Luxembourg, 31/05/2005 (Agence Europe) - La VIIe conférence ministérielle Euromed (l'UE plus dix pays tiers du pourtour méditerranéen: Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie, Syrie, Liban, Palestine, Israël et Turquie) s'est réunie le 30 et le 31 mai à Luxembourg consacrant la première journée à des rencontres séparées entre la Troïka européenne et Israël et avec le groupe de pays arabes méditerranéens centrées sur le programme de démantèlement des colonies israéliennes à Gaza. Présidée par le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, avec à ses côtés Javier Solana, Haut représentant pour la politique européenne de sécurité commune et Benita Ferrero-Waldner, Commissaire européenne aux relations extérieures, la réunion a regroupé pratiquement tous ses collègues des pays engagés dans le processus de Barcelone, y compris l'Israélien Silvan Shalom, le Palestinien Nasser Al-Kidwa et le Syrien Farouq Al-Sharaa. La future Présidence britannique, qui aura la tâche d'organiser le 10e anniversaire du processus euroméditerranéen à Barcelone, était représentée par son ministre pour le Moyen-Orient, Kim Howells. Josep Borrell y a également participé en sa qualité de président de l'APEM (Assemblée parlementaire EuroMed). La Libye, observatrice, avait délégué son secrétaire adjoint pour la coopération du Comité populaire pour les relations extérieures, et la Ligue arabe son secrétaire général, Amr Moussa.
Tous les ministres, lors du dîner de lundi soir, ont évoqué les aspects politiques généraux, en particulier la situation générale au Moyen-Orient et la perspective du retrait israélien de Gaza. La discussion s'est focalisée sur les conditions de ce retrait, et la partie arabe a souhaité que l'UE joue un rôle accru dans l'accompagnement de ce processus (tâches de coordination, garanties et appuis). M. Asselborn et M. Solana ont tenu à les rassurer et exprimé la volonté européenne de veiller au respect des engagements pris dans le cadre de la « feuille de route » et des actions engagées au niveau international, notamment sous couvert de la mission conduite par James Wolfensohn, chargé par le “Quartette” de suivre de près le désengagement israélien de Gaza, mission à laquelle participent des fonctionnaires de la Commission européenne. L'UE aurait exprimé le souhait que le gouvernement de M. Sharon ne détruise pas les maisons évacuées. Les ministres arabes ont souligné la nécessité d'une relance effective du processus de paix insistant pour que le projet de déclaration finale marque plus nettement la volonté d'y parvenir. « Les conditions dans la région sont très difficiles », a observé le chef de la diplomatie syrienne faisant également allusion aux pressions auxquelles est soumis son pays, en particulier de la part des Etats-Unis et rendant hommage à la qualité de la relation entre Damas et l'UE, qui sera scellée à l'automne par la signature de l'accord d'association. « La Syrie n'est pas isolée », a dit M. Al-Sharaa à Luxembourg.
A l'ouverture de la session, Jean Asselborn a estimé que la conférence ministérielle se déroulait « à un moment particulièrement important » dans les relations euroméditerranéennes, qui sont «aujourd'hui à la croisée des chemins » après avoir « traversé les moments les plus difficiles », alors que « jamais notre dialogue ne s'est interrompu ». A l'appui, Javier Solana - qui était ministre espagnol des Affaires étrangères, en novembre 1995 à Barcelone - a lui aussi souligné cet aspect estimant que le processus de Barcelone, lancé dans le contexte de l'accord d'Oslo, a de grandes chances d'être durablement relancé dans le contexte actuel (feuille de route et annonce du retrait d'Israël de Gaza). Pour M. Asselborn, le processus EuroMed a surtout le mérite d'être un « concept novateur qui, dans le contexte de l'après-guerre froide et des élargissements successifs, devrait servir d'instrument central pour consolider nos liens de solidarité et accompagner les changements majeurs qui ont affecté notre région ». Les deux groupes de pays ont « l'ambition commune de relever ensemble les grands défis politiques, économiques et sociaux auxquels la région doit faire face », affirme le président du Conseil, tout en notant qu'il faut faire « un bilan sans complaisance » de ce qui a été accompli et en « tirer des leçons pour l'avenir » afin de « redéfinir nos actions et en approfondir la portée ». Les dix années de partenariat « n'ont pas répondu à nos attentes », a-t-il reconnu. «Le verre est à moitié plein», a surenchéri Mme Ferrero-Waldner. M. Asselborn estime néanmoins que le dialogue régulier a amorcé une forme d'institutionnalisation de ces relations dans le cadre du processus de Barcelone que la nouvelle politique de « voisinage » ne remet pas en cause. Cette politique ne remplace pas ce dialogue mais vise à le renforcer grâce aux « plans d'actions négociés dans le cadre institutionnel établi par les accords d'association », a-t-il répété.
Avant la session, Mme Ferrero-Waldner avait rappelé à la presse ses propositions d'avril dernier visant, dans le cadre d'un programme spécifiquement européen étalé sur cinq ans, à « revigorer » le processus en mettant l'accent sur l'éducation, la lutte contre l'analphabétisme et la formation, sur un dialogue politique destiné à promouvoir la démocratie, les droits de l'homme et la bonne gouvernance et, sur les moyens d'assurer une croissance économique durable dans la région. La Commissaire et le président du Conseil ont tous deux souligné l'importance de la création de la Fondation culturelle Anna Lindt, considérée comme une «étape décisive » dans le processus EuroMed. Quant à la création de l'Assemblée parlementaire (APEM), elle répond « aux besoins de légitimité démocratique », a affirmé M. Asselborn. Pour l'avenir, il appelle à « faire preuve d'une volonté politique accrue pour développer des réponses communes » aux défis politiques, de paix et de démocratie, et économiques, en particulier pour un renforcement de la coopération Sud-Sud.
L'UE et la partie arabe ont dû toutefois se livrer à d'âpres négociations sur les termes de la conclusion finale qui ont duré jusqu'à l'ultime minute. L'Egypte, coordinatrice du groupe arabe, a vivement contesté toute référence aux réformes politiques que l'UE entend promouvoir dans la région. Ahmed Aboul Gheit a répété sur tous les tons, à la presse comme lors des entretiens formels, que ces réformes sont de la seule responsabilité des pays partenaires et que leur mise en œuvre doit répondre à des agendas internes: dans son pays, l'élaboration d'un « plan d'action » prendra encore du temps, a-t-il estimé. C'est dans le cadre de ces «Plans d'action » que la Commission conçoit d'instaurer une forme de conditionnalité politique liant l'octroi de fonds additionnels à l'ampleur des progrès des réformes, en faisant référence aussi aux recommandations sur le « développement humain dans le monde arabe » récemment publiées. « Nous avons le sentiment que l'UE s'inscrit désormais dans l'agenda américain » concernant la région, commente un diplomate maghrébin.
La session s'est achevée par un consensus sur les termes de la déclaration finale, et c'est la première fois qu'il y a un texte commun, a fait valoir Jean Asselborn. Les discussions ont été très franches et directes mais au final, la plupart des mesures concrètes de suivi des réformes politiques (observation d'élections, liberté des médias, etc.) ont été éduclorées et la discussion à leur sujet devra se poursuivre sous présidence britannique en attendant la conférence (probablement un « sommet ») en novembre prochain à Barcelone pour célébrer le 10ème anniversaire du processus. La déclaration commune fait aussi référence à l'organisation d'une conférence régionale sur les armes de destruction massive et sur le Moyen-Orient, Javier Solana a assuré que le retrait israélien de Gaza devra être suivi par la mise en œuvre de la « feuille de route », de « toute » la « feuille de route ».