Bruxelles, 06/09/2005 (Agence Europe) - Le groupe des Verts/ALE au Parlement européen a invité le 31 août les 15 femmes maires de Turquie à débattre du rôle des femmes, en politique et dans l'ensemble de la vie sociale. La conférence était placée sous le patronage de Heide Rühle, vice-présidente du groupe des Verts/ALE. « Nous voulons présenter la Turquie sous un jour plus différencié. On connaît les difficultés des femmes turques mais on ne voit pas suffisamment leurs forces », a souligné Mme Rühle, lors de sa présentation des objectifs de la conférence. La Turquie, ce n'est pas seulement Ankara ou Istanbul, mais c'est surtout un territoire composé de plusieurs régions, avec des réalités différentes, et les femmes maires, dont l'existence reste très marginale, peuvent rendre compte du travail de développement qu'il reste à faire sur place, au niveau local et régional, témoigner d'une réalité différente de celle rapportée par leurs collègues masculins qui ont une autre sensibilité, a souligné la députée.
Les discussions ont permis aux représentantes turques d'apporter un témoignage parfois très émouvant des situations difficiles auxquelles elles se trouvent confrontées. Elles appellent à la solidarité européenne pour les épauler dans leur lutte pour améliorer le cadre de vie des citoyens dont elles ont la responsabilité, mais aussi pour faire évoluer une société encore très machiste et très méfiante à l'égard de la participation des femmes à la vie politique. Ce processus est très important pour la démocratisation du pays qui doit évoluer en ce sens s'il veut faire partie un jour de l'Union européenne, a souligné Songül Erol Abdil, maire de la ville de Tunceli (province de Tunceli), qui se veut optimiste: « Des assemblées se sont développées. On y travaille pour la participation des femmes et des jeunes ». Le problème reste les mentalités dans les campagnes, particulièrement hermétiques, y compris du côté de la population féminine elle-même, à la participation des femmes en politique. Les femmes constituent une frange de la population particulièrement fragile, constate par ailleurs Mme Erol Abdil. Dans les régions les plus reculées, le manque de transports publics, par exemple, affecte directement les femmes, principales usagères. Les voitures sont en effet exclusivement la propriété des hommes, la plupart du temps. Par ailleurs, le phénomène de migration de la population rurale, principalement dans les régions du sud-est, vers les villes, conduit à une paupérisation de la population féminine, les femmes étant les premières touchées par le chômage et victimes d'une politique de planification urbaine modelée selon les besoins masculins. « De nombreux services et politiques qui devraient être « neutres » ne sont en réalité pas adaptés aux besoins des femmes », a déploré, pour sa part, Yildiz Tokman, de l'organisation KADER, une ONG créée en 1997 qui encourage la participation des femmes à la vie politique et membre, depuis 2004, du Lobby européen des femmes. Une réalité qui pourrait être corrigée dans les faits grâce à une participation plus massive des femmes en politique locale, plus à même d'introduire les changements nécessaires. « L'égalité des genres est l'une des valeurs fondamentales de l'Union européenne (…) or le taux de participation des femmes au pouvoir politique est remarquablement bas en Turquie. Seulement 4,46% des parlementaires sont des femmes et il n'y a qu'une seule femme ministre », a-t-elle poursuivi. Au niveau local, la situation est plus triste encore, souligne-t-elle: 0,6% seulement des maires sont des femmes, 2,5% seulement d'entre elles participent aux conseils municipaux. Adoptée en 1996, la déclaration d'Istanbul Habitat II, selon laquelle les gouvernements ont l'obligation fondamentale de faciliter l'accès de la population à un logement, recommande, entre autre choses, aux autorités de créer ou de renforcer les politiques et pratiques en vue de promouvoir la pleine participation des femmes en matière de planification urbaine et rurale, a rappelé Mme Tokman. « Tout le monde est pour mais personne ne bouge ! » a-t-elle constaté. En vue de l'ouverture des négociations d'adhésion, la Turquie commence à se préoccuper de ces inégalités. « La Commission (européenne) reconnaît les progrès réalisés par la Turquie, qui a introduit notamment une clause plus stricte dans son code pénal pour rétablir plus d'égalité entre les sexes, contre les exactions et les violences à l'égard des femmes. Mais il existe toujours des sévices et des problèmes car les habitudes ne bougent pas. Un changement de mentalité est nécessaire, les réponses sur papier doivent suivre dans les comportements ! » a assuré pour sa part Fay Devonic, chef de l'unité « Equalité entre hommes et femmes » à la DG Emploi et affaires sociales. A l'issue des discussions, le problème de l'accès aux fonds européens a été largement commenté par les femmes maires qui déplorent le blocage de ces fonds par les autorités centrales: les communes les plus en difficulté ne peuvent plus avoir accès à ces fonds, à cause de leurs dettes, or ce sont elles qui en ont le plus urgent besoin, a souligné Heide Rühle qui conclut: « Il faut une plus forte décentralisation, une nécessité qui sera abordée dans les négociations d'adhésion » a-t-elle assuré en promettant le soutien du Parlement européen, en collaboration avec le Comité des régions, à ce processus.