Bruxelles, 05/07/2005 (Agence Europe) - C'est un Sommet du G8 sous haute tension qui s'ouvrira mercredi soir à Gleneagles (Ecosse) sous la présidence du Premier ministre britannique, Tony Blair. Aux tensions provoquées lundi par les échauffourées des manifestants altermondialistes réunis en contre-sommet à Edimbourg, s'ajoutaient celles dont témoignent les déclarations on ne peut plus contradictoires de certains dirigeants des huit pays les plus industrialisés de la planète à propos du changement climatique.
A la confiance du président Jacques Chirac, déclarant avoir bon espoir que les Huit s'orientent vers un accord après des discussions difficiles entre délégués desdits pays (EUROPE n° 8983), ont succédé, lundi, les indications de la presse britannique faisant état d'un projet de communiqué final du G8 qui reconnaîtrait la part de responsabilité de l'activité humaine dans le réchauffement planétaire et contiendrait une référence explicite au Protocole de Kyoto, seul instrument international contraignant pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, que les Etats-Unis ont refusé de signer. Il s'agit là de deux éléments essentiels puisqu'ils constituaient, il y a peu, la pomme de discorde entre les Etats-Unis, initialement opposés à ces deux références (EUROPE 8982), et les dirigeants des sept autres pays (Allemagne, Canada France, Italie, Japon, Royaume-Uni et Russie). Dans l'intervalle, le président George W. Bush a jeté un pavé dans la mare en qualifiant le Protocole de Kyoto « d'accord pourri pour l'économie américaine », dans une interview télévisée diffusée lundi soir sur ITV. « Si vous essayez de me faire dire que je suis en faveur du Protocole de Kyoto, ma réponse est non », a martelé le président américain, en rappelant qu'il compte sur le G8 pour discuter de l'échange de technologies propres avec des pays émergents comme la Chine et l'Inde.
Une manière de faire comprendre à Tony Blair qu'il ne doit pas espérer convaincre le président Bush de souscrire au Protocole de Kyoto, ni même de s'engager, pour son pays, à des réductions contraignantes et chiffrées des émissions de gaz à effet de serre. Cela n'entame en rien la confiance du ministre des Affaires étrangères britannique, Jack Straw, qui a déclaré mardi « rester optimiste » quant à l'issue du G8. A quelques mois de la reprise des négociations internationales sur les changements climatiques (Montréal, décembre) visant à intensifier la lutte contre le réchauffement planétaire avec le plus grand nombre de pays, au-delà de la première période d'engagements du Protocole de Kyoto (le Protocole prévoit une réduction, par les pays industrialisés, de 5,2 % des émissions globales d'ici à 2012 par rapport au niveau atteint en 1990), un échec du Sommet du G8 sur le climat serait lourd de conséquences.
Dans un communiqué, l'ONG de défense de l'environnement Friends of the Earth International (FoEi), rappelle que les pays du G8 sont historiquement responsables de 65% des émissions globales de gaz à effet de serre, et qu'il leur appartient donc d'agir pour rétablir l'équilibre en procédant à des réductions significatives de leurs émissions actuelles. Cela vaut, tout particulièrement pour les Etats-Unis « qui sont le plus grand pollueur au monde en contribuant à un quart des émissions globales en ne représentant que 4% de la population mondiale », souligne FoEi. Des pays du G8, l'ONG dit attendre un engagement sur les points suivants: - une augmentation moyenne de la température globale qui n'excède pas 2 degrés celsius au-dessus du niveau préindustriel ; - des réductions substantielles de leurs émissions nationales de gaz à effet de serre, assorties d'un calendrier ; - des mécanismes de financement novateurs et substantiels pour accroître et diversifier les sources énergétiques ; - une aide urgente aux pays en développement qui sont déjà aux prises avec les effets dévastateurs du climat.
« Nous espérons que la visite du G8 en Ecosse débouchera sur quelque chose de significatif pour mettre un terme à la pauvreté globale et œuvrer à la justice climatique. L'impact du changement climatique sera le plus sévère dans les pays qui manquent de ressources pour y répondre. Il est de la responsabilité morale des leaders du G8 de réduire leurs émissions et de prendre le leadership dans l'éradication de la pauvreté », déclare Duncan McLaren, directeur exécutif de Friends of the Earth Ecosse.