits », plaide le Président Borrell
Toutes les actions proposées ici en faveur de la recherche, de l'innovation de l'excellence, sont « nécessaires, mais pas suffisantes », a déclaré pendant le Sommet Josep Borrell (qui a participé aux travaux de Hampton Court pendant toute la journée, alors que lors des Conseils européens formels le président du Parlement européen n'intervient qu'au début). M. Borrell a mis en garde: « Il y a de nombreux perdants dans la mondialisation, et il faudra du temps pour amortir les chocs. La Chine, où il n'y a pas de liberté syndicale, nous vendra bientôt des technologies, et pas seulement des T-shirts. Si l'on veut une société de cohésion à laquelle les citoyens adhèrent, il faut donc compenser les perdants. Les différences démographiques et de revenus (…) sont telles que le statu quo n'est pas tenable. Mais (…) les sociétés ont le droit d'exprimer leurs préférences collectives en matière d'agriculture, d'environnement, etc. Ayons à cœur d'exporter nos valeurs, et pas seulement nos produits ». Quant au défi de l'immigration, M. Borrell note que l'Europe a besoin d'immigrés et lance un autre avertissement: « N'oublions pas que dans les quinze ans qui viennent, vingt millions d'africains devront quitter leur terre en raison de la désertification ».
Le Commissaire Verheugen est déçu
Günter Verheugen, commissaire européen responsable de la Politique industrielle et des Entreprises, n'est pas satisfait des résultats du Sommet de Hampton Court (où la Commission était représentée uniquement par le Président Barroso, tout comme les chefs d'Etat et de gouvernement n'étaient accompagnés par aucun ministre, alors que le Haut représentant pour la PESC Javier Solana a participé aux travaux). M. Verheugen a dit au Bayerischer Rundfunk, cité par l'AFP, que ce qu'il avait entendu à propos du Sommet le rendait « très pensif, même triste ». Selon lui, la réunion est « allée dans la mauvaise direction ».
Satisfaction du Commissaire Spidla
Le commissaire chargé de la Politique sociale, Vladimir Spidla, s'est félicité dans une déclaration des résultats du Sommet et du soutien donné par Tony Blair, jeudi devant le Parlement européen, à la création d'un Fonds d'adaptation à la mondialisation. « Ce Fonds servira à aider directement les travailleurs victimes de situations de crise », a souligné le Commissaire. « Si un bateau coule, ce n'est pas le bateau qu'il faut sauver d'abord, mais les marins ! », lance-t-il, en insistant sur le fait que « ce Fonds doit être un instrument qui peut intervenir rapidement et de façon non bureaucratique ».