Strasbourg, 06/09/2005 (Agence Europe) - Les membres du Parlement européen ont lancé un appel, lundi à Strasbourg, en faveur du renforcement des mécanismes de protection civile afin d'éviter des pertes en vies humaines et des dégâts de grande ampleur lors de catastrophes naturelles comme celles qui ont touché de nombreux pays de l'UE (inondations, sécheresse et feux de forêts) et, récemment, les Etats-Unis (cyclone Katrina).
Au nom de la Commission européenne, le Commissaire responsable de l'Environnement, Stavros Dimas, a rappelé la sécheresse terrible qui sévit dans la péninsule ibérique, les incendies qui ont détruit près de 180 000 hectares de forêts au Portugal, les inondations qui ont frappé le centre et l'Est de l'Europe. Il a estimé que le mécanisme communautaire de protection civile, qui a été activé après les inondations en Roumanie et en Bulgarie et au moment des feux de forêts au Portugal, est devenu un « instrument indispensable » pour la coordination de l'assistance européenne. A la demande du Portugal, le mécanisme européen de protection civile a permis d'organiser l'envoi, en 24 heures, d'avions et d'hélicoptères français, italiens, espagnols, allemands et néerlandais pour aider les pompiers portugais. Ces renforts ont permis de contenir les feux en l'espace de quelques jours, s'est félicité M. Dimas. Il a rappelé aussi que l'instrument communautaire a permis d'aider la Bulgarie et la Roumanie, les deux pays les plus touchés par les inondations. Le Commissaire a plaidé toutefois en faveur d'une « amélioration » du système communautaire de protection civile, notamment en ce qui concerne le transport de l'aide et la location, à des pays-tiers, de flottes aériennes de lutte contre les feux de forêt. Mais il faudra, pour cela, disposer de fonds communautaires, a-t-il souligné, avant d'ajouter: « Il ne faut pas attendre un autre désastre avant de renforcer notre système ».
M. Dimas a énuméré enfin les mesures qui existent dans le domaine de la prévention, de la protection et de la réhabilitation des zones affectées par des catastrophes naturelles: - dans le cadre des programmes de développement rural, le Portugal dispose de 149 millions d'euros pour la période 2000-2006 et l'Espagne 820 millions d'euros ; - le règlement « Forest focus » prévoit 65 millions d'euros pour la période 2003-2006, dont 9 millions d'euros pour la prévention des feux de forêts ; - le Fonds de solidarité de l'UE va fonctionner pour les inondations en Roumanie et en Bulgarie.
Nous ne devons pas nous résigner et nous laisser aller à la fatalité face à ces catastrophes qui se répètent, une année après l'autre, mais essayer de comprendre leurs causes, a exhorté pendant le débat Gerardo Galeote Quecedo (PPE-DE, espagnol), qui a proposé au nom de son groupe la création d'une commission temporaire du Parlement européen pour examiner comment mieux maîtriser la situation à l'avenir. La socialiste espagnole Rosa Migueles Ramos a suggéré quant à elle la création d'un Observatoire de la sécheresse en Europe. Le socialiste portugais Paulo Casaca, originaire lui aussi d'un pays durement frappé par des incendies meurtriers, a souligné la dimension de ces catastrophes: nous ne pouvons pas éluder le problème, nous devons mettre en oeuvre une véritable politique pour nos forêts, afin de pouvoir mieux les protéger, a-t-il insisté. La solidarité à elle seule ne suffit pas, a averti Vittorio Prodi (ALDE, italien), qui voit dans les événements extrêmes de cet été une dimension du changement climatique et qui martèle: faisons de la prévention, veillons à notre « sécurité hydraulique, à notre sécurité géologique », défendons nos ressources. Ces désastres sont en partie dus à l'homme, a souligné le vert luxembourgeois Claude Turmes qui, comme plusieurs de ses collègues, a cité aussi la tragédie provoquée par Katrina dans le sud des Etats-Unis: les experts nous avertissent depuis longtemps sur les effets du réchauffement de la planète, a-t-il lancé. Pedro Guerreiro (GUE/NGL, portugais) a souligné pour sa part le rôle que l'UE peut et doit jouer, en plaidant pour le recours au Fonds de solidarité de l'Union et, au-delà de l'action immédiate, pour une politique réellement écologique. Je viens d'une région frappée (par les inondations), le Voralberg, mais ce qui est arrivé au Portugal me touche tout autant, a déclaré pour sa part le non inscrit autrichien Hans-Peter Martin. Dans ma région, a déploré le social-démocrate autrichien Herbert Bösch, il y a des gens qui ont tout perdu pour trois ans d'affilée et doivent recommencer à zéro: faisons jouer notre programme de recherche afin de mieux combattre ces catastrophes qui passent par-dessus les frontières, a-t-il suggéré. La Bavière est une autre région qui a souffert des inondations de cet été, et l'élu de la CSU Markus Ferber a plaidé lui aussi pour une intervention adéquate et suffisamment rapide du Fonds de solidarité. Une petite région viticole de mon pays a été pratiquement détruite, et la Roumanie voisine est bien plus durement frappée, a noté Laszlo Surjan (PPE-DE, hongrois), qui s'est réjoui de l'élan de solidarité auquel on a assisté, tout en regrettant que les réactions soient souvent trop lentes. Janusz Wojciechowski (PPE-DE, polonais) a demandé que, au cours des prochains mois, « avec du calme », on lance un débat général sur le système de prévention des catastrophes et d'aide en cas de catastrophe, afin de le rendre plus efficace et « maniable »: la Commission doit faire des propositions, a-t-il estimé. Quant à Oldrich Vlasak (PPE-DE, tchèque), il a dit que, comme maire de sa ville, il a pu constater l'ampleur de la catastrophe dans son pays: n'oublions pas les inondations en Suède et dans les pays baltes au début de l'année, a-t-il plaidé. En France, nous avons eu à la fois les inondations dans les Alpes et les incendies en Provence, a rappelé Françoise Grossetête (PPE-DE, française). La proposition de la Commission sur la politique de la forêt me semble « un peu timide », a déploré Véronique Mathieu (PPE-DE), pour qui la forêt « mérite mieux qu'un strapontin entre l'environnement et l'agriculture »: créons une Agence pour la forêt et, « pourquoi pas rêver, pourquoi ne pas avoir une Direction générale pour la forêt » (à la Commission européenne), a-t-elle lancé.
Le conservateur britannique Nirj Deva avait, avant le débat, proposé une intervention d'Echo, l'Office humanitaire de la Commission, en faveur des victimes de Katrina aux Etats-Unis.
En répondant aux députés, le Commissaire Stavros Dimas a souligné l'importance de l'aide offerte «spontanément » par beaucoup d'Etats membres aux pays concernés, tout en avertissant que sans une réelle coordination, on risque les doubles emplois et les gaspillages. Quant aux Etats-Unis, M. Dimas a rappelé que « nous avons reçu une demande (d'aide) seulement hier », mais que les experts de la Commission étaient en contact avec les autorités américaines déjà depuis plusieurs jours. Nous nous tenons prêts à apporter toute aide qui serait souhaitée, a-t-il ajouté.