Luxembourg, 02/06/2005 (Agence Europe) - « Nous sommes arrivés à un moment essentiel de notre processus avec les partenaires de la rive Sud de la Méditerranée », a déclaré Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères, président du Conseil de l'UE, à la fin de la 7ème session ministérielle Euromed, qui a eu lieu le 30 et le 31 mai à Luxembourg (EUROPE n° 8958). Cette réunion a ouvert la voie aux célébrations du 10ème anniversaire du processus de Barcelone qui seront couronnées par une probable « rencontre extraordinaire à haut niveau » entre chefs d'Etat comme l'a clairement laissé entendre le président du Conseil, les 27 et 28 novembre prochains dans la capitale catalane. A Luxembourg, a indiqué M. Asselborn, la tâche était de « dresser un bilan exhaustif » et de tracer les grandes lignes pour l'avenir, dans des conclusions qui sont pour la première fois communes. M. Asselborn voit dans cette entente un « atout essentiel pour l'avenir » du partenariat et pour le renforcement du dialogue. « Ensemble, avec les partenaires méditerranéens, nous avons réussi à consolider nos relations de telle sorte que la première session plénière de l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne (APEM) a pu se tenir au Caire, au mois de mars de cette année. Cette Assemblée parlementaire répond aux besoins de légitimité démocratique revendiquée par nos sociétés et renforce la transparence du processus », a-t-il rappelé, en citant aussi en exemple la Fondation Anna Lindt qui prouve, à son avis, la volonté de dialogue: « Aujourd'hui, nous avons eu la preuve que non seulement plus personne ne pense à quitter le Processus de Barcelone, mais qu'au contraire, d'autres pensent à le rejoindre » faisant référence à une demande formelle d'adhésion de la Mauritanie (signataire de l'Accord de Lomé). La réponse lui sera donnée après « examen dans les instances compétentes », a indiqué M. Asselborn.
Cependant, pour parvenir à ces conclusions communes, il a fallu des négociations serrées, principalement sur les thèmes liés à la promotion de la démocratie, la bonne gouvernance et le respect des droits humains. Ce que confirme M. Asselborn en indiquant que « la discussion n'a pas été facile », car « directe et franche ». La partie arabe a bataillé pour que soit éliminée du texte conjoint toute référence à des mesures pratiques de nature politique, notamment celles proposant de créer un « mécanisme de surveillance des processus électoraux » et un mécanisme pour veiller au bon fonctionnement des médias. Le ministre égyptien, porte-parole du groupe arabe, a répété sur tous les tons que le dialogue politique ne doit pas se transformer en ingérence, chaque pays ayant le droit de mener des réformes à son rythme et en fonction de ses propres spécificités. « Nous avons réussi » à maintenir la déclaration dans « des limites raisonnables », a estimé Ahmed Aboul Gheit. Mais des nuances ont été exprimées par d'autres, comme la Jordanie, dont le ministre s'est plutôt félicité du texte, en notant: « la Jordanie n'a pas attendu, et elle a déjà franchi d'importantes étapes dans la voie des réformes ». Il a été finalement possible de conclure ce débat en renvoyant à d'autres échéances l'établissement de mesures pratiques. « Je ne dis pas après nous le déluge mais après nous le Royaume-Uni », qui en tant que prochaine présidence du Conseil aura la tâche de négocier avec les pays partenaires, a commenté M. Asselborn, dont l'humour n'est sans doute pas gratuit, sachant que Londres a déjà marqué, dans une lettre, sa ferme volonté d'accentuer les discussions sur le volet politique d'ici le « Sommet » de novembre à Barcelone. La perspective inquiète les pays partenaires qui militent pour la préservation de « l'équilibre entre les trois piliers » (politique, économique et social et culturel) contre la prédominance d'un seul, le politique. La méfiance du groupe arabe est également reflétée dans l'inquiétude, manifestée par l'Egypte et dans une moindre mesure par l'Algérie et le Maroc de voir la politique de « voisinage » (introduction du principe de conditionnalité politique dans l'octroi des aides) supplanter le processus de Barcelone, et cela malgré les assurances données par la Commission européenne. Le ministre marocain, Taïeb Fassi Fihri, a, selon l'agence MAP, souhaité que le Partenariat euroméditerranéen « ne soit pas dilué » dans la Politique européenne de « voisinage », car « le champ de cette politique couvre une zone plus large, incluant également des pays d'Europe de l'Est ». Le ministre égyptien, dont le pays mène pourtant des conversations exploratoires, a estimé que la mise au point d'un «plan d'action» pour son pays au titre de la politique de voisinage demandera « beaucoup de temps ». Le débat a accessoirement porté sur les contacts que l'UE aurait l'intention d'établir avec des partis islamistes proscrits dans des pays participant au processus euro-méditerranéen. « Nous pourrions admettre un dialogue avec les partis islamiques qui se conforment à la constitution de leurs pays mais pas avec ceux qui brandissent le Coran en affirmant qu'il est leur seule constitution », a-t-on entendu dire. Le principe d'une plus grande implication des sociétés civiles est affirmé. La partie européenne a par ailleurs obtenu que s'ouvre une discussion ordonnée sur la question des ADM (armes de destruction massive) et le principe d'une rencontre ad hoc est retenu pour explorer la voie d'un accord méditerranéen sur ce thème, malgré une réserve d'Israël.
En dépit des discussions intenses sur le détail, l'UE comme ses partenaires ont consigné dans le texte final leur attachement unanime au processus, devenu un « cadre solide » de relations. De manière générale, ils confirment l'intérêt de mener à bien les accords d'association, avec le souhait que les Etats membres accélèrent les procédures de ratification pour ceux qui ne sont pas encore mis en œuvre. La Commission européenne a réitéré pour sa part sa conviction que la politique de « voisinage » contribuera à approfondir et à consolider davantage cette coopération décennale et les partenaires ont tous convenu de mettre fin aux lenteurs qui affectent parfois les actions dans le cadre EuroMed et d'améliorer les méthodes de travail commune. Le principe d'une réunion formelle des ministres des Affaires étrangères tous les 18 mois (et d'une session informelle intermédiaire) est retenu, avec le souhait qu'il y ait chaque fois des conclusions conjointes. Le Comité des hauts fonctionnaires a pour instruction de veiller davantage au suivi des décisions et à leur mise en oeuvre. L'accent a été mis aussi sur le besoin de contribuer au développement de la coopération « Sud-Sud » par le biais de l'accord d'Agadir. Tous les thèmes liés à la coopération économique (agriculture, industrie, énergie, transports, environnement, etc.) ont été examinés. On retiendra que la déclaration finale est en deçà des attentes européennes concernant le secteur des services: les pays partenaires, qui ont accepté le principe d'une libéralisation de ce secteur dans leurs pays, n'ont pas voulu à ce stade s'engager à l'englober dans le libre-échange. Il a été aussi question du fonctionnement de la FEMIP (Facilité pour l'investissement gérée par la BEI), les pays partenaires rappelant la possibilité de la transformer en filiale, solution d'attente avant d'envisager un jour la création d'une Banque Euromed. Benita Ferrero-Waldner a détaillé les différentes actions que la Commission propose de mener dans les 5 années à venir si les Etats membres lui donnent le « feu vert », mettant l'accent sur l'éducation et la formation, l'appui aux réformes politiques, à une croissance économique durable et à l'emploi.
Solana: promouvoir une « identité méditerranéenne »
Javier Solana, le Haut représentant pour la politique européenne commune de sécurité, a donné des assurances à la partie arabe concernant le processus de paix au Moyen-Orient, affirmant que, pour l'UE, le retrait israélien de Gaza devra être suivi par la mise en œuvre intégrale de la « feuille de route ». Sur le dialogue politique, il les rassure également en disant que l'objectif est d'instaurer un « partenariat entre égaux » et en affirmant que « les droits de l'homme sont l'oxygène » de la démocratie et du développement. « Ce que nous allons faire, c'est rapprocher les points de vue des deux côtés et non agir seuls », a-t-il dit. Dans le processus de Barcelone (dont il fut l'un des initiateurs), ce dialogue, a-t-il souligné, est « une des réponses que l'UE apporte à la mondialisation », il crée un « réseau de relations solides » et un « laboratoire d'idées », afin de concevoir ensemble l'avenir de la région sur la base de l'interdépendance, en particulier dans le domaine de la sécurité, ce qui devrait conduire finalement à l'émergence d'une « identité méditerranéenne ».