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Bulletin Quotidien Europe N° 9021
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Clarification des orientations britanniques pour l'Europe future

Un succès compréhensible, mais … Le succès obtenu, aussi bien dans l'hémicycle du Parlement européen qu'auprès des commentateurs, par le discours prononcé par Tony Blair au moment où son pays assumait la présidence du Conseil de l'UE, est compréhensible. Qui pourrait rejeter des concepts aussi évidents que le renforcement de la compétitivité économique de l'UE, la réduction du chômage, la modernisation des politiques communes, un effort amélioré de recherche ? D'autant plus que le Premier ministre britannique avait exprimé en même temps son soutien à une Europe ayant des ambitions politiques et poursuivant des objectifs sociaux. Il est vrai que, même au sein des groupes socialiste, ALDE et du PPE-DE, un certain nombre de parlementaires avaient dénoncé tout de suite le caractère trop vague de ce discours. Je cite presque au hasard. Selon le Polonais Jan Kulakowski, Tony Blair n'avait indiqué «aucune piste concrète pour sortir de la crise budgétaire et constitutionnelle ». Pour le Français Jean-Louis Bourlanges, son discours « n'apportait aucune réponse ni sur la Turquie, ni sur le budget, ni sur la Constitution ». Le Belge Philippe Busquin s'interrogeait: « Quid de ses axes du travail ? Concrètement, il n'a rien annoncé ». Je pourrais poursuivre ma liste, de Jacques Toubon (pour qui le Premier ministre britannique avait simplement apporté une preuve supplémentaire de ses capacités dialectiques) à Jean-Luc Dehaene (qui a la saine habitude de se méfier des idées générales et veut du concret) et à quelques élus des nouveaux Etats membres. Mais, en général, ce discours du 23 juin à Bruxelles avait été accueilli comme l'annonce du renouvellement d'une Europe sclérosée.

Le franc-parler de Gordon Brown… Ensuite, l'analyse des textes et les réactions dans plusieurs capitales ont refroidi les enthousiasmes. Ce que Tony Blair avait laissé dans le vague, a été précisé notamment par son dauphin présumé, le chancelier de l'Echiquier Gordon Brown. Je reprends le compte-rendu de son intervention du 12 juillet devant la commission économique et monétaire du Parlement européen, tel qu'il a été établi par l'association «Confrontations Europe» à l'intention de ses membres: « Selon Gordon Brown, la mondialisation rend caduque la vision des pères fondateurs d'une dynamique de l'intégration créatrice d'une identité économique européenne. (…) Selon lui, si, dans la première partie de la construction européenne, on pouvait se concentrer sur des règles internes et sur la protection de notre marché, actuellement il n'y a plus de protection et il faut s'adapter ». Dans ce contexte, le ministre britannique estime nécessaire de s'engager fermement « vers des relations commerciales plus ouvertes avec le reste du monde, à travers des propositions ambitieuses pour la conférence OMC de Hong-Kong, un dialogue renforcé avec la Chine, l'Inde et le reste de l'Asie et la fixation au plus haut niveau possible de la relation transatlantique ». L'enjeu social doit s'intégrer dans cette stratégie: on ne peut pas affirmer aujourd'hui que le modèle social européen est « équitable » ou « efficace », alors qu'il y a 20 millions de personnes sans emploi et que près de la moitié le sont depuis plus d'un an. Gordon Brown reconnaît que les standards sociaux doivent rester élevés et qu'on ne peut pas « faire la course à la compétitivité par les bas salaires », mais bien des choses doivent être modifiées et « il faut aller vers de nouveaux emplois plutôt que de protéger les emplois caducs ». Quant au budget communautaire, le ministre nous a servi une fois de plus le slogan bien connu selon lequel « il faut cesser de consacrer 40% du budget communautaire à l'agriculture qui ne représente que 4% du produit européen et 2% de l'emploi ».

…et de Peter Mandelson. Quelques jours plus tard, le Commissaire européen de nationalité britannique Peter Mandelson préconisait un programme d'action de la Commission impliquant - à côté des incitations logiques en faveur du nouveau programme de recherche- les initiatives suivantes: « Une réforme radicale du régime des aides d'Etat ; la révision de la directive REACH ; la relance de la directive 'services' révisée; la mise en œuvre d'une politique industrielle moderne qui ne soit pas vue comme un retour à l'interventionnisme du passé ; la redéfinition des priorités des Fonds structurels loin des projets d'infrastructure vieux style » (Communiqué de presse de la Commission du 20 juillet dernier).

Ces textes fournissent un avant-goût des orientations britanniques pour l'Europe de demain, au-delà de la simple affirmation de la nécessité des réformes. L'exigence des réformes n'a pas été découverte il y a deux mois à Londres; en ce domaine, l'UE a déjà fait de son mieux avec «la stratégie de Lisbonne », et ce sont les mises en oeuvre nationales qui font défaut dans une bonne partie des Etats membres. Certaines des orientations et des modalités indiquées par Gordon Brown et par Peter Mandelson ont suscité des perplexités, voire des réactions franchement négatives dans quelques capitales. J'en rendrai compte dans les prochains jours. (F.R.)

 

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