Bruxelles, 08/12/2004 (Agence Europe) - L'ambassadeur turc auprès de l'UE, Mustafa Oguz Demiralp, a affirmé mercredi que la Turquie n'acceptera aucune décision du Conseil européen sur l'ouverture des négociations qui laisserait le moindre doute sur la finalité des négociations, "qui doit être l'adhésion pure et simple de notre pays à l'Union européenne". Toute référence à une autre option, comme par exemple celle d'un partenariat privilégié, est "hors de question et ne sera pas acceptée" par la Turquie. Dans ce cas, la Turquie et l'UE seraient condamnées à aller dans des directions différentes, a mis en garde l'ambassadeur: "Ce serait la fin du voyage (de l'UE et la Turquie) et les cartes seraient redistribuées", a dit M.Demiralp au Centre for European Policy Studies (CEPS).
"Il y en a qui pensent qu'avec un partenariat privilégié, la Turquie resterait dans l'orbite de l'Union européenne. Non, ce n'est pas vrai. La seule finalité du processus doit être l'adhésion", a-t-il insisté. Et d'ajouter: "Pourquoi un pays candidat dont la finalité n'est pas l'adhésion devrait-il aligner sa législation avec celle de l'Union européenne et faire tous les autres changements nécessaires" dans des domaines économiquement importants comme l'agriculture, par exemple ? "Non, ce ne serait pas faisable et pas très intelligent non plus. C'est pourquoi nous voulons que la décision du 17 décembre ne jette la moindre ombre sur la finalité des négociations", a souligné M.Demiralp. Il est évident que des négociations sont, par définition, "ouvertes" et qu'il n'y a pas de garantie qu'elles aboutiront automatiquement à l'adhésion, mais la formulation utilisée dans l'actuel projet de conclusion de la Présidence néerlandaise ("open-ended process whose outcome cannot be guaranteed beforehand") est "injurieusement brusque" et "indique qu'il pourrait y avoir une seconde option" (voir EUROPE d'hier, p.5).
La Turquie veut aussi une "date claire et précise" pour l'ouverture de négociations dans le cadre formel d'une conférence intergouvernementale. La formulation des conclusions du Conseil européen de Copenhague ("sans délai") peut être interprétée de différentes manières, mais le gouvernement turc estime que deux antécédents doivent être pris en compte. D'abord, le fait que les dix nouveaux Etats membres ont commencé leurs négociations d'adhésion relativement vite après la décision du Conseil européen: trois mois pour le premier groupe dit "de Luxembourg" en 1998, et même moins de trois mois pour le groupe dit "de Helsinki" en 2000. Ensuite, "la déclaration faite par l'ancien Commissaire à l'élargissement Günter Verheugen devant le Parlement européen, affirmant que les négociations ne devraient pas commencer plus tard que 4 à 6 mois" après la décision du Conseil européen. "Nous attendons donc que le Sommet de la semaine prochaine décide que l'ouverture des négociations aura lieu au printemps 2005 au plus tard", a martelé M.Demiralp. Une formulation du type "début 2005" ne serait pas acceptable, car elle exigerait que l'UE prenne une nouvelle décision sur la date exacte. "Or, la Turquie ne veut pas qu'une deuxième décision soit nécessaire". La référence, dans le projet de texte, à des clauses de sauvegarde "permanentes" est aussi "inacceptable" pour la Turquie, a expliqué l'ambassadeur. Ankara comprend les soucis des Etats membres, notamment en matière de libre circulation des travailleurs, et elle est prête à en parler sérieusement au cours des négociations, "mais pour des raisons juridiques et philosophiques, nous ne pouvons pas accepter que l'on parle déjà maintenant de sauvegardes permanentes". Telles qu'elles sont prévues dans l'actuel projet de conclusions du Conseil européen, les conditions durcies pour la clôture des chapitres de négociations et le monitoring renforcé de la mise en oeuvre de l'acquis en Turquie posent aussi des problèmes. "Ces mesures vont au-delà du principe de la 'différentiation' entre pays candidats, car on commence déjà à entrer dans le domaine de la 'discrimination'", a protesté M.Demiralp. Quant à la reconnaissance de Chypre, l'ambassadeur turc a estimé que ce problème se posera seulement au moment de la signature du Traité d'adhésion, "ce qui prendra un certain temps". "D'ici là, nous espérons que le problème chypriote sera résolu". Faire de la reconnaissance de Chypre une condition supplémentaire pour l'ouverture des négociations, serait "changer les règles du jeu alors que le jeu est en cours", a-t-il estimé, rappelant que ce sont les Chypriotes grecs qui ont finalement refusé le plan Annan sur la réunification de l'île.
Mardi, à Ankara, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a également réfuté tout lien entre la décision du 17 décembre et le dossier chypriote. "Nous pensons que la question de Chypre trouvera une solution dans le cadre des Nations unies", a dit M.Erdogan.