Bruxelles, 09/12/2004 (Agence Europe) - Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Bernard Bot, est "optimiste" quant au fait qu'"une solution satisfaisante" pour tous pourra être trouvée d'ici au Conseil européen sur la reconnaissance de la République de Chypre par la Turquie. "Je suis sûr que nous arriverons à trouver une solution qui soit satisfaisante pour les deux parties", Chypre et la Turquie, a-t-il déclaré en arrivant à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN, jeudi matin à Bruxelles. Chypre et la Turquie continuent néanmoins, à une semaine du Conseil européen, à prendre des positions très fermes et diamétralement opposées à ce sujet. Chypre exige d'être reconnue par la Turquie avant l'ouverture des négociations, la Turquie demande à l'UE d'ouvrir les négociations en écartant l'idée de partenariat spécial avant de faire un pas vers la reconnaissance de Chypre.
Dans un ballet d'intenses échanges diplomatiques d'avant Conseil européen, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est à Bruxelles ces jeudi et vendredi pour défendre jusqu'au bout son point de vue et marquer son refus de toute référence à un partenariat spécial dans les déclarations du Conseil européen. Après un entretien bilatéral et un dîner de travail jeudi soir avec le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, M. Erdogan devrait s'entretenir avec le Président Barroso vendredi matin, et rencontrer dans l'après-midi le Commissaire à l'élargissement Olli Rehn avant de participer à une conférence.
A une semaine de la décision, chacun bombe le torse. Des diplomates turcs laissent planer la menace d'un refus de la Turquie d'entamer les négociations, si les conditions ne lui conviennent pas. De son côté, Chypre rappelle qu'elle peut mettre son veto. Les diplomates turcs insistent avant tout sur le fait que "la Turquie ne veut pas être traitée différemment des autres candidats". Ceci signifie que la mention de la possibilité d'un partenariat spécial "ne serait pas acceptable". Les dérogations permanentes "ne seraient pas acceptables non plus parce qu'elles aboutissent, sans le dire, à un partenariat privilégié" plutôt qu'à l'adhésion, insiste un diplomate turc. La Turquie est prête à faire ce qu'elle appelle des "concessions", c'est-à-dire s'engager à élargir l'accord d'association aux nouveaux Etats membres, ce qui revient à une reconnaissance de facto de Chypre, mais seulement une fois que les questions du partenariat spécial et des clauses de sauvegarde permanentes seront réglées, précise ce diplomate. In fine, tout devrait être une question d'habillage politique de la phrase qui se réfère à l'extension de l'accord d'association, soulignent des diplomates.
Si Chypre est préoccupée par ses relations bilatérales avec la Turquie, les autres Etats membres s'intéressent surtout aux autres points sensibles: la date, le processus et la finalité des négociations. Ces questions devraient être âprement débattues, et elles sont réservées au Conseil européen lui-même. En attendant, les discussions sur le projet de texte se sont poursuivies mercredi et jeudi entre les ambassadeurs des 25, au Coreper, en préparation du Conseil Affaires générales de lundi. La plupart des références ajoutées par la Présidence à sa première version du texte, pour rassurer les Etats récalcitrants, ont été plutôt bien accueillies (EUROPE du 8 décembre). Toutefois, les Etats membres sont très partagés sur l'étendue des clauses de sauvegarde permanentes et dérogations. La Présidence propose d'indiquer que la liberté de circulation des personnes, l'agriculture et les fonds structurels, entre autres, pourraient être concernés. Les plus fervents partisans de la Turquie trouvent la formulation trop sévère.
Le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Suède, l'Espagne, entre autres, soutiennent fortement l'ouverture des négociations et souhaitent le moins de conditions possibles. Ces pays ne veulent pas entendre parler de troisième voie. L'Allemagne veut à s'en tenir au rapport de la Commission, qui précisait que les négociations sont toujours un processus "ouvert" dont le résultat ne peut pas être garanti à l'avance. A condition qu'il soit inscrit très clairement dans le texte que l'objectif final est l'adhésion, certains des pays très pro-Turquie, comme la Suède, sont prêts à accepter des formules un peu plus précises sur le caractère "ouvert" et "non garanti" du processus, indique-t-on de source européenne. L'Autriche est satisfaite des précisions apportées par la Présidence mais veut que la possibilité que les négociations aboutissent sur autre chose que l'adhésion soit clairement explicitée, indiquent des diplomates. De même, la France estime que le texte modifié ne répond toujours pas à ses préoccupations, puisqu'elle veut elle aussi qu'une "troisième voie" soit inscrite noir sur blanc, et insiste pour que les négociations soient ouvertes après le référendum sur la Constitution européenne qu'elle compte tenir au printemps prochain. Sans aller aussi loin que l'Autriche et la France, le Danemark veut aussi que la question du caractère "ouvert" des négociations soit inscrite plus fortement que ce qu'a proposé la Commission, indiquent des diplomates.