Bruxelles, 31/05/2005 (Agence Europe) - Le vote du Parlement sur la proposition de règlement visant à harmoniser dans l'UE l'utilisation des allégations nutritionnelles et de santé à propos des aliments, a provoqué une grande déception chez les défenseurs des consommateurs et de la santé publique (EUROPE n° 8955). Le fait que le Parlement ait supprimé l'article 4 sur le profil nutritionnel des aliments et remplacé le système d'autorisation préalable proposé (qui aurait fait intervenir l'Autorité européenne de sécurité des aliments), par une simple procédure de notification par les fabricants ou les importateurs, sont les deux modifications qui ont été le plus vivement critiquées, à commencer par le rapporteur Adriana Poli Bortone (UEN, Italie). Tous les déçus comptent sur le Conseil pour rétablir dans le texte, sous une forme ou une autre, le concept de profit nutritionnel des aliments, lors du débat d'orientation ministériel au Conseil Consommateurs des 2 et 3 juin à Luxembourg. A l'opposé, la majorité des députés et les représentants du commerce salue l'attitude libérale du Parlement qui fait confiance au consommateur adulte pour effectuer des choix conformes au régime alimentaire le plus indiqué pour lui (qu'il soit obèse, diabétique ou simplement soucieux de conserver la ligne), plutôt que de discriminer certains aliments au prétexte qu'ils seraient trop sucrés, trop salés ou trop gras pour pouvoir arborer des allégations positives incitant l'acheteur potentiel à les consommer. Markos Kyprianou, Commissaire européen à la Santé et la protection des consommateurs, a eu beau déclarer: « Le profit nutritionnel est l'élément clé de cette proposition. N'oublions pas que nous parlons de santé. (…) On n'interdit pas les allégations. S'il n'y a pas de base scientifique, d'autres arguments commerciaux peuvent être utilisés, comme par exemple, dire que le produit a bon goût. (…) Je n'ai pas l'intention de retirer cette proposition de règlement, et l'article 4 sur les profils nutritionnels doit y rester. La procédure d'autorisation est aussi un élément important. La notification ne suffit pas. Avec de simples notifications, il n'y aurait pas de concurrence loyale ». Cela n'a pas empêché une majorité de députés de voir les choses autrement.
« Mes collègues ont préféré voter pour le fast food et le junk food plutôt que pour des produits sains liés à nos traditions alimentaires, en faisant fi de questions importantes comme les PME ou la protection de la santé des citoyens, et en particulier des enfants », déplore Adriana Poli Bortone. Et Dorette Corbey (PSE, néerlandais) de s'exclamer: « on nous propose des sandwiches bénéfiques pour la flore intestinale, des œufs bons pour le cholestérol ! Les aliments gras seront-ils meilleurs s'ils arborent des allégations? Le yaourt sans matière grasse est-il bon pour la santé s'il est plein de sucre ? ». Selon les socialistes français qui se sont battus aux côtés du rapporteur, il convient d'examiner la composition dans son ensemble pour déterminer la valeur nutritionnelle et sanitaire d'un aliment. Le texte voté les déçoit car il ne permet pas de faire le tri entre les aliments ayant réellement une valeur nutritionnelle ou des vertus pour la santé, et ceux qui arborent des allégations erronées dans le seul but d'être mieux vendus. « Ce vote est une mauvaise nouvelle pour la politique de santé publique et notamment pour la lutte contre l'obésité », déclare la socialiste française Anne Ferreira. Frédérique Ries (ALDE, belge) qui s'est écartée de la ligne de son groupe pour soutenir le rapporteur, a dit sa colère contre le profil bas du Parlement face à certains groupes agro-alimentaires (comme Unilever, Nestlé et Danone: NDLR). Quant au groupe de Verts/ALE, qui a voté contre la proposition amendée, il estime que le Parlement a raté l'occasion de protéger les consommateurs contre les publicités mensongères sur les soi-disant bienfaits des produits alimentaires et vient de « se soumettre aux pressions de l'industrie-agro-alimentaire ». Marie-Anne Isler Béguin (Verte, française) déclare: «Le Parlement européen reste complice de la publicité mensongère sur les produits alimentaires de consommation courante. Le consommateur continuera de tomber dans le piège de slogans vantant les bienfaits de produits qui s'avèrent nocifs pour leur santé et celle des enfants en particulier. (…) Faire croire que les chips enrichies en calcium ont un impact positif sur les os est absolument trompeur, lorsque l'on connaît la teneur en graisse de ces produits qui sont à l'origine de taux élevés de cholestérol ». Hiltrud Breyer (Verte allemande) voit dans le vote du Parlement « un revers pour la protection des consommateurs et accuse la majorité des conservateurs, des libéraux et des socialistes » d'en être responsables. A l'opposé, Renate Somer (PPE-DE, allemande) se réjouit de ce qu'elle estime être « le triomphe de la raison ». Selon elle, le texte tel qu'amendé permettra à la fois d'introduire des normes élevées au niveau européen tout en évitant l'écueil d'infantiliser le consommateur. « Les allégations de santé ne pourront être utilisées que si les effets qu'elles vantent sont scientifiquement prouvés », souligne-t-elle, convaincue que c'est là l'essentiel.
L'organisation Eurocommerce ne cache pas sa joie. « Le Parlement a reconnu qu'il n'existe pas d'aliments bons ou mauvais en soi et que les profils nutritionnels n'aideraient pas les consommateurs à choisir un régime équilibré », déclare son secrétaire général Xavier R. Durieu, convaincu que « c'est l'éducation du consommateur qui est essentielle pour lui permettre des choix alimentaires adéquats et l'encourager à opter pour un mode de vie sain ».