Bruxelles, 01/06/2005 (Agence Europe) - Trois jours après le « non » des Français, les Néerlandais étaient à leur tour appelés le 1er juin à se prononcer par voie de référendum (le premier dans l'histoire du pays depuis 200 ans) sur la Constitution européenne. Alors que les derniers sondages donnaient le « non » gagnant avec près de 60% des voix, le Premier ministre Jan Peter Balkenende avait lancé mardi soir un ultime appel à ses compatriotes, dans une interview télévisée, pour qu'ils votent « oui pour faire progresser l'économie ». « L'avenir des Pays-Bas est en Europe », a-t-il dit, affirmant « comprendre, mais pas partager » les craintes d'une partie de ses compatriotes pour la perte d'influence des Pays-Bas au sein d'une Union à 25. Après la publication du résultat officiel mercredi soir, les Présidents des trois institutions européennes, José Manuel Barroso (Commission), Jean-Claude Juncker (Conseil) et Josep Borrell (PE), avaient l'intention de faire une déclaration commune à la presse à Bruxelles.
Le même jour, la Commission européenne a eu un « débat approfondi » sur les résultats du référendum en France, « un débat dont l'objectif était d'avoir un premier échange de vues sur la situation telle qu'elle se présente après le « non » français », a expliqué à la presse la porte-parole de la Commission, Françoise Le Bail. « Il s'agissait d'un premier pas dans la réflexion générale (de la Commission) qui se poursuivra jusqu'au Conseil européen des 16 et 17 juin », a-t-elle dit, en précisant que le Président Barroso avait informé ses collègues de la position qu'il avait prise avec les Présidents du Conseil et du Parlement européen dimanche soir (EUROPE n°8957) avant de laisser chaque Commissaire « exprimer son sentiment ». Le résultat en est que « tous les Commissaires estiment que les Etats membres ont pris des engagements et qu'il appartient maintenant aux Etats membres de décider ce qu'ils entendent faire » pour débloquer la situation, a ajouté Mme Le Bail. Il semble néanmoins que certains Commissaires aient estimé que la Commission ne devrait pas se contenter d'une simple politique de « business as usual » mais qu'elle devrait plutôt essayer de jouer un rôle actif et plus visible pour contribuer à sortir l'UE de la crise actuelle.
La suggestion (relancée lundi par le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel: voir EUROPE n° 8958) de tenir un référendum européen sur la Constitution qui aurait lieu le même jour dans tous les 25 pays membres de l'UE « semble être une bonne idée », a affirmé mercredi le porte-parole de la vice-présidente de la Commission, Margot Wallström. « Peut-être, à l'avenir, un tel référendum serait quelque chose qui pourrait mobiliser les citoyens et faire en sorte qu'ils s'intéressent à l'Europe et qu'ils votent sur l'Europe », a-t-il estimé. Il a cependant rappelé que les règles constitutionnelles dans certains pays membres (comme l'Allemagne où la Constitution ne prévoit pas la possibilité de convoquer des référendums) pourraient rendre difficile la tenue d'un tel référendum européen.
Entre-temps, le Président du Conseil européen, Jean-Claude Juncker, a poursuivi mercredi à Luxembourg ses consultations pré-sommet en recevant, successivement, les Premiers ministres de Slovaquie, Mikulas Dzurinda, et du Portugal, José Socrates (qui a rencontré le Président Barroso mercredi soir à Bruxelles) ainsi que le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel.
A Prague, le Premier ministre tchèque Jiri Paroubek a annoncé qu'il proposerait au Conseil européen des 16 et 17 juin que la date limite pour la ratification de la Constitution soit repoussée au-delà de novembre 2006. Au Danemark (qui a prévu d'organiser un référendum le 27 septembre), le Premier ministre Anders Fogh Rasmussen a estimé que pour aller de l'avant avec la ratification, il faudra être sûr que le traité sur lequel les Danois voteront sera celui qui entrera aussi en vigueur à la fin du processus. M. Rasmussen s'est aussi prononcé contre une renégociation du texte (tout comme l'a fait mercredi à Varsovie le Premier ministre polonais, Marek Belka) estimant que c'était à la France de trouver une solution, tout comme le Danemark l'avait fait après le rejet du traité de Maastricht en 1992. En Suède, où le Parlement devrait se prononcer sur la Constitution en décembre, la pression monte en faveur d'un référendum, demandé désormais par 65 % des Suédois, selon un sondage publié mardi.