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Bulletin Quotidien Europe N° 8960
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Double stratégie de Jean-Claude Juncker pour essayer de remettre sur les rails la construction européenne

Après le double rejet de la Constitution européenne en France et aux Pays-Bas, le président du Conseil européen Jean-Claude Juncker a retenu une double stratégie pour essayer de remettre sur les rails la construction européenne, sérieusement atteinte, et pour lancer un message de confiance aussi bien aux peuples européens qu'au monde extérieur qui s'interroge. Ses déclarations de mercredi soir à la presse indiquaient la direction (voir les pages suivantes). En répondant ensuite à des questions et en poursuivant le dialogue avec quelques journalistes, il a précisé et surtout expliqué ses orientations, sans toutefois afficher un optimisme excessif, car en l'absence d'une prise de conscience et d'un sursaut d'orgueil européen par tous les Etats membres, l'Europe s'enfoncerait dans la grisaille. Il faut « prouver au monde extérieur que l'Europe fonctionne, que l'Europe est en marche et qu'elle sait décider », a dit le président dans la déclaration officielle, en précisant ensuite que « hors d'Europe le doute s'installe, et ceci réduit le poids de l'UE dans le monde et la confiance dans sa monnaie ».

« L'ardente obligation » d'adopter les perspectives financières. L'objectif d'adopter ce mois-ci les perspectives financières 2007-2013 était déjà dans le programme de la présidence. A la lumière des événements récents, cet objectif est devenu une «ardente obligation», a déclaré M. Juncker. C'est dans ce but qu'il est en train de rencontrer tous les chefs de gouvernement, l'un après l'autre, exercice qui n'est pas une partie de plaisir et qui lui a permis de constater qu'il existe encore dans les positions nationales «des excès, soit vers le haut, soit vers le bas», ce qui signifie en clair que certains gouvernements s'efforcent d'utiliser la situation difficile actuelle pour réduire les dépenses de l'Union, d'autres pour les augmenter en tant que réponse au scepticisme. Chacun a ses raisons, mais la décision doit être unanime et rien ne sera donc possible si chacun campe sur ses positions ou menace de faire jouer son droit de veto.

L'ardente obligation d'un accord presque immédiat sur les perspectives financières représente le premier volet de la stratégie anti-crise.

Changer le message européen. L'échec des deux derniers référendums ne doit pas conduire à critiquer cette forme de consultation populaire. Au contraire, selon M. Juncker, « les référendums s'imposent encore plus, car il est prouvé qu'ainsi les peuples débattent réellement de l'Europe, et qu'ils participent au vote ». Mais on a constaté en même temps que ni les débats ni les votes ne portent sur le contenu de la Constitution mais sur l'Europe en général, sans tenir compte des améliorations que la Constitution comporte, et que les motivations du non sont diverses et parfois parfaitement contradictoires. C'est la signification des phrases-clé de la déclaration officielle du président: « Les Pays-Bas ont voté non après la France mais ils n'ont pas voté comme la France. (…) On n'aime pas l'Europe telle qu'elle est et par conséquent on rejette l'Europe telle qu'elle est proposée par le traité constitutionnel ».

Il est alors nécessaire d'accepter le débat non pas sur le texte de la Constitution, mais sur l'unité de l'Europe en elle-même. En marge de la conférence de presse officielle, Jean-Claude Juncker a expliqué: « nous avions cru que les avantages et les mérites de l'Europe sont si évidents qu'il n'était même plus nécessaire de les citer ». Les faits prouvent que c'était une illusion ; les gens oublient, les nouvelles générations ignorent. Il est alors nécessaire d'expliquer la réalité. L'unité de l'Europe signifie la paix et la stabilité, et deux semaines de guerre coûtent comme dix années de budget communautaire. L'euro nous protège contre les crises financières et monétaires mondiales, qui autrefois frappaient de plein fouet les pays européens isolés ; elles continuent à provoquer des désastres ici ou là dans le monde alors qu'elles glissent sur l'Europe sans l'atteindre. On pourrait poursuivre cette liste des acquis de l'Europe. Je me permettrai de citer prochainement d'autres phrases de Jean-Claude Juncker qui clarifient ce qu'il pense du ton minable pris parfois par le débat politique sur l'Europe.

Conditions loin d'être acquises. La stratégie de M. Juncker comporte donc essentiellement deux volets: l'approbation presque immédiate des perspectives financières 2007-2013 donnant à l'UE des ambitions et un programme, et la réorientation du message européen en vue des ratifications de la Constitution qui doivent encore intervenir. Mais le succès de cette stratégie présuppose des conditions qui sont loin d'être acquises, en particulier la relance de la notion de solidarité, très sérieusement affectée, à mon avis, par les événements récents. Beaucoup de signes semblent indiquer que le mot « solidarité » a disparu du vocabulaire européen.

(F.R.)

 

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